mardi 30 avril 2013

LA SAINTE ALLIANCE.

Tout était parti d’une remarque, fondée et révélatrice du Président de la République à propos de nos rapports avec l’Allemagne de Madame Merkel : « tension amicale ».

Dans l’amitié franco-allemande, il y a des moments de convergence et d’autres de divergence. Ainsi en va-t-il de la vie, des relations internationales ou de la construction européenne.

Depuis de longs mois, de nombreux économistes, d’autres pays, dont les Etats-Unis et jusqu’au FMI, s’inquiètent de la politique d’austérité menée en Europe et qui nuit à l’économie européenne, mondiale et, évidemment, à nos sociétés, à commencer par les société d’Europe du Sud.

« Tension amicale » signifie donc que nous avons des visions différentes.

Le Parti Socialiste, dans son travail interne, établit qu’effectivement il faut engager une confrontation intellectuelle et politique avec la ligne promue par la CDU-CSU et leur allié du FDP.

Le Président de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, parle également de « confrontation », qui correspond exactement à l’esprit de la « tension amicale ».

En soi, il n’y avait rien ni de surprenant ni d’extravagant à ce que les socialistes français expriment un désaccord assez marqué avec la politique de Madame Merkel et avec l’austérité promu par la coalition au pouvoir en Allemagne. Ce faisant, les socialistes français rejoignent les inquiétudes du SPD de Sigmar Gabriel ainsi que des Grünen, qui tenaient justement leur congrès samedi dernier. Après tout, un an après la victoire du 6 mai, il n’est pas anormal que, collectivement, les socialistes cherchent à améliorer la croissance en Europe.

Ce qui est plus surprenant c’est que le Premier Ministre « twitte » en plusieurs langues sa désapprobation et mêle à tout cela l’amitié franco-allemande, jamais mise en cause par personne au sein du PS. Cette remarque du Chef du gouvernement à l’égard de son propre parti surprend dans sa forme : pourquoi rendre public ce qui aurait pu se faire tranquillement ? Pourquoi créer la tension et, de fait, une confusion ?

Surtout, deux Ministres se livrent à des remarques plus frontales qui ne calment en rien le jeu ni, d’ailleurs ne servent le débat. Ces sorties des deux Ministres provoquent des réactions en chaine. S’ils est des critiques qu’il vaut mieux laisser à la droite, cette fois, la route lui a été ouverte par deux éminents socialistes.

La route était ouverte aux responsables de la CDU de Merkel, qui n’en demandait pas tant. On assiste d’ailleurs à une véritable offensive de la coalition au pouvoir en Allemagne.  Günther Oettinger, Commissaire européen à l’Energie, issu de la CDU, clame ouvertement dans le journal Kölner Stadtanzeiger que toute mansuétude à l’égard de nos déficits publics en 2013 sera conditionnée à des « réformes structurelles », comprenant notamment : « la réforme du marché du travail », « l’allongement de la durée légale du travail », « le plafonnement de la croissance de nos retraites » et… « la suppression de postes dans le secteur public ». Le Handelsblatt, quant à lui, publie des extrait d’un rapport du Ministère allemand de l’Economie (dirigé par le Ministre FDP –libéral – Philipp Rösler), dans lequel le « coût du travail en forte hausse » en France est pointé du doigt.  Nous serions, selon les services de Philipp Rösler « l’homme malade de l’Europe ». On ne sait pas si ces déclarations sont amicales mais en tout cas elles révèlent une tension qui n’est pas de notre fait… Du reste, dans un débat, ne ferai-je pas grief à Messieurs Oettinger et Rösler d’une quelconque francophobie.

Alain Juppé, Laurent Wauquiez, NKM et d’autres martèlent un discours méprisant aussi bien à l’égard des socialistes qu’à l’égard de l’Allemagne qu’ils feignent de prendre pour un tout monolithique. Or, il y a d’autres voix en Allemagne, il y a d’autres opinions que celles de Madame Merkel.

Viennent ensuite des éditoriaux pour le moins agressifs, l’un signé dans Libération, l’autre non signé dans Le Monde. L’anathème lancé contre ceux qui portent le débat arrive très vite : « germanophobes ! ».

C’est à ce demander ce que veut cette Sainte Alliance ? Pourquoi un tel empressement à enterrer ce débat en le caricaturant à souhait ?

Les camarades socialistes qui sont si empressés à défendre la politique de Madame Merkel peuvent-ils nous dire quelle politique ils défendront aux Européennes dans un an ?

S’ils ne veulent pas assumer une confrontation politique avec les conservateurs européens et la CDU de Merkel, alors il faudra qu’ils assument une confrontation avec notre propre électorat. Entre les intérêts que défendent d’un coté, les conservateurs de la CDU-CSU, les libéraux allemands du FDP, le patronat allemand, l’UMP et les intérêts des ouvriers et des employés européens de l’autre, il y a un véritable fossé, normal…

Or, je pense que c’est servir l’Allemagne et les Allemands, ainsi que tous les Européens, que de poser un problème qui les concerne comme il concerne toute l’Europe. Poser un problème, dans l’amitié et la franchise, est la meilleure garantie de la compréhension mutuelle. Il se trouve qu’aujourd’hui, parmi certains peuples, les réactions anti-allemandes sont réelles et préoccupantes. Et ce sera pire dans les mois à venir si rien ne change… En l’occurrence c’est la politique de la CDU et son intransigeance qui nourrit ce qui est totalement condamnable : « la germanophobie », qui alimentera bientôt toutes les démagogies. En fait, c’est en se disant ou en voulant jouer les « bons copains de classe » de la CDU que l’on risque d’alimenter, à terme, racisme, xénophobie, voire l’explosion de l’Europe. A ce titre, le récent vote en Islande est déjà symptomatique du début de refus ou de rejet du projet européen.

Oui, il est temps de remettre en cause la politique économique en Europe et de vouloir une relance concertée, intelligente, valorisant un nouveau modèle de croissance, de desserrer l’étau budgétaire, de faire jouer un rôle utile à la BCE et de faire cesser ainsi une folle imprudence !



vendredi 26 avril 2013

INCOMPREHENSION


Le rejet par la commission des lois de l'Assemblée Nationale de la proposition de loi sur l'amnistie pour les délits commis dans le cadre de mouvements sociaux ne peut qu’interroger toute la gauche.

