C’est un fait-divers. Mais un fait-divers qui en dit long. L’attaque d’une gendarmerie et d’un village – Saint-Aignan – par des « gens du voyage » armés, nous rapporte-t-on, de haches et de battes de baseball. Les images sont terribles, d’autant plus terribles que l’on comprend bien en les voyant que nous ne sommes pas face à un incident parmi d’autres, mais à un symbole de la dérive que connaît notre pays : la violence organisée qui devient un mode d’expression banalisé ; les forces de l’ordre qui deviennent des cibles récurrentes ; une autorité de l’Etat qui se révèle bien affaiblie, et contestée sur le terrain dans sa légitimité.
Cette attaque de gendarmerie, comme les affrontements qui secouent la banlieue grenobloise, comme les actes de violence sordides qui reviennent désormais régulièrement dans l’actualité, relèvent bien sûr de la question de la sécurité, mais pas seulement. Ils forment, avec la crise économique avec laquelle l’Europe semble bien loin de rompre, un arrière-fond inquiétant qui participe largement au climat dépressif ambiant. Dans une telle période, où l’horizon est aussi morose qu’incertain, il serait plus que jamais nécessaire d’avoir un gouvernement solide, incontesté, et qui tienne un cap clair. Or c’est tout l’inverse qui se passe, avec cette succession d’affaires, de scandales, de révélations, qui – quelle que soit leur véracité – jette une odeur de suspicion généralisée sur la majorité et le pouvoir.
Pour sortir de la crise économique comme pour sortir de la crise de la violence, il faut construire des politiques ambitieuses et massives, s’appuyant sur un effort national et donc sur un engagement financier conséquent. Or ce n’est un secret pour personne que les moyens nécessaires n’existent actuellement pas, du fait notamment de la non-réforme et même de l’affaiblissement constant par la droite de notre fiscalité. Sans fiscalité digne de ce nom, pas de marges de manœuvre budgétaires, et donc pas de possibilités de véritable relance de notre économie. Nous avons besoin d’une révolution fiscale, qui fonde une imposition qui permette à la fois de financer correctement le budget de l’Etat, et de redistribuer les richesses pour une pleine efficacité sociale. Il faut abolir le bouclier fiscal, qui est devenu le symbole même de l’injustice pour les Français. Il faut aussi, sans aucun doute, remettre à plat les niches fiscales comme la majorité a pu le dire. Mais des réformes sectorielles, fussent-elles hautement symboliques, ne suffiront pas. C’est tout le système qu’il faut remettre à plat pour passer un nouveau pacte entre l’Etat et les contribuables, et créer les conditions d’une croissance saine.
Un tel chantier nécessite un gouvernement fort, soutenu par une majorité qui soit au diapason avec lui, et légitimé par un fort soutien populaire. Un tel chantier nécessite tout simplement que règne la confiance entre le pays et ses gouvernants. Chacun mesurera la distance entre ces conditions et la situation actuelle.
On peut imaginer sans peine la tentation qui anime l’Elysée et Matignon. Se dire qu’il n’y a plus que deux ans à « tenir » jusqu’à la prochaine présidentielle et aux prochaines législatives ; que chaque jour qui passe est un jour de gagné, et que, vacances, effets d’annonce et autres diversions aidant, la majorité tiendra le coup, cahin-caha, et arrivera au bout du chemin sans choc majeur, même si elle doit finir usée jusqu’au fil. Si l’utilité de tels calculs peut être comprise pour le pouvoir en place, il est clair qu’ils se font à l’inverse au détriment de l’intérêt général et des Français. Un tel scenario serait le meilleur garant de l’immobilisme, et donc de l’enlisement de notre pays dans les problèmes sociaux, économiques, sécuritaires.
C’est pour cette même raison qu’il est absolument urgent que Nicolas Sarkozy prenne acte de la situation et assume la décision qui s’impose, celle d’une dissolution de l’Assemblée Nationale. De toute évidence, la majorité qui avait été élue en 2007, dans un contexte radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, a épuisé ses ressources, et n’a plus assez ni de ressort, ni de perspectives programmatiques pour faire face aux défis actuels. Ce serait respecter le peuple français que de le reconnaître, et de donner la possibilité à tous, présente majorité comme opposition, de se présenter devant les électeurs avec un projet et des propositions à la hauteur des enjeux que nous affrontons.
