lundi 7 juin 2010

Pour un printemps des primaires

Le projet de primaires du parti socialiste soulève beaucoup d’espoirs. Même si les informations qui me parvenaient ces derniers mois de la commission chargée de son élaboration suscitaient en moi quelques réserves, j’avais décidé de les passer sous silence, ne voulant pas troubler la quasi unanimité au sein du PS sur ce point. Mais ce que nous avons appris cette semaine – que ni le MRC, ni le PRG ne vont probablement prendre part à leur organisation, sans parler des autres partis plus éloignés de nous – m’a convaincu de prendre la parole, surtout que les raisons invoquées par ces formations rejoignent mes propres remarques. On nous avait promis des primaires de toute la gauche, massives et populaires ; nous nous dirigeons vers la désignation du seul candidat socialiste par les militants et des sympathisants. Si cette configuration se confirme, elle risque d’être insuffisante pour répondre aux enjeux de 2012.

Nous aurions tort de croire que la victoire à la prochaine présidentielle est mécaniquement acquise à la gauche, et donc au PS. La droite aura pour très probable candidat le président sortant – depuis maintenant 30 ans, chaque occupant de l’Elysée a pu faire un second mandat. Ce candidat s’appuiera sur des moyens économiques considérables, sur les soutiens médiatiques que l’on a déjà vus à l’œuvre, et sur l’appareil d’Etat. Il aura conservé la confiance de son camp s’il continue à défendre le bouclier fiscal, et il cherchera sans doute à incarner le mouvement, la dynamique, tout en nous enfermant dans le rôle de défenseurs d’acquis sociaux archaïques.

La gauche ne part donc pas comme favori. Elle a un seul atout-maître – si elle parvient à le mobiliser – le peuple. Une gauche victorieuse en 2012 sera populaire, ou ne sera pas. La mobilisation populaire sera permise, ultimement, par l’adéquation entre le projet socialiste et les aspirations des couches moyennes et populaires ; mais elle sera conditionnée, au départ, par la capacité du PS à associer ces Français, et tous les partis de gauche, au choix et à la construction de la meilleure candidature pour battre la droite. C’est ce que doit permettre le système des primaires, tel que je le défends depuis plus de 10 ans.

Ces primaires seront réussies si elles passionnent l’opinion publique, et font des Français qui y participent des acteurs profondément impliqués dans ce processus, et désireux ensuite de porter et défendre le candidat qu’ils auront contribué à sélectionner.

Pour réussir cette mobilisation, le facteur temps est crucial. Des primaires trop courtes ne laisseront pas le temps aux Français de s’y intéresser et de s’en emparer. Elles leur en donneront d’autant moins envie qu’elles ne laisseront pas assez d’espace à des candidatures émergentes pour se faire connaître et se construire : une période de débats limitée ne fera qu’inscrire dans le marbre l’état initial de l’opinion. Des primaires brèves seront des primaires de confirmation de ce que diront alors les sondages. Est-ce pour autant une garantie de victoire ? Loin s’en faut ; l’expérience récente nous le prouve. Les sondages passent, les Français restent. Ceux-là mêmes qui auront ratifié une candidature « évidente » seront peut-être les premiers à s’en lasser, s’ils ne lui sont pas intimement liés et associés. Les primaires ne sont utiles que comme instrument de transformation de l’opinion. Si elles n’en deviennent que la traduction éphémère, elles n’auront servi à rien.

La durée n’est pas la seule donnée fondamentale : la date est également essentielle. Des primaires tardives ne laisseront pas assez de temps à leur vainqueur pour unifier le parti et la gauche derrière lui, et s’inscrire dans le paysage politique comme le premier opposant à Nicolas Sarkozy. Là encore, l’expérience de 2006, comme celle de François Mitterrand, parle pour elle. Si le candidat est désigné avant l’été 2011, il aura tout le temps de développer sa campagne parallèlement à celle de l’actuel président. Il ou elle pourra même mener la gauche à la bataille des sénatoriales en septembre, et partir à la présidentielle adossé à cette possible victoire. Inversement, une désignation automnale, remisée à l’après-sénatoriales, verra le PS et ses partenaires, une fois de plus, se mettre laborieusement en ordre de marche alors que le président de la République labourera déjà le pays.