Nous vivons une crise terrible. La souffrance au travail ou l’absence de travail créent une tension sociale réelle. Combien de familles françaises vivent actuellement dans l’angoisse ? Angoisse devant l’avenir, devant la fragilité de nos usines, devant leur disparition, devant l’avenir incertain des jeunes générations ?

Pendant les années Sarkozy, les mouvements sociaux ont pris un tour parfois violent. Mais où est principalement la violence ? Du côté des salariés qui parfois enfreignent, il est vrai, la loi ? Ou bien n’est-elle pas plutôt d’un système économique de plus en plus injuste qui fait des salariés des quantités négligeables ?

On nous parle de dialogue social, certes. Mais où est le véritable dialogue social quand des fonds de pension s’emparent d’un outil industriel, le démembrent et laissent sur le carreau, des salariés, leurs familles et des régions entières ? Où est le « dialogue social » quand la seule issue, c’est le montant des indemnités de départ ?

On nous parle de « gros bras » ? Mais faut-il être aveugle pour ne pas voir que ces « gros bras » sont avant tout des pères de famille qui ont souvent des crédits sur leur maison, ont une famille à nourrir et ne se voient proposer aucune alternative si ce n’est l’enfermement dans la précarisation et le salariat kleenex ?

Après la belle victoire de mardi en faveur de l’égalité, on s’attendait à ce que la gauche continue de redresser la tête… On s’attendait à un geste en direction de ces salariés. Non pas pour encourager mais par soucis de concorde civile et sociale, il était utile de voter cette loi…

Que s’est-il passé entre le vote au Sénat et le vote en commission à l’Assemblée pour que l’on refuse subitement cette loi ? Que s’est-il donc passé pour que l’on voit, l’un des leaders du PS, actuel Ministre des Relations avec le Parlement, spécialiste des questions sociales et des relations avec les syndicats, annoncer, un peu emprunté d’ailleurs, le rejet de cette loi ?

Quels gages et à qui a-t-on ainsi donnés en rejetant cette proposition de loi ? Au MEDEF ? A Monsanto, puisque les faucheurs d’OGM étaient également concernés ?

J’entrevois déjà les raisons possibles d’une telle décision : Peut-on demander à la droite de condamner les violences des anti-mariage gay et amnistier les syndicalistes qui ont commis des délits ? Faux parallélisme, fausse symétrie. Quelqu’un qui défend son gagne-pain n’est pas l’équivalent d’un casseur issu d’un groupuscule d’extrême droite. J’ose espérer qu’on nous épargnera une décision basée sur un sondage… De grâce !

L’argument de dernière minute sur les risques d’inconstitutionnalité ne tiennent pas, il y avait tout le temps dans la navette parlementaire pour corriger cela ou pour amender en commission.

Peut-être, en revanche, doit on voir dans cette décision l’expression d’un inconscient de visant à aider le camarade Jean-Luc Mélenchon et sa manifestation du 5 mai…  

Cette décision, si elle a été pensée comme un signal politique, est à l’évidence une faute politique. Il est encore temps d’éviter la tache indélébile : les parlementaires socialistes doivent être au rendez-vous !

mardi 16 avril 2013

CA SUFFIT !


Chaque jour qui passe voit l’opposition se radicaliser. L’abcès de fixation que constitue le mariage pour tous ne doit pas faire oublier que, désormais, nous assistons à une véritable radicalisation du « peuple de droite ». Responsables politiques, journalistes, chroniqueurs agressés verbalement ou physiquement, débordements en tous genres, déclarations provocatrices et péremptoires des animateurs de la « Manifestation pour tous », chaque jour apporte son lot d’éléments permettant de prendre conscience de la dangerosité de la situation.

Evidemment, on repère aisément le travail des activistes d’extrême droite jusqu’ici marginalisé et qui trouvent, grâce à ce débat, une occasion de faire jonction avec une parti de la base électorale de la droite « modérée » pour déstabiliser le pouvoir. C’est cette jonction qui pose un problème politique grave. La « Manif pour tous » a essaimé à travers le pays. Micro-manifestations devant les mairies, activisme basiste hostile au projet de loi et au gouvernement, pression sur les élus de droite, les masses de droite marchent un pas en avant de leurs élus.

Désormais, leurs mots d’ordre dépassent la seule opposition au « mariage pour tous ». Un mouvement de masse de droite est en train de voir le jour sous nos yeux. Il n’est ni modéré ni paisible. Oserai-je avancer qu’il n’est pas pacifique non plus ?

Il existe, en France, des millions de citoyens qui ont choisi de porter François Hollande à la Présidence de la République. Ils sont, aujourd’hui, la véritable majorité silencieuse de ce pays. Notre pays aspire à l’égalité, pas au happening permanent de l’extrême droite traditionnaliste ou d’une danseuse en retraite du Banana Café. Il aspire à l’unité et à la concorde républicaine, pas au « sang » évoqué par Madame Barjot, pas aux pathétiques scènes de Madame Boutin ni à la connivence coupable de Messieurs Fillon, Copé et Raffarin avec les tenants de la plus extrême droite.

Il y a, à l’évidence, une responsabilité des socialistes au pouvoir dans la situation présente. Je l’ai souligné lors du Congrès du PS en octobre dernier avec mes amis à l’heure où c’était la fête et l’euphorie de la victoire. Je l’ai souligné sur ce blog en de nombreuses occasion et je le redis : la politique d’austérité a, hélas, provoqué des déceptions lourdes de conséquences dans la situation présente. Beaucoup de nos concitoyens sont terriblement déçus et n’ont pas une ferme envie de défendre ce gouvernement. Je mets en garde face à cette démobilisation. Si le gouvernement tombe, il n’est pas certain que ce qui viendra derrière sera meilleur. Nous devons, au contraire nous mobiliser pour défaire l’activisme droitier et aider ce gouvernement à tenir. Mais nous devons le faire en ayant à cœur de favoriser une alternative dans la politique menée. Il ne s’agit pas de signer un nouveau chèque en blanc mais de créer au contraire les conditions d’une action nouvelle de la gauche unie au pouvoir et des écologistes adossée à une société mobilisée.

Sinon, prenons bien garde de ne pas nous réveiller demain avec Sarkozy puissance mille à la tête du pays.

L’heure n’est plus aux atermoiements. Il est à la prise de conscience et à l’action !

lundi 8 avril 2013

LA FIN D’UNE CERTAINE GAUCHE ?


