Tout était parti d’une remarque,
fondée et révélatrice du Président de la République à propos de nos rapports
avec l’Allemagne de Madame Merkel : « tension amicale ».
Dans l’amitié franco-allemande,
il y a des moments de convergence et d’autres de divergence. Ainsi en va-t-il
de la vie, des relations internationales ou de la construction européenne.
Depuis de longs mois, de nombreux
économistes, d’autres pays, dont les Etats-Unis et jusqu’au FMI, s’inquiètent
de la politique d’austérité menée en Europe et qui nuit à l’économie
européenne, mondiale et, évidemment, à nos sociétés, à commencer par les
société d’Europe du Sud.
« Tension amicale »
signifie donc que nous avons des visions différentes.
Le Parti Socialiste, dans son
travail interne, établit qu’effectivement il faut engager une confrontation
intellectuelle et politique avec la ligne promue par la CDU-CSU et leur allié
du FDP.
Le Président de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, parle également de « confrontation », qui correspond exactement à l’esprit de la « tension amicale ».
En soi, il n’y avait rien ni de
surprenant ni d’extravagant à ce que les socialistes français expriment un
désaccord assez marqué avec la politique de Madame Merkel et avec l’austérité
promu par la coalition au pouvoir en Allemagne. Ce faisant, les socialistes
français rejoignent les inquiétudes du SPD de Sigmar Gabriel ainsi que des Grünen, qui tenaient justement leur
congrès samedi dernier. Après tout, un an après la victoire du 6 mai, il n’est
pas anormal que, collectivement, les socialistes cherchent à améliorer la
croissance en Europe.
Ce qui est plus surprenant c’est
que le Premier Ministre « twitte » en plusieurs langues sa
désapprobation et mêle à tout cela l’amitié franco-allemande, jamais mise en
cause par personne au sein du PS. Cette remarque du Chef du gouvernement à
l’égard de son propre parti surprend dans sa forme : pourquoi rendre
public ce qui aurait pu se faire tranquillement ? Pourquoi créer la tension et,
de fait, une confusion ?
Surtout, deux Ministres se
livrent à des remarques plus frontales qui ne calment en rien le jeu ni,
d’ailleurs ne servent le débat. Ces sorties des deux Ministres provoquent des
réactions en chaine. S’ils est des critiques qu’il vaut mieux laisser à la
droite, cette fois, la route lui a été ouverte par deux éminents socialistes.
La route était ouverte aux
responsables de la CDU
de Merkel, qui n’en demandait pas tant. On assiste d’ailleurs à une véritable
offensive de la coalition au pouvoir en Allemagne. Günther Oettinger, Commissaire européen à
l’Energie, issu de la CDU ,
clame ouvertement dans le journal Kölner
Stadtanzeiger que toute mansuétude à l’égard de nos déficits publics en
2013 sera conditionnée à des « réformes
structurelles », comprenant notamment : « la réforme du
marché du travail », « l’allongement de la durée légale du
travail », « le plafonnement de la croissance de nos retraites »
et… « la suppression de postes dans le secteur public ». Le Handelsblatt, quant à lui, publie des extrait
d’un rapport du Ministère allemand de l’Economie (dirigé par le Ministre FDP
–libéral – Philipp Rösler), dans lequel le « coût du travail en forte
hausse » en France est pointé du doigt.
Nous serions, selon les services de Philipp Rösler « l’homme malade
de l’Europe ». On ne sait pas si ces déclarations sont amicales mais en
tout cas elles révèlent une tension qui n’est pas de notre fait… Du reste, dans
un débat, ne ferai-je pas grief à Messieurs Oettinger et Rösler d’une
quelconque francophobie.
Alain Juppé, Laurent Wauquiez,
NKM et d’autres martèlent un discours méprisant aussi bien à l’égard des
socialistes qu’à l’égard de l’Allemagne qu’ils feignent de prendre pour un tout
monolithique. Or, il y a d’autres voix en Allemagne, il y a d’autres opinions
que celles de Madame Merkel.
Viennent ensuite des éditoriaux
pour le moins agressifs, l’un signé dans Libération,
l’autre non signé dans Le Monde.
L’anathème lancé contre ceux qui portent le débat arrive très vite :
« germanophobes ! ».
C’est à ce demander ce que veut
cette Sainte Alliance ? Pourquoi un tel empressement à enterrer ce débat
en le caricaturant à souhait ?
Les camarades socialistes qui
sont si empressés à défendre la politique de Madame Merkel peuvent-ils nous
dire quelle politique ils défendront aux Européennes dans un an ?
S’ils ne veulent pas assumer une
confrontation politique avec les conservateurs européens et la CDU de Merkel, alors il faudra
qu’ils assument une confrontation avec notre propre électorat. Entre les
intérêts que défendent d’un coté, les conservateurs de la CDU-CSU , les libéraux
allemands du FDP, le patronat allemand, l’UMP et les intérêts des ouvriers et
des employés européens de l’autre, il y a un véritable fossé, normal…
Or, je pense que c’est servir
l’Allemagne et les Allemands, ainsi que tous les Européens, que de poser un
problème qui les concerne comme il concerne toute l’Europe. Poser un problème,
dans l’amitié et la franchise, est la meilleure garantie de la compréhension
mutuelle. Il se trouve qu’aujourd’hui, parmi certains peuples, les réactions
anti-allemandes sont réelles et préoccupantes. Et ce sera pire dans les mois à
venir si rien ne change… En l’occurrence c’est la politique de la CDU et son intransigeance qui
nourrit ce qui est totalement condamnable : « la
germanophobie », qui alimentera bientôt toutes les démagogies. En fait,
c’est en se disant ou en voulant jouer les « bons copains de classe »
de la CDU que
l’on risque d’alimenter, à terme, racisme, xénophobie, voire l’explosion de
l’Europe. A ce titre, le récent vote en Islande est déjà symptomatique du début
de refus ou de rejet du projet européen.
Oui, il est temps de remettre en
cause la politique économique en Europe et de vouloir une relance
concertée, intelligente, valorisant un nouveau modèle de croissance, de
desserrer l’étau budgétaire, de faire jouer un rôle utile à la BCE et de faire cesser ainsi
une folle imprudence !