mardi 30 novembre 2010

Communiqué de Julien Dray au sujet du décès à Colombes suite à une interpellation

Le décès à Colombes, cette nuit, d’un homme suite à son interpellation et à l’usage à deux reprises d’un taser à son encontre repose de façon urgente la question de l’utilisation des armes dites « non létales » par les forces de l’ordre. Cet événement et d’autres dans l’actualité récente ont montré que ces équipements – taser, flashball – peuvent causer au minimum des dégâts irréparables aux personnes qui en sont la cible, alors qu’ils étaient censés offrir une alternative à l’usage d’armes à feu. Les conditions de leur emploi doivent être réexaminées, et l’usage du taser suspendu tant que toute la lumière n’aura pas été faite sur ses effets réels sur la santé.


Julien Dray

mardi 23 novembre 2010

Communiqué de Julien Dray au sujet du report de LOPPSI 2

Le report annoncé de la discussion en deuxième lecture de la loi Loppsi 2 est une belle illustration de la manière dont le gouvernement traite les problèmes d'insécurité et de violence dans notre pays. Beaucoup de bruit et de fureur (médiatique) cet été, des effets d'annonce à répétition, un langage militaire et à l'arrivée le plus grand dilettantisme (voire négligence) quand il s'agit de mettre en œuvre cette soi-disante politique sécuritaire, qu'il qualifiait de fondamentale pour l'avenir du pays.

En gagnant du temps le gouvernement évite le débat et l'indispensable confrontation avec la représentation parlementaire sur la réalité et l'efficacité des mesures proposées. Les derniers événements de Marseille démontrent clairement l'échec de cette politique défaillante, et constituent un élément supplémentaire de ce qui devient, dramatiquement pour nos concitoyens, un véritable fiasco.

Julien Dray

lundi 22 novembre 2010

Communiqué de Julien Dray au sujet de l'éviction d'Audrey Pulvar

Je condamne la décision d’i-TELE de suspendre l’émission politique d’Audrey Pulvar, pour la seule raison de sa relation avec Arnaud Montebourg. Sous couvert d’éthique, cet acte, qui réduit une femme à son compagnon, relève en fait d’un machisme très surprenant pour une chaîne de télévision qui se veut jeune et moderne. Je demande donc à i-TELE de revenir rapidement sur sa décision.


Julien Dray

mardi 16 novembre 2010

Alertes

Étrange automne. D’un côté, une présidence de la République en proie à un désamour spectaculaire, mais qui passe en force pour imposer étape après étape un programme tout entier tourné vers l’échéance de 2012. De l’autre, une opposition très largement soutenue par l’opinion pour son action, justement, d’opposition, mais qui n'arrive pas à utiliser cette assise pour formuler une alternative. Alors même que le pays – bien au-delà de la seule gauche – est plus que jamais en demande d’une rupture, celle qui avait été promise en 2007, celle qui encore a été proclamée à cors et à cris lors de la crise financière – « plus jamais ça, les banksters, la spéculation folle, l’économie financiarisée qui tourne à vide ! » – et dont il est désormais évident qu’elle ne pourra en aucun cas venir de la majorité en place.

Le conflit des retraites illustre parfaitement cette drôle de guerre politique entre une présidence radicalisée, plus obsédée par le remaniement ministériel que par le bien public, et une opposition qui donne le sentiment de ne pas croire en sa (potentielle) force, ni de savoir comment l’employer. L’adoption définitive du texte de loi a eu raison du mouvement de protestation : la décision par l’intersyndicale d’une continuation de celui-ci de manière « multiforme et décentralisée » ne trompe personne ; c’est bien d’un enterrement et d’une débandade qu’il s’agit, d’autant plus rageants que le mécontentement face à l’injustice de la réforme traversait tous les milieux, et même les frontières politiques.