Si l’on doit tirer une leçon de la semaine écoulée c’est bien que la gauche néolibérale, que certains ont nommé « gauche morale, est morte. La « gauche morale » ? C’est ce courant politique qui est né à mesure que le libéralisme était accepté par la gauche et qui a substitué au combat social et à l’émancipation une logique moralisante et compassionnelle, un combat pour des « valeurs » et une philosophie au final assez conservatrice.

Ce courant a en effet professé, des années durant, une assurance morale pour le moins déconcertante. Cette gauche c’était un supplément d’âme au système capitaliste, une clause compassionnelle ou un adjuvant visant à faire passer une conversion jugée quasi-inéluctable au néolibéralisme. De fait, cette gauche là a, peu à peu, substitué le sociétal au social et brisé une synthèse qui était le fil rouge de la gauche française. Elle a soumis la gauche à un ordre des choses historiquement combattu par le socialisme français.

Ce courant a donc transféré le combat de la politique à la morale et établi un manichéisme aussi trompeur que néfaste, pour le débat public, pour la gauche, pour la République, transformant le discours en prêche, l’action politique en action de grâce, s’occupant des exclus et oubliant la réalité des inclus décrits comme des privilégiés. De surcroît, ils ont prétendu incarner quasi-exclusivement la morale en en devenant de véritables professeurs. Mettant en avant les « valeurs », ils ont ainsi adopté une posture quasi religieuse.

Pour cette gauche l’ordre du monde est ce qu’il est. Ajoutons lui une pincée de compassion pour le rendre vivable en attendant l’au-delà.

L’Europe a donc été un objet de culte pour cette gauche. Au lieu de penser Europe politique et Europe sociale, au lieu de faire du socialisme et de l’Europe deux postulats inséparables et complémentaires du projet de la gauche française, ils ont projeté sur l’Europe une vision presque mythique. L’Europe nous apportait la rédemption, pas l’émancipation. De fait, cette « deuxième gauche » a précipité le PS, notamment, dans une situation plus que périlleuse. L’Europe forcément bonne par les buts qui étaient les siens ne pouvait se penser en termes politiques (Quid des combats pour l’Europe sociale ? la République européenne ? l’Europe indépendante ?) mais uniquement en termes moraux (Quiconque s’opposant à la façon dont se faisait l’Europe était forcément un hérétique ne méritant pas de participer au débat public), traités de tous les noms d’oiseaux au minimum.

Pendant ce temps, la donne a changé dans le monde. La globalisation a produit ses effets, la crise est arrivée, l’Europe est entrée dans l’hiver de l’austérité. A une heure où seule la politique peut desserrer l’étau qui contraint de plus en plus les peuples, c’est somme toute une bonne nouvelle que ce courant soit aujourd’hui en crise. Elle laisse le champ libre à ceux qui veulent une alternative politique, économique et sociale. 

La mission historique de la gauche, c’est de lutter contre toutes les formes d’oppression. Mais, c’est d’abord dans le champ économique que les femmes et les hommes de notre pays sont dominés, assujettis à un système devenu fou et à une logique financière mortifère. C’est par là qu’il faut commencer et cela passe par assumer un rapport de forces politique en Europe, contre la CDU de Merkel. En France, c’est la rupture nécessaire avec un Vème République qui n’en finit plus d’agonir qu’il faut organiser. Loin de céder à la démagogie, c’est donc vers le projet d’une nouvelle République qu’il faut tendre. Voilà l’occasion de se mobiliser et pourquoi pas de le faire le 13 mai prochain en manifestant tous ensemble pour une 6ème République ?


mercredi 3 avril 2013

TENSION AMICALE


Que retiendra-t-on de l’émission télévisée de jeudi soir dernier et des 75 minutes d’entretien entre le Président de la République et David Pujadas ?

 

D’abord, fait largement ignoré, que le quinquennat produit ses effets. On avait imputé au seul Nicolas Sarkozy – qui avait bien des défauts - des changements institutionnels qui doivent beaucoup plus à la logique du quinquennat qu’au très contestable style qui fut le sien. On reproche à tort à François Hollande de se comporter en Premier Ministre, or il est désormais inscrit dans la logique du quinquennat et de la Présidence de la République que le Chef de l’Etat soit, de fait, le Chef du gouvernement.


Cette mort de fait de l’institution primo-ministérielle doit nous inciter à penser différemment l’exercice du pouvoir et à assumer que, désormais, c’est bien le Président de la République qui est en première ligne. Cesseront déjà les mauvais procès faits aux occupants de Matignon...

 

Au-delà  de ce qu’elle a révélé de la question institutionnelle, l’interview du Président a permis d’entrevoir le problème de fond à coté duquel la plupart des commentateurs sont passés. Le Président a  évoqué une « tension amicale » qui existerait entre le gouvernement français et la Chancellerie allemande, tension, on le sait, moins imputable aux traits de caractères de l’un et de l’autre, qu’à des visions clairement différentes.

 

Les choix politiques de Madame Merkel sont liés aux intérêts d’une catégorie de ses concitoyens vieillissants et qui ont, depuis quinze ans, accumulé les excédents au détriment des autres pays de la zone euro. En ne voulant pas remettre en cause cette politique d’austérité et de compressions des coups et des droits sociaux, en maltraitant les peuples de ses pays partenaires, Madame Merkel accomplit une erreur économique, sociale et politique majeure qu’on aurait grand tort de lui laisser commettre plus longtemps.

 

Tension amicale ? Il s’agit, on l’a compris, de dire que, fondamentalement, les intérêts du reste de l’Europe se heurtent à ceux du patronat allemand, relayé par la Chancellerie, alliée pour l’occasion aux riches retraités de son pays et aux pays vieillissants et excédentaires de l’Europe du Nord. On se demande pourquoi David Pujadas n’a pas demandé au Président d’expliquer davantage de quoi il retournait.

 

Car c’est bien désormais de cela qu’il s’agit, faire changer les fondamentaux budgétaires actuels de l’Europe. C’est donc sur le fond un événement politique que, pour la première fois, le Président de la République l’exprime et l’assume. Il pourrait s’agir d’un tournant et d’une démarche nouvelle. Encore faut-il que tout cela soit désormais assumé pour ne pas rester une petite phrase.

mardi 26 mars 2013

UN DIMANCHE DONT ON SE SERAIT BIEN PASSE...


Sur fond de crise chypriote, le dimanche que nous avons connu est sans doute l’un des plus inquiétants depuis une décennie.

