dimanche 20 novembre 2011

Communiqué au sujet des violences en Ile-de-France

Voici le tableau d'un week-end ordinaire en Ile-de-France : dans plusieurs villes, des affrontements violents avec la police comme aux Tarterêts ; bus brûlés, comme à Saint-Michel-sur-Orge : règlements de comptes par armes à feu, comme à Pantin et à Colombes. Et encore ne s'agit-il là que des seuls faits répertoriés dans la presse.

La situation devient littéralement insupportable, et très inquiétante. C'est un bilan de faillite républicaine qui se dessine sous nos yeux, avec des territoires entiers laissés à l'abandon.

Au lieu de faire mine de durcir des lois sans conséquences sur le terrain, au lieu de chercher sans cesse de nouveaux boucs-émissaires à désigner à grand renfort de tapage médiatique, le gouvernement ferait mieux de s'occuper des problèmes quotidiens de nos concitoyens.

Il ne lui reste plus que quelques mois pour montrer qu'il est capable de quelque chose.


Julien DRAY

mercredi 16 novembre 2011

1914

L’histoire aime à se répéter, et malheureusement sous la forme d’une farce sinistre. On entend régulièrement dire, en ce moment, que les Européens traversent une crise inédite de par son ampleur et sa gravité. S’il est vrai que nous n’avons pas connu pareil moment de vérité depuis 1945, le fait est que la situation dans laquelle nous nous débattons n’est pas sans résonnances historiques. Et parmi elles, 1914.


Que se passe-t-il en 1914 ? La marche à la guerre se fait sur fond de tensions et d’antagonismes nationalistes exacerbés entre les grandes puissances européennes. Dans ce contexte, les socialistes, représentants d’un internationalisme alors bien vivant, sont soumis à un dilemme dans chaque pays. Faut-il faire primer les intérêts nationaux et la somme des griefs patriotiques entre voisins, ou faire front par-delà les frontières pour dénoncer une guerre sans sens, si ce n’est l’intérêt des puissants ? On sait ce qu’il advint : les socialistes baissèrent le pavillon de l’internationalisme, se retrouvant pris dans des logiques nationales les menant mécaniquement au nationalisme, avec la participation à des gouvernements d’union nationale et des querelles internes lourdes de conséquences pour la suite – la moindre de ces conséquences n’étant pas l’explosion du mouvement socialiste entre sociaux-démocrates et communistes. On ne s’étendra pas non plus sur les conséquences à plus long terme de cette guerre des impérialismes, qui ouvrit la voie à la Seconde guerre mondiale et fit de l’Europe un champ de ruines en 45. Sur lequel fut construite l’union européenne. Retour à aujourd’hui.


Aujourd’hui, la guerre ne menace pas. Mais nous sommes pris dans une autre guerre, contre les marchés financiers, qui produit les mêmes effets centripètes qu’en 1914. Chacun est renvoyé à son pays, à son intérêt national, entravant un peu plus encore la marche de l’Europe et aggravant la crise en un cercle vicieux implacable. Ce n’est pas pour rien si les extrêmes-droites se réveillent un peu partout en Europe, et si les vieilles lunes protectionnistes et chauvines reviennent en grâce dans l’opinion. A nouveau, la social-démocratie est au pied du mur, et c’est son internationalisme, à nouveau, qui est interrogé.


Soit, comme en 1914, chacun se recroqueville dans sa coquille, bricolant des solutions nationales à la crise, s’efforçant de gagner les élections quand elles se présentent, avec le risque dans tous les cas d’affronter une telle dégradation de la situation économique et des comptes publics que le gouvernement d’union nationale devienne la seule solution. Une solution où on devient par la force des choses peu regardant sur ses collègues ministériels, comme en Grèce, où les successeurs des Colonels se retrouvent à la même table que le PASOK, terrible image s’il en est. Une solution, surtout, où la ligne politique du gouvernement penche toujours à droite, conduisant les socialistes à se renier.