J’ai observé ce scenario malheureusement prévisible se réaliser. J’ai longtemps hésité à faire part de mes doutes sur la conduite des événements, car je comprends bien que l’unité de l’opposition est essentielle, face à une droite qui, elle, sait taire ses dissensions et se ranger en ordre derrière son chef quand ses intérêts de boutique – de classe – sont en jeu. Mais ce que je pressentais et craignais s’est finalement passé. Ce qui aurait pu être la première manche victorieuse de l’élection présidentielle de 2012 a tourné à l’avantage du président de la République, malgré son impopularité personnelle. Ce qui se passe aujourd'hui pèsera très lourdement pour les 18 prochains mois. D'où la nécessité de tirer la sonnette d'alarme. Je garde dans ma tête l'expérience de la présidentielle de 2007, adossée, elle, à la victoire sur le CPE, élection déjà « imperdable » face à une droite que l'on disait démonétisée et affaiblie par les revers électoraux. Tellement imperdable que la gauche préférait se concentrer sur la question de son candidat que sur l'élaboration d'un programme d'alternative. Toute ressemblance avec la situation actuelle et des personnages réels n'est malheureusement pas fortuite. Quelles leçons tirer, justement, de celle-ci ?

Pour une fois, l'unité syndicale a tenu bon, certes. Mais la stratégie de manifestations régulières et monotones, sans tentative d'organiser leur montée en puissance, a échoué à matérialiser et à catalyser toute l'ampleur du mécontentement qui bouillait pourtant dans l'hexagone. On n'a finalement pas assisté à des défilés d'ampleur historique, alors que et le projet de réforme, et la magnitude de son rejet l'étaient. On s'est contenté d'une bataille de chiffres virant à l'absurde avec police et journalistes. On a défendu, du côté de FO ou de SUD, la mythologie de la grève générale comme seule perspective de renforcement du mouvement, dans une période de fragilité économique et sociale des travailleurs, incapables de se priver de vitales journées de salaire. Il y avait pourtant une autre façon d'amplifier le mouvement : organiser, comme je l'ai proposé à plusieurs reprises, une grande manifestation nationale, comme à chaque fois que nous avons remporté une grande victoire sociale ces dernières années. La CGT a refusé cette perspective, arguant notamment du coût financier élevé d'une telle entreprise. Je crois pour ma part au contraire qu'avec le soutien logistique des partis d'opposition, nous aurions pu facilement organiser cet événement, qui aurait peut-être changé le cours du mouvement, et qui aurait permis, au minimum, de quitter le combat sur une démonstration de forces de plusieurs millions de manifestants à Paris. Dans une lutte de ce type, le sentiment de la force déployée, le souvenir que l’on va en garder est fondamental et structurant pour les batailles suivantes. Une manifestation nationale un dimanche, faisant la une de toute la presse le lundi matin – « une marée humaine à Paris contre la réforme des retraites » – aurait durablement marqué les esprits et signifié à tout le monde que ce n’était qu’une première étape, une première manche. Faute d’un tel symbole, aujourd’hui, le mouvement va lentement s'effilocher, et une partie de celui-ci, à n'en pas douter, se durcir et se retourner contre les directions syndicales jugées responsables de l'échec.

Peut-être le mouvement aurait-il été plus fort, plus crédible s'il y avait eu dans l'opinion la perspective d'un véritable contre-projet politique. Un tel contre-projet était porté par le PS depuis le printemps, bien équilibré entre défense de la possibilité de partir à 60 ans, encouragement financiers à travailler plus longtemps, augmentation des cotisations et compte individuel. Mais le sentiment s'est progressivement fait que cette richesse de propositions était plus la conséquence d'un compromis interne au parti que d'une vision parfaitement claire de l'avenir des retraites. Sous la pression de l'extrême gauche et la facilité des slogans, on a très vide réduit ce projet à la seule défense de la retraite à 60 ans, en poussant sous le tapis la question du nombre d'annuités nécessaires pour avoir une pension complète. L’ambiguïté consécutive a eu le destin de toutes les ambiguïtés, c'est-à-dire l'explosion en plein vol ; explosion au pire moment du conflit social, avec un débat caricatural entre une « aile droite » et une « aile gauche » du PS, prospérant sur les zones d'ombres et les implicites du projet initial.