La « Manifestation pour tous » a fait l’objet d’échauffourées de la part de manifestants tentant d’envahir les Champs Elysées. On peut évidemment pointer l’activisme de quelques groupuscules de la droite radicale mais la vérité est beaucoup plus inquiétante. Des gens propres sur eux, plutôt bourgeois, armés de poussettes, s’en sont pris aux forces de l’ordre pour envahir les Champs Elysées afin de « parler à François Hollande »… Depuis, on a appris que les mêmes entendaient manifester devant la télévision publique… Tout porte à penser que des secteurs entiers de l’opposition se radicalisent et contestent désormais ouvertement la légitimité du gouvernement. C’est grave. Tout cela rappelle, toutes proportions gardées, les manifestations de la bourgeoisie chilienne en 1972. Mus par une volonté farouche de se débarrasser du pouvoir actuel, ils sont aussi portés à transgresser les règles communes de notre démocratie. C’est aussi la conséquence d’une hystérisation de la confrontation politique que le sarkozysme a produit.

Dans l’Oise, quelques heures plus tard, à l’ouverture des urnes, la surprise fut de taille. La candidate du Front National frôlait l’élection avec près de 49% des voix. La participation, certes faible, était en hausse de trois points par rapport au premier tour. Dans une note fort intéressante, Joël Gombin, chercheur au CURAPP à Amiens, pointait quelques faits majeurs de ce scrutin :

·        La candidate du Front National gagne environ 6000 voix par rapport au premier tour.

·        En étudiant dans le détail les 196 bureaux de vote, on peut déduire des reports de voix d’un tour sur l’autre que 40% à 45% des électeurs socialistes du premier tour se sont reportés sur la candidate du FN.

Tout démontre désormais que la situation est plus que tendue dans notre pays.

Pendant ce temps, les noms d’oiseaux ont volé à gauche, entre certains responsables du Parti de Gauche et certains responsables du Parti Socialiste. Je ne m’attarderai pas sur les responsabilités respectives, les erreurs tactiques ou stratégiques et les questions humaines. Je l’ai déjà dit dans ce blog. Je dis le fond de ma pensée : sans dialogue à gauche, sans l’idée de retrouver une unité, sans la volonté de marcher dans la même direction, toute la gauche risque de perdre beaucoup et la France avec.

Tout la gauche doit se retrouver pour changer de cap

Il faut désormais assumer un rapport de force face à la Chancelière Merkel et aux conservateurs allemands pour changer la politique en Europe. Cela ne peut se faire que si nous prenons, ensemble, l’initiative de le faire, de créer le rapport de forces et de l’emporter. Il faut un Sommet européen pour la relance économique et prendre à témoin tous les peuples européens de cette volonté nouvelle de la France et de la gauche française et européenne. Ras le bol des subtilités tactiques et des supputations de cartomancienne sur un avenir serein…

Pour la gauche, c'est le seul moyen de ne pas perdre son âme et de contrer la radicalisation de la droite, la montée de l'extrême droite ou de tous les démagogues possibles et imaginables.

Désormais, le temps nous est compté.

jeudi 21 mars 2013

BRUXELLES-NICOSIE via BEAUVAIS



Une taxe confiscatoire fortement inégalitaire imposée à Chypre par l’Eurogroupe et le FMI, une élection partielle catastrophique pour le PS français et un Sommet léthargique à Bruxelles… En un week-end, démonstration a pu être faite du drame dans lequel nous nous trouvons…et de la nécessité qu’enfin il se passe quelque chose pour arrêter la machine infernale…


Nicosie : nouvelle secousse…

Le cas de Chypre empoisonne la zone euro et au-delà. Il est surtout la démonstration du mélange de la folie budgétaire et d’affolement qui saisit l’Union européenne…

Effet papillon, le battement de l’aile chypriote provoque une crise qui peut devenir systémique… Que l’Eurogroupe aille jusqu’à inventer une taxe confiscatoire sur 10% des dépôts dans ce pays, au point que la Russie s’en mêle, a quand même de quoi étonner et inquiéter.

En octroyant une aide de 10 milliards contre les 17 milliards annoncés, l’Eurogroupe commet deux erreurs : concéder que ces aides, dans le contexte actuel, tombent dans un tonneau des Danaïdes et frapper indistinctement les déposants par une mesure trop inégalitaire et vouée, dans le contexte économique actuel, à se répéter.

Il apparait que le premier plan visant à taxer les dépôts à Chypre (dont les deux cinquièmes sont le fait de déposants étrangers) est surtout fortement inégalitaire. Sur le principe, on ne peut reprocher une taxation des plus riches. Dans les faits, c’est parce que tous les déposants, y compris les petits épargnants, sont concernés que la mesure passe aussi mal et que les citoyens, y compris allemands, commencent à vraiment contester les choix de leurs gouvernants.

Alors que le Président de Chypre confesse que l’Union Européenne et le FMI lui imposent une forme de diktat, on constate en effet, une fois de plus, le jeu particulièrement trouble du gouvernement de Madame Merkel, qui a négocié un plan trop inégalitaire pour ne pas inquiéter les petits épargnants allemands (ce qui le fragilise) et qui a, de toute façon, inquiété Moscou, ce qui n’est pas forcément un problème qu’il fallait créer…

L’idée d’appliquer la même mesure inégalitaire à l’Italie a ravivé les craintes… Souvenons nous d’ailleurs que ce pays l’a déjà vécue en 1992, c'est-à-dire l’année précédant l’implosion du système politique italien d’alors !

Ainsi cette mesure a-t-elle semé le doute et l’inquiétude en même temps qu’elle s’est avérée potentiellement inefficace et politiquement inacceptable. 

Totalement sourds à ce qu’ont clairement signifié les électeurs italiens il y a trois semaines, les gouvernants européens sont donc enclins à susciter la colère des peuples et… une possible panique bancaire…  

 Beauvais : vote sanction.

Ce qui s’est passé à Beauvais dimanche et ce qui s’est passé entre Bruxelles et Nicosie le même week end ont-ils un lien ? Evidemment.

Les peuples ne supportent pas ces politiques d’austérité. La colère gronde partout.

Dimanche soir, les résultats d’une élection partielle sont venus nous alerter sur la situation dans laquelle se trouve la gauche. Notre camarade Sylvie Houssin - candidate dont la constance dans sa lutte contre les droites locales est remarquable - a été éliminée dès le premier tour de l’élection partielle qui se déroulait dans l’Oise. Elle avait manqué l’élection d’une poignée de voix en triangulaire en juin.