Soit, dans un effort collectif, on réanime l’internationalisme socialiste – à commencer par le PSE – en élaborant pour commencer un front commun face à la crise, préfigurant des solutions communes, avec l’engagement collectif de les porter dans chaque pays simultanément.


Un sommet extraordinaire de tous les dirigeants socialistes européens volontaires serait un bon début. Sa mission serait claire : construire une stratégie commune de défense des conquêtes sociales et démocratiques justement portées par la social-démocratie depuis 1945. Et donner un coup d’arrêt symbolique à la vague nationale-patriote qui monte, et à l’humiliation de peuples voisins par les diktats des marchés et du directoire Merkel-Sarkozy.


L’élection présidentielle française de mai prochain a donc un enjeu plus que national. Elle peut constituer le point de basculement où, en Europe, un peuple se lève pour faire barrage à la politique absurde et libérale qui nous a conduits là nous en sommes. Inversant la dynamique destructrice que nous subissons actuellement. Et évitant le spectre de 1914.


Julien Dray

vendredi 11 novembre 2011

Les Européens sous la dictature soft des marchés

Silvio Berlusconi a donc fini par quitter le pouvoir, comme beaucoup d'entre nous le souhaitaient, à gauche et au-delà. Il faudrait s'en réjouir. Et de fait, ceux qui étaient muets à son sujet il y a encore quelques mois ne trouvent pas, aujourd'hui, de mots assez durs pour le fustiger, lui et ses frasques. On aurait bien aimé les voir aussi prolixes à l'époque : aujourd'hui, leur joie à piétiner le premier ministre déchu a quelque chose de gênant, comme l'aurait d'ailleurs toute réaction de félicitation à ce sujet.


Car il y a la façon dont il a été obligé de quitter le pouvoir. Comme Papandréou : sous la pression pas tant de l'opinion publique directement, que des marchés et plus précisément des agences de notation. Cela faisait quelques mois que la pression montait et que l'on nous expliquait que « les marchés ne voulaient plus de Berlusconi ». Fort bien. Mais il y a un détail, qui s'appelle la démocratie, et qui veut que dans nos pays, ce soit le peuple souverain et non quelques intérêts privés qui décident pour la collectivité. Histoire ancienne ? Progressivement, et sans que nous nous en rendions compte tant l'attention de chacun est braquée sur les indicateurs économiques, deux pays voisins, amis, sont tombés sous une sorte de dictature soft, rampante, de la finance. Le profil des remplaçants pressentis pour l'un et l'autre chefs de gouvernement est d'ailleurs remarquablement similaire : technocratique, et non politique. Comme si le rôle dévolu aux dirigeants de pays étaient d'être les gestionnaires appliqués, et dociles, d'intérêts économiques privés supérieurs et transnationaux.


Pour autant, il ne faut pas penser que la pression et la domination exercées par la finance sont apolitiques. Bien au contraire, même. Il y a un grand malentendu, par exemple, sur les agences de notation, malentendu savamment entretenu – pour leur plus grand avantage – par leur nom. Qui dit notation dit objectivité, impartialité, regard supérieur. Or les agences dont nous parlons n'ont rien d'objectif. Elles notent les pays en fonction de critères à la fois flous sur le détail, et clairs sur les principes : (ultra)libéraux. Et sans grande tendresse pour la démocratie – souvenons-nous de la dégradation de la note des pays du Maghreb lors des révolutions du printemps arabe.