Ce conflit soudain ressuscité entre « PS de gauche » et « PS de droite » n'est pas un accident, puisque les mêmes termes font désormais florès dans le débat interne du parti sur « l'égalité réelle ». Il est la manifestation d'un problème structurel. Pendant un temps, on a pu croire que deux formules magiques – le PS est de retour dans la rue, le PS travaille – pouvaient tenir de lieu de synthèse et d'unité interne. Mais au bout de la rue, au bout du travail, ou bien on est capable de formuler un nouveau projet de société, ou bien on se cramponne à des alliages de propositions certes intéressantes, mais sans réelle perspective d'ensemble, et alors les vieilles dissensions peuvent resurgir, renforcées même. Sans clarté dans les orientations générales, on se cramponne à un compromis sous forme de self-service, où chacun pioche ce qui lui convient et fait mine, sur le coup, de ne pas avoir vu ce qui le dérange. Ce qui n’est pas tenable longtemps, sur les retraites comme sur « l’égalité réelle ». On en a eu un exemple attristant ces derniers jours, avec des camarades finissant par se jeter à la figure des anathèmes que l'on n'avait plus entendus depuis longtemps – « droitier », « irréaliste », « irresponsable », « conservateur » – rejouant un antique conflit, entre socio-démocrates et gauche de gauche, que l'on espérait enterré avec le siècle dernier. C’est l’absence durable d’identité claire de la gauche en général et du socialisme en particulier qui génère cette régression : quand on ne sait plus vraiment bien qui on défend, ce que l’on veut faire, et avec quelles priorités, quand on ne sait plus vraiment qui on est, alors chacun se réfugie sur ce qui lui reste : les postures, les vieux symboles, les vieilles divisions, comme celle entre réformistes et révolutionnaires. Vieille antienne d’autant plus vaine que la gravité et le caractère exceptionnel de la situation sociale et budgétaire de notre pays la rend absolument inopérante. Si l'accumulation abstraite de promesses, sans tenir compte de leur faisabilité, n'est pas une solution, l'orthodoxie et le « réalisme » budgétaires, vécus comme une fatalité, ne sont pas un programme. L’état de la France que nous récupérerons – peut-être – en 2012 nécessitera une approche double, inventive sur les financements, détonante sur les propositions. Pour éviter le syndrome Obama – grandes espérances soulevées, puis grand revers électoral – il faudra être capable de provoquer un électrochoc et un changement rapides, en plus de l'inévitable travail de long et moyen et terme.

Une présidentielle ne se gagne jamais, comme certains l’espèrent secrètement, sur un rejet, mais toujours sur un projet. Les socialistes en sont encore bien loin, et les tout prochains mois seront capitaux pour donner un sens, une vision, un espoir à gauche, tout simplement. Les meilleures candidatures qui soient ne feront que s’agiter dans le vide si elles n’imposent pas l’idée qu’une autre politique est réellement possible. Ce d’autant plus qu’il ne faut pas s’illusionner sur l’ampleur du rejet sur lequel on espère s’appuyer. Le remaniement ministériel ouvre, chacun l’aura compris, la dernière phase du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy, uniquement consacrée à sa réélection. Contrairement aux analyses convenues entendues depuis le week-end, le président s’est bien sorti de cette séquence annoncée de longue date et plusieurs fois retardée : il conserve un premier ministre populaire et consensuel dans son camp, remet en ordre de bataille autour de lui les turbulents chiraquiens et clôt sans trop de dégâts la séquence compliquée de l’affaire Woerth et de la réforme des retraites. Le noyau dur de sa future campagne est désormais en place et va s’ingénier, durant les prochains mois, à rassurer et sécuriser le cœur de son électorat de droite.


Julien Dray