C’est le Parti Socialiste qui a perdu cette élection. Evidemment, nous aurons droit à toutes les réponses imaginables : « il s’agit d’une circonscription historiquement de droite », « il faut faire preuve de plus de pédagogie » etc… Mais la sanction électorale qui est tombée est sans appel et on ne peut se prévaloir de l’abstention pour expliquer que, finalement, tout cela n’est pas bien grave…

Le comble consiste quand même, in fine, à appeler à « faire barrage au FN » sans l’ombre d’une analyse qui s’émancipe quelque peu des réflexes pavloviens…

Plus de 9000 électeurs qui s’étaient déplacés pour voter socialiste en juin dernier n’ont pas pris la peine de se déplacer pour soutenir l’action gouvernementale.

Malgré une abstention de l’ordre de 67,2%, les déperditions de l’UMP et du FN ont été bien moindres. L’électorat socialiste a fondu des deux tiers quand celui de l’UMP et du FN n’a baissé que d’environ un tiers de ses effectifs. L’électorat de gauche fait la grève des urnes.

Il n’y a aucune fatalité, aucune règle immuable qui dicte que des élections partielles soient aussi catastrophiques que celles que nous venons de vivre depuis décembre. Aucune fatalité, pourvu que la gauche française, que la France, parle clairement et impose une volonté.


A Bruxelles, rien de nouveau.

Pourtant, à Bruxelles,  le Conseil européen s’est déroulé dans « le consensus ». On nous a parlé d’un « sommet prévisible ».

Autant parler d’une Europe léthargique. Aucune volonté ne s’y est manifestée. On laisse une douce torpeur envahir les sommets européens tandis que, de temps à autres, se manifeste surtout l’affolement devant l’état réel de nos économies…

"La stagnation de l'activité économique prévue pour 2013 et le niveau intolérable qu'a atteint le chômage montrent à quel point il est crucial de s'attacher en priorité à intensifier les efforts pour soutenir la croissance tout en assurant un assainissement budgétaire axé sur la croissance" clame le communiqué final du Conseil européen qui traduit en quelques mots tout le drame actuel.

En un week-end, de Bruxelles à Nicosie en passant par Beauvais, nous avons vu à quel point la politique européenne était en perdition. Bientôt, il n’y aura plus d’européens. L’idée qui est en train de faire son chemin, c’est que chacun pour soi c’est mieux que tous ensemble !

Désormais, tout indique que l’urgence est là et que, si l’on ne redresse pas la barre très vite, des drames d’une autre nature pourraient survenir…

Le besoin de sortir de cette orthodoxie budgétaire, le besoin d’une relance soutenue par la BCE, d’un plan de grands travaux immédiats, d’une harmonisation fiscale au service d’un vrai modèle social : voilà où la France doit être en première ligne !



jeudi 14 mars 2013

AUCUNE GAUCHE N'A JAMAIS TRIOMPHE CONTRE UNE AUTRE.

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Court avant-propos : Un débat idéologique, stratégique ou autre entre camarades, fussent-ils de courants ou de partis distincts, ne doit jamais tourner ni au procès politique ni à l’outrance ou à l’insulte. Les échanges que j’ai avec Alexis Corbière revêtent, à mon sens, de part et d’autre, les qualités inhérentes au respect mutuel que des militants de gauche doivent avoir les uns pour les autres. Il me semble important de le rappeler…

Partons d’un constat que nous pouvons partager : il y a des militants, à gauche, qu’ils se situent à l’intérieur ou à l’extérieur du Parti Socialiste, qui combattent pour une rupture avec la catastrophe que représentent les orientations social-libérales et une autre politique. Si j’ai, dans une déclaration, fait la comparaison avec le PC du début des années 1930 (orientations fixées par le Komintern) ou du KPD allemand, c’est pour pointer un risque : celui d’une irrémédiable rupture entre deux gauches qui contribuerait à donner les clés du pays pour longtemps à la droite et à ses idées.

Puisque nous parlons d’histoire, je maintiens qu’en 1933 tout aurait changé si, aux élections de novembre 1932 (et auparavant), KPD et SPD avaient conclu une alliance électorale. Devançant ensemble de quatre points les nazis (SPD : 20,4 ; KPD : 16,9 ; NSDAP : 33,1), les partis de la gauche allemande pouvaient empêcher Hitler et les siens de parvenir au pouvoir. S’ils avaient conclu une alliance, nul doute que la dynamique politique qui en aurait résulté aurait permis d’empêcher Papen et Hugenberg de tenter l’opération politique qui amena Hitler à la Chancellerie en janvier 33. Ce ne fut pas le cas. La répression de 1919 était certes un lourd passif entre les deux formations mais il faut rappeler qu’à l’époque le Komintern était enclin à faire échouer toute stratégie d’unité. La stratégie de Front Populaire qui suivra cet échec étant elle-même une autre stratégie que celle de l’unité de la gauche, comme on le vit en France (mais cela est un autre débat). Pointer les faiblesses d’alors du KPD, est-ce pour autant dédounaner le SPD ou le protéger d’un jugement historique qui ne peut qu’être sévère à son égard également. Loin de là, mais il se trouve qu’il faut être unitaire pour deux. Surtout que l’on doit toujours avoir en tête que l’unité n’est pas une tactique plastique pour démasquer les traites mais une volonté stratégique qui conditionne toute démarche. Vieux débat que celui-ci ! J’insiste sur ce point : Il faut toujours avoir en tête ce que Mitterrand fit en 1971 face à Savary en marquant une ferme volonté d’unité avec les communistes, sans préalable idéologique.

Les dynamiques à l’œuvre aujourd’hui, en Europe ou en Amérique latine par exemple, méritent d’être resituées dans le contexte qui est le nôtre, en gardant, évidemment, en ligne de mire le talisman qu’est la nécessaire unité des gauches.