On en viendrait presque à se demander si, plutôt que de crise économique et financière, il ne faudrait pas parler de crise politique, tant il est manifeste que c'est la souveraineté démocratique et la ligne politique et idéologique des pays européens qui est actuellement en jeu. Nous sommes au milieu d'une guerre politico-économique de classe qui ne dit pas son nom, une guerre que les peuples perdront s'ils la livrent seuls à seuls, en ordre dispersé, en attendant tétanisés que les spéculateurs arrivent à leurs portes. Or nous entrons justement dans une longue séquence électorale majeure, avec les élections en France, aux Etats-Unis, mais aussi en Allemagne ensuite. C'est l'occasion ou jamais pour la gauche réformiste, dans tous ces pays, de montrer qu'elle tire les leçons de la crise et qu'elle est capable, dans un sursaut salutaire, de constituer un front du changement. En Europe, cela passe notamment par la défense commune, par le PS et la SPD, d'une refondation démocratique de l'Europe, avec une constituante pour mettre un terme au divorce entre les populations et les institutions européennes, et tous les malentendus qui en ont découlé. Une telle refondation ouvrirait la voie à une coordination économique et sociale vertueuse, qui en particulier régulerait la finance et instaurerait aux frontières européennes des taxes éthiques, sociales et environnementales, pour inciter nos partenaires extérieurs à progresser dans ce domaine – et faire obstacle à leur dumping.


Et dans l'immédiat, je réitère la proposition que j'ai faite hier de commission d'enquête parlementaire sur les agences de notation, pour remettre la pression dans le bon sens.


Julien Dray

lundi 7 novembre 2011

Communiqué de Julien Dray, député de l'Essonne, sur le plan de rigueur gouvernemental

Après avoir subi durant des jours un pilonnage médiatique en règle de la part de la majorité, avec une dramatisation outrancière de la situation économique et la mise en scène d’un prétendu sauvetage du monde par Nicolas Sarkozy dans un G20 qui n’a rien apporté de concret, nous avons assisté ce matin à la mise en œuvre par François Fillon de la phase deux du plan de communication présidentiel pour 2012. L’annonce d’un plan d’austérité terrible, qui frappe les Français les plus modestes en augmentant la TVA et en s’attaquant aux prestations sociales, aux retraites et aux dépenses de santé, sans remettre en cause la défiscalisation des heures supplémentaires.

D’autres choix étaient pourtant possibles, à commencer par une réforme fiscale générale. Il n’y a finalement qu’un mot à retenir : celui d’injustice. Faisons en sorte qu’il ne reste plus aux Français que quelques mois à supporter cela.

Julien Dray

dimanche 6 novembre 2011

Communiqué au sujet de l'incendie d'un bus à Grigny samedi soir

Je condamne fermement l'attaque et l'incendie d'un bus de nuit qui a eu lieu samedi soir, dans le quartier de la Grande Borne à Grigny.

C'est un acte inacceptable, et tout doit être mis en oeuvre pour que ceux qui en sont responsables soient retrouvés et traduits devant la justice, au plus vite.

Je tiens à exprimer ma totale solidarité avec les habitants et avec les personnels de la compagnie de bus, qui font un travail remarquable dans des conditions difficiles. Il est nécessaire que la protection de ceux-ci par la police soit rapidement renforcée.


Julien Dray

vendredi 4 novembre 2011

L’Europe à l'heure du directoire

L’Europe vit des heures sombres. A la crise économique et financière s'est progressivement surajoutée une autre crise, latente et peut-être plus dangereuse encore : un krach institutionnel et démocratique, qui se déroule actuellement sous nos yeux. Au prétexte de la gravité – indéniable – du moment que nous traversons, une démocratie – la Grèce – qui est (en théorie?) un membre à part entière de l'Union Européenne est en train de passer sous contrôle extérieur, dans le mépris le plus complet de sa souveraineté et des difficultés que traverse sa population.

La situation est complexe et confuse, et l'écheveau des responsabilités difficile à démener. Mais il y a néanmoins quelques certitudes.

La première, que la politique menée par l'Union Européenne depuis le début de la crise est décalée et inadaptée. Les décisions nécessaires sont prises avec un retard calamiteux et sans l'intensité requise.