Le projet de primaires actuellement discuté au sein du Parti socialiste prône, au contraire de cette analyse, un processus court et tardif. Il a découragé jusqu’à nos fidèles alliés du MRC et du PRG, qui avaient pourtant directement rejoint notre candidate en 2006. On peut les comprendre : des primaires brèves et tardives, des primaires de « confirmation », peu compétitives, destinées à jouer un scénario écrit d’avance, ne peuvent présenter un sérieux attrait pour eux. Elles se résumeront, en fait, à une désignation du candidat socialiste amplifiée de quelques dizaines de milliers de sympathisants – ceux-là mêmes, probablement, qui nous avaient rejoints en 2006 avant de s’éloigner de nous. Pour mobiliser très largement les classes moyennes et populaires, pour leur permettre de s’approprier un candidat qui soit vraiment le leur, et qu’elles soutiennent une année durant, nous avons besoin de primaires au printemps 2011, de primaires suffisamment longues et ouvertes pour signifier aux Français, et à nos partenaires, que le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Julien DRAY

5 commentaires:

Daniel Heurtault a dit…

D'accord avec ton analyse, Julien, mais comment faire changer le texte, si le bureau national a validé cette proposition des primaires à l'automne 2011.
Doit-on voter le texte pour proposer un amendement (comment le rédiger?) ou bien voter non sans possibilité d'amendement?

Sandrine Piaskowski a dit…

Sans préjuger de ce que sera votre engagement à venir pour 2012, je vous adresse ce lien vers Le Post :
http://www.lepost.fr/article/2010/05/29/2092514_qu-est-ce-que-le-segolenisme_1_0_1.html
(Il se trouve que j'ai dû vous y citer deux ou trois fois en note !).

Bien à vous

Sandrine Piaskowski

Romain / Variae.com a dit…

@Daniel il y a toujours une possibilité d'amendement (bien que techniquement assez complexe), contacte moi si tu veux des infos

Anonyme a dit…

Et ça continue encore et encore... Personnellement l'idée originale des primaires me plaisait. Maintenant rien n'est moins sur. Si le débat ne peut se dérouler, faute de temps, alors je me retournerai vers d'autres cieux. Peut-être qu'au second tour... quoique j'aimerai ne pas avoir à choisir entre Sarko et DSK...

Eric Barbot a dit…

Bonjour,

Ayant enseigné au Lycée Einstein de Ste Geneviève des Bois, à la fin des années 90, je vous ai croisé en tant que député de la circonscription, et depuis j'ai suivi de près votre parcours, d'autant que j'étais à l'époque militant au PS, proche de la motion C.

Aujourd'hui, je milite au Parti de Gauche, et ma question est simple : avec vos idées, votre franc-parler, et votre connaissance des quartiers populaires, que faites-vous encore au PS (qui vous a si peu soutenu lors de vos difficultés l'an dernier), et pourquoi ne rejoignez-vous pas le Parti de Gauche, où de nombreux anciens militants du PS (entre autres) construisent un projet cohérent, enthousiasmant et plein d'espoir pour une gauche radicale, républicaine et écologiste ?

Est-ce un problème d'incompatibilité d'humeur avec J-L Mélenchon ? Ne croyez-vous pas à un succès électoral de l'autre gauche ? Ne souhaitez-vous pas d'alliance avec le PCF ? Ce n'est qu'une question personnelle, aucun piège ni provocation de ma part, j'aimerais seulement savoir.

Amitiés militantes,

Eric Barbot
Parti de Gauche Villeurbanne