Jean-Luc Mélenchon est l’un des rares hommes politiques à avoir compris ce qui se passe en Amérique latine depuis une quinzaine d’années. Et je le redis : on peut et doit continuer de discuter ou critiquer les orientations des gouvernements de gauche latino-américains mais on doit, pour le faire, affirmer clairement dans quel camp on se situe, aux cotés de qui l’on est. Il a compris les processus à l’œuvre et la gauche française gagnerait à écouter ce qu’il a à dire sur le sujet. Mais attention à ne pas projeter mécaniquement des schémas latino-américains sur l’analyse de notre continent. Il n’y a pas en effet « deux gauches en Amérique latine », au même sens qu’en Europe. Il n’y en a qu’une, contrairement à ce qu’une thèse un peu trop vite répandue tendrait à laisser croire. Toutes les gauches, de la Terre de Feu aux Caraïbes dialoguent. C’est ainsi que l’unité latino-américaine a pu progresser. Mais s’il n’y a pas deux gauches et si les gauches « radicales » de gouvernement l’ont emporté sur l’ensemble du continent, c’est aussi pour une raison historique majeure. C’est parce que les « social-démocraties » d’Amérique latine n’avaient aucun enracinement historique ou social. La « social-démocratie » vénézuelienne (Accion Democratica) ne s’est jamais appuyée sur un fort mouvement social et l’a, au contraire, réprimé en 1989. Le Parti de la Social-démocratie brésilienne n’est en rien une social-démocratie historiquement installée au Brésil, mais plus une machine électorale qui servit en son temps Cardoso et lui permit de se faire élire. Ajoutons que le PS chilien d’Allende ne fut pas membre de l’Internationale socialiste (IS) pendant toute la période du gouvernement d’Unité Populaire (1970-1973). On pourrait multiplier les exemples mais ils tendront tous à démontrer qu’entre les social-démocraties latino-américaines importées et les social-démocraties européennes enracinées, il n’y a pas grand-chose en commun.

En France, en effet, le socialisme (assimilé à la « social-démocratie » par contraste avec le PCF) a un enracinement historique et social profond et fut, en Europe, bien souvent le Parti socialiste le plus à gauche. Le PS, qu’on le veuille ou non, est l’héritier du Congrès d’unité de 1905 comme il l’est, il est vrai, du Congrès de Tours de 1920. Il ne faut toutefois pas confondre Lucien Herr, le grand théoricien du socialisme républicain français et Noske ou Scheidemann, les fusilleurs des Spartakistes. Les camarades qui sont passés par le PS et qui aujourd’hui tiennent le discours de la caducité complète de celui-ci, ont, pendant de longues années, partagé le point de vue que l’on ne pouvait pas désespérer du Parti socialiste français.

La question de fond, entre nous, est la suivante : doit-on faire une croix sur le Parti Socialiste ? Ma réponse est non. Je ne pense pas, pour bien le connaitre, que le PS soit irrémédiablement voué à un soutien au social-libéralisme. Au contraire, en son sein, nombre de militants ou d’élus, montrent toujours davantage de volonté de rompre avec le social-libéralisme. C’est preuve, à mon sens, des potentialités du PS et, davantage encore de l’utilité de son aile gauche. Cela ne signifie pas que cette réalité est immuable et, qu’à d’autres moments de l’histoire, elle ne puisse être tranchée différemment.

On peut évidemment, depuis l’extérieur, prétendre incarner exclusivement l’identité de la gauche française, la vérité ou la radicalité. Mais cette prétention a un coût pour toute la gauche. On peut prétendre avoir le monopole de l’authenticité et incarner un Parti socialiste idéal à coté du Parti socialiste, tel qu’il est, avec ses qualités et ses défauts. Mais, là encore, cette prétention peut se payer au prix d’une impasse, car il faudrait donc, pour que l’histoire avance, qu’une classification définitive s’opère à travers la matérialisation d’un changement du rapport de forces. Je ne crois pas à ce processus par étapes qui n’a aucune référence. C’est dans le mouvement unitaire, ensemble, que les choses évoluent.

C’est en effet cette tentation d’incarnation de la pureté révolutionnaire que j’ai jugé dangereuse l’autre jour au cours d’une interview sur Radio J. Je ne regrette pas mes propos, je les assume et les maintiens : oui, le danger c’est bien la rupture d’un dialogue entre les gauches, auquel, personnellement, je tiens.

Comment, en étant à la gauche du Parti Socialiste, favoriser un dialogue entre les gauches si le procès politique fait office d’échange idéologique ? Ce n’est pas aider la gauche du PS que de procéder ainsi, même si nous savons qu’au sein de notre propre parti le plaidoyer pour l’unité est un combat. Il nous faut lutter, au sein du PS contre une partie de la direction qui voudrait bien que la rupture entre les gauches soit durable et revête une véritable dimension stratégique. Cette partie de la direction se sert du moindre prétexte pour cela, tant elle aimerait faire renaitre la vieille politique de la troisième force et se débarrasser une fois pour toutes de cette radicalité qu’elle juge nostalgique et passéiste.

L’auto-célébration du Front de Gauche ne peut tenir lieu de direction stratégique efficace. A moins évidemment que l’on ne suppose que la gauche commence aux portes du Front de Gauche, ce qui serait dommageable à la gauche dans son ensemble et plus encore au pays.

Pour autant, je pense que le Front de Gauche a une utilité, justement non pas pour servir de marchepied ou de force d’appoint à la social-démocratie mais pour être un véritable moteur d’une nouvelle union des gauches et des écologistes montrant qu’il existe toutes les formes disponibles pour cela.

Nous voulons, d’où nous sommes, bâtir une unité de toute la gauche et aller au devant des classes populaires. Mais veut-on de notre main tendue ? Ce n’est pas à moi de répondre.

lundi 11 mars 2013

AU DESSUS D’UN VOLCAN…


La crise se déploie. Elle s’insinue partout, casse, déstabilise, brise, broie nos économies… Elle ronge la structure politique des nations européennes. Il faut désormais être aveugle pour ne pas voir ce qui couve. Bientôt, si l’on n’y prend garde, nos pays ne connaitront que les affres des colères populaires ou des flambées populistes…

La marche à la crise est inéluctable, seules sa ou ses formes sont imprévisibles. Sans un changement radical des politiques gouvernementales, c’est bien vers l’implosion ou l’explosion que nous allons… si tout cela continue à ce petit train. 


Vague de colères populaires…

Chaque semaine, chaque jour, de nouveaux éléments d’implosion apparaissent, mettant en évidence toute la dangerosité de la situation. La tension devient extrême entre l’aspiration des peuples à un changement et les différents éléments d’implosion. Si l’on tend l’oreille, si l’on dessille quelque peu les yeux, une vague de colère apparait au loin, roulante et grondante, s’avançant inexorablement, une vague qui n’épargnera pas notre pays.

