lundi 1 octobre 2012
Pas d’actualité ?
Pourquoi ne prononce-t-on jamais ce mot ? Pourquoi s’efforce-t-on d’inventer toutes sortes de dispositifs publics sophistiqués… sans jamais aborder ce concept ? Pourquoi, lorsqu’il l’est, provoque-t-il, cette gêne à ce point perceptible que les politiques qui sont interrogés voient perler sur leurs tempes une sueur qui trahit un malaise ? Pourquoi donc ne peut-on parler des « nationalisations » ?
Florange, après Gandrange restera-t-il le nom du déclin industriel de notre pays ? Pis, restera-t-il le nom d’une forme d’hésitation à agir ? Le sursaut de la décision, la volonté ferme du politique peuvent parfois secouer la tyrannie du fait accompli. Un mot n’a pas été prononcé dans ce dossier : celui de nationalisation. Il ne s’agirait pas, en l’occurrence, de collectivisation, d’appropriation collective des moyens de production ou d’expropriation mais simplement de nationalisations transitoires ou non qui donneraient la main à l’Etat. Un camarade socialiste a bien parlé, voici quelques années, de « nationalisation temporaires ». Aujourd’hui, si le mot est prononcé, c’est pour mieux nous expliquer que ces nationalisations ne sont "pas à l'ordre du jour"."A chaque fois qu'on a nationalisé, l'Etat n'a pas été un très bon gestionnaire", nous dit-on, au risque de céder à la vulgate néolibérale et à ses poncifs. Car, si l’industrie française a résisté, jusqu’à la dernière décennie, c’est parce que la politique industrielle de 1981 a comporté un important volet de nationalisations qui a permis de restructurer plusieurs secteurs et c’est aussi parce que l’Etat colbertiste des années 1960 n’a pas fait que des mauvais choix stratégiques. Mauvais gestionnaire l’Etat ? Mais cette assertion fait l’impasse sur tous les enseignements de la crise ! Elle fait l’impasse sur les réalités les plus évidentes qui démontrent qu’un système gangrené par la loi du profit est nuisible à l’innovation et à l’investissement.
Florange commande une action décidée. La main tremblante du politique n’ose pas nationaliser ? "Nous avons demandé que, s'il prend cette décision, qu'il nous laisse deux mois pour nous permettre de rechercher une solution de reprise". D’une voix chevrotante on s’adresse à Monsieur Mittal : « Encore une minute, monsieur le bourreau ! »
Disons le clairement, la loi « obligeant un industriel à céder une usine viable promise à la fermeture » se heurte à quelques réalités : Quels moyens de coercition l’Etat mettra-t-il en place ? Dans un cas comme Florange, la question est de garder la cohérence du site industriel dans son ensemble, cohérence qui fait sa force et donc, plutôt qu’une dispersion, c’est avant tout une cohérence et une stratégique qu’il faut remettre en place. Pourquoi accepter la tyrannie des marchés et autres fonds de pension. L’alliance des productifs peut être plus forte que la rente. On peut, en France et en Europe, construire des partenariats dynamiques qui ne consistent pas simplement à ouvrir des lignes de crédit mais davantage à donner des stratégies Recherche et Développement, de conquête des grands marchés etc…
La question est donc mal posée. Il s’agit simplement de se donner les moyens d’une politique industrielle cohérente et répondant à l’urgence. Les nationalisations temporaires sont un moyen concret d’action. Elles sont, en l’occurrence, le meilleur atout du pragmatisme politique dont nous avons besoin.
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