La deuxième, que ces remèdes dilués et sans cesse reportés, joints au dogme de la rigueur, ont contribué à enfoncer les pays qu'il fallait soutenir – la Grèce en est le parfait exemple. On a voulu lui faire appliquer 10 ans de réformes en 10 mois : le pays est aujourd'hui au bord de la rupture et incapable de fournir quelque effort supplémentaire que ce soit.

La troisième, que les fautifs ne sont pas toujours là où l'on croit. Qui a creusé la dette de la France, nous mettant à la merci des agences de notation, sinon Nicolas Sarkozy ? Qui a truqué les comptes de la Grèce, sinon la droite de ce pays, celle-là même qui aujourd'hui s'égosille contre Papandréou ?

La quatrième, que le moteur franco-allemand ne tourne pas rond.

On a souvent dit, à raison, que le couple franco-allemand a un rôle capital à jouer en Europe. C'est vrai – mais nous constatons chaque jour le fossé qu'il y a entre Mitterrand-Kohl et Merkel-Sarkozy. Le leadership franco-allemand actuel est hautain, brutal, inégalitaire dans la façon qu'il a de considérer certains membres de l'union comme des inférieurs, tout juste bons à appliquer des diktats venus d'en haut, et à voir leur gouvernement déstabilisé sans ménagement s'ils refusent. Enfin, n'en déplaise à notre orgueil national, il n'a de couple que le nom. Il y a d'un côté l’Allemagne sous la direction d’Angela Merkel, crispée sur ses intérêts, considérant l'Europe comme son marché, et de l'autre la France, condamnée à la suivre en haletant et en faisant mine de co-élaborer ce qui est en fait décidé à Berlin. Qu'a obtenu Nicolas Sarkozy, dans ses négociations, qui n'aille pas dans le sens de ce que veut Angela Merkel ? Rien. Le rejet des Euro-bonds, pourtant seule solution pour enrayer la spirale infernale des effondrements financiers et de la rigueur, est assez exemplaire de cette « co-gestion » à sens unique. L’Europe vit à l'heure de l’égoïsme merkelien et de la pression des marchés et des créanciers.

Et petit à petit se met en place une forme de gouvernance européenne renforcée … mais pas celle à laquelle aspirent les démocrates et les fédéralistes. Non, on parle ici d'une sorte de duopole (avec les réserves que je viens de soulever) sans autre légitimité que celle du plus fort, qui convoque les représentants élus des peuples, leur donne des directive, les humilie et les contraint à renier leur parole, au mépris de la cohésion et de l'intérêt de leur pays.

Un directoire germano-français méprisant, que résume assez bien cette conférence de presse où l'on voit Nicolas Sarkozy adresser – publiquement – un sourire de connivence à Angela Merkel quand la question de la solidité des finances publiques italiennes est posée. Un directoire dont les décisions ne sont pas indexées sur les mouvements sociaux et les aspirations des européens, mais sur le cours des bourses. Sans vision à long terme, et tout entier absorbé par l'urgence aveugle et le rythme endiablé qu'impose la finance. Les dégâts causés par cette politique laisseront de graves séquelles : notre histoire commune récente nous permet hélas de savoir quelles sont les conséquences de l’humiliation arrogante de peuples entiers. La négligence et le chauvinisme d’aujourd’hui préparent les conflits de demain, et ouvrent la boîte de Pandore du nationalisme.

L'Europe est désormais en danger de mort. Seul un sursaut démocratique rapide, avec une réaffirmation de la solidarité entre les peuples européens, éloignera ce spectre. La question d'un fédéralisme européen démocratique, et donc d'une constituante associant les citoyens de tous les pays et leurs représentants, est posée. Rien ne réussira non plus sans un ressaisissement rapide de la social-démocratie européenne, qui doit donner de la voix – d’une même voix – et opposer au couple Merkel-Sarkozy un plan d’action coordonné. Articulé, comme l’a justement dit François Hollande, autour d’une intervention directe de la BCE et de l’émission d’euro-obligations, dans une perspective de retour à la croissance et non plus de rigorisme budgétaire.


Julien Dray