Voici quelques jours, à Lisbonne, de centaines de milliers de Portugais ont défilé contre l’austérité, entonnant l’hymne de la Révolution de 1974 et signifiant ainsi qu’ils souhaitaient un changement radical...En Italie, un quart des électeurs ont voté pour un « populisme de la rage » incarné par un comique devenu maitre dans la dénonciation de la faillite politique des élites italiennes. 30% ont porté leurs voix sur un Berlusconi épousant toutes les revendications d’un pays à bout de souffle après dix-huit mois de politique d’austérité portée par Mario Monti. En Grèce, la crise est là, quotidiennement, l’extrême droite s’installe et le régime des Colonels revient à la mode. En Espagne, la foule envahit les rues et conspue un pouvoir incapable non seulement de sortir le pays de l’ornière mais également d’incarner dignement la politique.

En Espagne également, c’est la Catalogne qui menace de faire sécession, suscitant l’ire de Madrid, qui n’écarte pas de faire intervenir l’armée si tel devait être le choix de cette région déjà autonome.

Pense-t-on sérieusement que les secousses politiques et sociales qui frappent désormais tous les pays de l’Europe du Sud ne toucheront pas, demain, la France puis les pays du Nord du continent ?

Peut-on se contenter face à cela d’une politique à la Pangloss ? Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Certes non, nous dit-on, mais c’est pour bientôt ! « Ca va aller mieux », ça ira mieux... La croissance nous est promise et les lendemains qui chantent avec certainement. Le pire de la crise serait donc derrière nous pas le seul truchement d’un optimisme confinant à l’onirisme et qui nous laisse imaginer une second moitié du quinquennat pavées de bonnes nouvelles…

On attend donc la croissance comme d’autres ont attendu Grouchy ! Une chance que tout cela ne se soit pas déjà terminé en cent jours….


De défaillances en défaillances…

Le phénomène de défaillance des entreprises ne fait que s’accélérer. Notre tissu de PME est considérablement fragilisé. Or, nos industries sont essentiellement des PME. Le délitement ou la décomposition accélérés du tissu industriel risque donc de s’accroître. On attend une politique industrielle qui ne se réduit pas à atténuer ou négocier les plans sociaux.

Dans le même temps, les ménages ralentissent leur consommation de biens manufacturés. La France des fins de mois difficiles, c’est aujourd’hui l’essentiel du pays. C’est pourtant dans cette France là que se trouvent les ressorts d’un éventuel sursaut économique.

Pendant le même temps, on nous annonce des mesures drastiques de réduction des déficits avec, dit-on, l’objectif de ramener la dette au dessous des 53% du PIB à la fin du quinquennat… Cette politique là serait suicidaire pour notre économie.

Si la dépense publique se réduit, si la dépense privée se contracte, quel carburant restera-t-il à l’économie française et européenne ?

Il faut donc être sacrément optimiste pour envisager imperturbablement de continuer la même politique. On nous annonce pourtant un nouveau tour de vis budgétaire pour 2014, on nous en annoncera forcément un pour 2015. Voilà de quoi rassurer sur l’avenir.

Dans un tel contexte, rappelons le, le plus risqué est donc de voir l’investissement chuter et, en fait de restauration de la confiance, on aboutira rapidement à un choc de défiance.

Ce risque est d’autant plus important que nous ne voyons poindre aucune politique industrielle d’ampleur et portant sur le moyen terme. Faut-il s’attarder longtemps sur l’affaire de la taxation du diesel ? Ne vaudrait-il en effet pas mieux s’attacher à développer une véritable politique industrielle dans le domaine automobile par exemple ?

On ne développe pas un nouvel appareil industriel en laissant les perspectives de croissance être obstruées par la sinistrose. Ce qui menace c’est une forme d’effritement continu de notre tissu économique avec, au bout du compte, une incapacité totale à pouvoir réamorcer notre appareil productif… Dans un pays sans industrie, on peut se demander à quoi serviront les services…

Il n’y a pas d’autre alternative que de desserrer la contrainte budgétaire et de donner un autre sens à la construction européenne. Faute de quoi, évidemment, des Prix Nobel d’Economie préféreront donner des conseils à un Beppe Grillo qu’à des sociaux-démocrates « responsables »…

Sans croissance, pas d’avenir…

Au-delà de la dimension industrielle de l’alternative à bâtir, dimension essentielle mais pas suffisante, il s’agit de lancer un véritable plan qui favorise la consommation et la réorientation du stock d’épargne vers l’investissement productif. Ce plan signifierait évidemment une profonde réorientation de la politique gouvernementale et l’affirmation d’une parole forte en Europe.

Commençons par lancer une politique qui permette aux ménages d’acquérir des biens de première nécessité à moindre coût. Une fiscalité moindre sur ces biens est nécessaire et urgente, elle peut contribuer à soulager des Français qui ont le sentiment que les fins de mois difficiles commencent toujours plus tôt. Relancer la consommation interne demeure une priorité.

Pour compléter un tel dispositif, il faut favoriser, par un grand emprunt, la réorientation de notre épargne nationale. Il y a matière à créer de l’investissement. Mais il s’agit de déterminer les filières d’avenir, celles où cette épargne doit être transformée en investissement productif (biotechnologie, aéronautique et d’autres, déjà connues ou à mettre en avant). C’est cela le véritable sens d’une politique industrielle.


Réorienter l’Europe : vite !

Sur le plan politique aussi, il faut donc prendre la mesure de l’urgence. Ceux qui croient que la crise est derrière nous se trompent. L’Europe des marchés se délite sous la pression des discours politiques, suscitant des phénomènes de repli nationaliste ou de tentatives autonomistes.

Il est temps que la France parle à l’Europe. Il est grand temps de lancer une alternative en Europe.

Madame Merkel a quand même eu le loisir de contempler la chute de son poulain Mario Monti. Elle devrait aussi méditer la percée de Stronach en Autriche, au cœur du monde germanique, une percée qui doit beaucoup à la dénonciation de l’euro et des politiques d’austérité. Mais, depuis la Chancellerie, Madame Merkel semble détourner le regard.

José Manuel Barroso, recalé du suffrage universel dans son propre pays, clame ouvertement que les résultats des élections italiennes seront sans conséquence sur les orientations économiques de l’Union européenne. De quoi, on le comprend, réconcilier les peuples européens avec la construction européenne et ses institutions.

On aurait pu se saisir de la crise malienne pour démontrer que, quand la France veut, la France peut et ainsi créer le choc de confiance en Europe pour construire le gouvernement économique de l’Europe et imposer à l’Allemagne une alternative économique et politique dans l’Union européenne. A l’initiative au Mali, la France démontrait qu’en politique, la volonté peut beaucoup et, malgré les difficultés de cette guerre, que rien n’est jamais inéluctable dans l’histoire.

