jeudi 9 septembre 2010

La lettre du député - septembre 2010

Lettre distribuée dans la Dixième Circonscription de l'Essonne


Madame, Monsieur,

Ce mardi, des centaines de milliers de Français ont manifesté dans la rue pour témoigner de leur opposition à l’actuelle réforme des retraites. C’est un mouvement important et qui envoie un avertissement fort au gouvernement. Ce gouvernement et la majorité présidentielle, de leur côté, essaient de faire croire qu’il y a ceux qui sont pour une réforme – eux – et ceux qui seraient contre toute réforme. Rien n’est plus faux. Il faut bien sûr une réforme du financement de notre système de retraites, pour que son existence ne se retrouve pas en danger, pour qu’il prenne mieux en compte les carrières pénibles et les inégalités de situation Mais ce n’est pas ce type de réforme que propose le gouvernement. Comment accepter un projet aussi injuste, qui fait reposer 90% de l’effort financier nécessaire sur les seuls salariés ? Comment valider une « réforme » que l’on nous dit historique mais qui ne règlera pas le problème du financement de nos retraites au-delà de 2018 ? Une réforme qui alourdira encore plus la facture de l’assurance-chômage, en envoyant les ex-futurs-retraités pointer à l’ANPE, dans un pays où les séniors ne trouvent pas de travail ?

Ces objections ont été très tôt portées à la connaissance du gouvernement par les syndicats et les partis de gauche, le Parti Socialiste en premier lieu. Mais si dialogue en apparence il y eut, ce fut un dialogue de sourds. A aucun moment la majorité n’a souhaité travailler à construire un consensus, se contentant de faire vivre un simulacre de concertation, et s’appliquant à ne pas bouger d’un pouce sur ses positions. Le projet était déjà ficelé au début des discussions ; c’est le même que le Premier ministre entend faire passer en force aujourd’hui. Les prétendues concessions annoncées mercredi par le président de la République démontrent encore cet état d’esprit : rien n’a changé quant au recul de l’âge légal de départ en retraites. La retraite à 60 ans, dans l’esprit du président, est déjà morte et enterrée. Et tout cela pour satisfaire les sacro-saintes « agences de notation », ces entreprises privées, hors de tout contrôle scientifique ou démocratique, qui décernent bons et mauvais points aux pays pour la gestion de leurs finances publics. Il faut assainir le déficit creusé depuis 8 ans par la droite au pouvoir, alors on essaie de maquiller les comptes, vite, n’importe comment – en se servant une fois de plus sur le dos des Français des classes moyennes et populaires.

Après la journée de protestation de mardi, le gouvernement et le président ne peuvent plus faire comme s’ils ne voyaient rien de la colère qui monte dans notre pays. Et ce n’est qu’un début. La mobilisation doit continuer, sur tous les fronts. Elle va continuer. Avec mes collègues députés de l’opposition, je me bats pied à pied à l’Assemblée, pour ne pas laisser passer ce projet. Et si cette réforme se met malgré tout en place, et si la gauche revient à la tête de notre pays en 2012 – ce que j’espère – elle doit s’engager fermement à l’annuler. Parce que c’est le droit inaliénable de tout citoyen de pouvoir profiter de sa retraite en bonne santé ; parce que rien ne saurait justifier que l’on se tue au travail, surtout quand les efforts financiers demandés ne pèsent que sur les épaules de quelques uns, et épargnent soigneusement les revenus du capital et les Français les plus fortunés.

Je le répète, la mobilisation des citoyens ne doit pas faiblir. Je sais que faire la grève est difficile, financièrement, professionnellement, et que beaucoup d’entre vous – les sondages le montrent – soutiennent fortement le mouvement de protestation, même s’ils ne défilaient pas mardi. Une autre réforme est possible. Ne vous résignez pas. Si le gouvernement impose malgré tout son texte au Parlement, malgré la colère du pays, alors nous exigerons qu’il assume ses responsabilités et qu’il organise un référendum pour consulter tous les Français.

Madame, Monsieur, si j’ai décidé de vous écrire aujourd’hui, c’est parce que le moment est grave et lourd de conséquences pour vos droits de citoyen, à commencer par celui de vieillir en bonne santé. Vous pouvez compter sur moi pour les défendre à vos côtés.

Julien Dray