Cette alternative, il faut maintenant l’imposer. Le sursaut de la décision doit venir afin de donner une autre orientation au projet européen. L’essentiel, c’est de tourner la page de cette folle orthodoxie de la réduction comptable des déficits.

On glosera à l’envie sur la monnaie, le taux de change, l’euro fort ou le dollar faible. On peut sans doute avoir raison, mais l’essentiel et l’urgent concerne la question budgétaire. Seule une rupture avec la spirale de l’austérité peut créer le choc de confiance qui peut ramener nos société sur le chemin du mieux.


Bâtir l’alternative…

Certes on nous objectera que les gouvernements européens ne veulent pas de ce changement de politique, que nous sommes minoritaires, qu’on ne peut pas jouer la politique de la chaise vide, que chaque centimètre gagné est une grande victoire… Tout cela paraitra bientôt dérisoire.

La méthode pour en sortir c’est la politique, c’est de mobiliser les opinions publiques européennes. On nous bassine avec Gramsci… L’heure est vraiment venue de l’appliquer au combat pour une alternative en Europe et gagner la « bataille des idées ».

Nous savons ce qu’est l’héritage de la droite, française et européenne.

Ce sont les peuples européens qu’il faut prendre à témoin. La gauche française a une obligation, celle de dire la vérité et de mettre en minorité en Europe la politique d’austérité. C’est possible, cela demande une ferme volonté et la définition d’une route différente.

Il faut s’adresser au Parlement européen qui peut refuser le budget et aussi directement aux peuples européens pour proposer un plan de relance que, manifestement, les gouvernements du continent peinent à engager.

Je le dis : il est temps de parler à l’Europe et lancer une alternative désormais vitale pour nos économies.

Le meilleur contact à établir avec les peuples ne consiste pas en l’invocation de Winston Churchill, du « sang et des larmes ». La meilleure façon de renouer avec les peuples, c’est de tracer un chemin différent, d’en accepter les difficultés et le combat, parce qu’on se refuse au déclin, à la soumission, au triomphe du chacun pour soi et à l’implosion de l’Europe.

C’est à cette condition que l’on pourra sortir d’une spirale menant à l’implosion… et à l’explosion.


mardi 26 février 2013

DU MONTI SANS MONTI ? AU PIRE DU MONTI AVEC MONTI.




Chapeau bas au centre-gauche italien. Grâce à lui nous venons de revivre les meilleurs moments du cinéma néoréaliste italien des grandes années. Avec à peine plus de 29% des voix, le Partito Democratico et ses alliés ont fait mentir les sondages… qui les donnaient de cinq à huit points au dessus de leur score actuel.

Pendant ce temps, le candidat de Madame Merkel, Mario Monti, ancien Commissaire à la concurrence, Premier Ministre imposé après un coup d’Etat légal dont seule l’Italie à la secret, a réalisé une performance remarquée de 10% des voix, loin derrière les deux vainqueurs du scrutin : Berlusconi et Beppe Grillo.

Deux grands vainqueurs donc : Grillo et Berlusconi. Deux grands perdants : Monti et le Partito Democratico.

Point commun des perdants : ils adhèrent à la politique d’austérité.

Point commun des vainqueurs : ils se sont faits les porte-voix rageurs et vindicatifs de la colère populaire contre les mesures d’austérité. 

Il faut dire que la politique économique de Mario Monti a été une catastrophe complète à la fois pour le tissu économique italien et pour le moral de la société italienne. Il est d’ailleurs symptomatique que les alliés de Monti (notamment l’UDC de Cassini), jugés positivement par la presse européenne, aient été entrainés dans sa chute, au point, pour certains, d’être laminés et de disparaitre de la scène politique.

Pendant toute la campagne, Bersani, pourtant ancien communiste italien, a laissé entendre qu’in fine, le centre-gauche pourrait s’allier à Monti. Au moins a-t-il laissé entrevoir qu’en tout cas, il ne s’agissait pas de remettre en cause les politiques d’austérité chère au Professore Monti. Au mieux, les Italiens se voyaient promettre du Monti sans Monti, et au pire, du Monti avec Monti. On leur offrait une pincée de Vendola, le leader SEL, la gauche de la gauche, marginalisé et réduit à une force d’appoint de 3% au centre gauche. De quoi enthousiasmer l’électorat de gauche, qui représente aujourd’hui moins de 30% des votants, toutes tendances cumulées ou de séduire la « génération 1000 euros », c'est-à-dire les plus jeunes, confrontés aux dégâts sociaux de la crise…

Depuis Berlin, Madame Merkel peut donc contempler l’effondrement de son poulain, qu’une visite au Vatican auprès du Pape sortant n’aura pas sauvé de son destin, ni d’ailleurs de la vindicte électorale du peuple italien...

La vérité est criante : les Italiens vomissent cette politique d’austérité, comme tous les peuples d’Europe. Ce sentiment est partagé par tout le spectre politique, par toute la société, des ouvriers du textile de Toscane aux fortunes lombardes, de l’employé calabrais aux intellectuels de Rome... Pas plus qu’ailleurs en Europe, on ne supporte cette politique et l’atonie qu’elle entraine. Même usé et presque grotesque, Berlusconi paraissait moins déphasé par rapport à la société italien que Monti. Même peu crédible, Grillo semblait encore sérieux par rapport aux prescripteurs des saignées d’austérité.

Tous ceux qui seraient tentés de voir dans la ligne du Partito Democratico de Bersani un modèle éventuel pour d’autres gauches en Europe ont sous les yeux la démonstration éclatante du rejet par les peuples que l’austérité européenne engendre. Sans doute pourront-ils méditer ces résultats...

Les Italiens ont voté massivement contre la politique vantée et voulue par Madame Merkel. Sur la règle des 3%, sur les restrictions constantes des dépenses publiques, sur la compression budgétaires et les coupes claires dans les budgets, les Italiens ont dit non. Et il y a fort à parier que d’autres peuples les imiteront.

Il va falloir en effet tirer quelques leçons des élections italiennes. La plus importante est qu’il faut réorienter le projet européen. Sans attendre. Car si l’Europe ne connait pas une alternative imminente alors toutes les démagogies seront possibles, à l’image de Grillo aujourd’hui ou d’autres demain…

Dès maintenant c’est l’alternative au gouvernement actuel de l’Europe qu’il faut mettre en place, avec les peuples.