Sans ce nécessaire électrochoc, on voit difficilement comment le gouvernement pourra se sortir de cette spirale infernale d’échecs politiques et « d’affaires », qui se nourrissent les uns les autres. Spirale qui ne joue en faveur ni de la droite ni de la gauche, mais de l’extrême-droite, et surtout de l’abstention.
Je connais les objections faites à cette idée d’une dissolution. Certains affirmeront qu’une cohabitation paralyserait le pays ; pourtant, je ne crois pas que l’on puisse dire que le dernier gouvernement socialiste, qui a précisément gouverné en cohabitation avec Jacques Chirac, n’a rien fait, bien au contraire. Quant aux raisons de notre échec de 2002, il faut plutôt les chercher dans nos lacunes programmatiques que dans je-ne-sais-quels effets néfastes de cette cohabitation. D’autres à gauche nourrissent probablement des arrière-pensées tactiques : après tout, ne serait-il pas plus judicieux de laisser la majorité s’affaiblir et s’enliser pendant encore deux ans, de façon à cueillir une victoire facile au bout du compte ? Mais il n’est pas responsable de jouer ainsi avec l’état de notre pays. D’autant plus qu’une issue heureuse n’est nullement garantie : on ne manipule pas impunément la dynamite.
Le moment est venu d’oublier les intérêts personnels ou partisans pour s’interroger sur ce qu’exige le bon fonctionnement de
Julien Dray
7 commentaires:
Si j'ai bien compris le raisonnement et la conclusion, maintenant il faut tirer sur l'ambulance. On comprend enfin, mais un peu tard, j'espère pas trop tard, la nature du système Sarkozy. La perspective de prendre le pouvoir, même si c'est dans un pays en ruine, a perdu son attrait, une fois réalisée la gravité des attaques à la Nation France, et le peu de privilèges que pourraient en tirer les futurs élus à cause du dégoût des français. Sarkozy va-t-il dissoudre l'Assemblée parce qu'on l'aura persuadé que c'est l'intérêt général? Bien sûr que non, au contraire. Alors quoi? Il serait temps que les responsables de l'opposition sortent le bazooka, comme l'a fait Ségolène Royal. Mieux vaut tard que jamais.
Traditionnellement électeur de gauche, je suis de plus en plus surpris par l'inconséquence de nombre de nos dirigeants, de gauche, en particulier, lorsqu'ils serinent chaque jour davantage l'hallali final sur la Sarkozie à partir de faits - certes graves et dignes d'analyse - sur desquels ils jettent si aisément de l'huile sur le feu. Leaders de nécessaire opposition, n'avez-vous donc plus conscience de la dignité nécessaire à la crédibilité même de votre propre discours ? Ces fanfaronnades, ce non respect de la partie adverse en difficulté, est ce là bien l'éthique politicienne que vous nous préparez pour ce début de XXI ème Siècle. Sympathisants de la gauche, je n'en suis pas moins attachée à la justesse des discours. Et croyez-moi, M. et Mme Michu, le sont tout autant en leur café du commerce. Par votre discours de diatribe, vous vous confondez à la tonalité dominante de la presse à sensation. Tout cela est à mon sens contre-productif. Les hommes et femmes de bonne volonté ont une haute idée de la dignité républicaine. Beaucoup d'entre eux pourraient vous priver de leur voix, à vous entendre caqueter en basse cour de folie. Mendès France se serait-il abaissé aussi bas ? Vos discours me rappellent tristement les slogans "Tous pourris" qui n'ont jamais honoré leurs auteurs.
Merci de considérer votre responsabilité dans le mieux vivre ensemble. Pour être adversaires, les partis se doivent de se respecter, si l'on veut que les citoyens ne se désinvestissent pas davantage de la politique.et cela au nom de la vraie grandeur de notre république que sous savez rappeler à tout instant.
Cher Monsieur Dray que j'estime, je ne sens pas votre discours. Je ne le sens pas vrai et juste. Mon témoignage est personnel, bien entendu. Mais vous savez bien que nombre d'électeurs se déterminent au feeling, dans la dernière ligne droite. En effet, pourquoi aller au fond des dossiers, lorsque l'on sent que les discours ne résonnent pas, tant les dialectiques stériles empoisonnent l'air de la réflexion.
Bien à vous.
Traditionnellement électeur de gauche, je suis de plus en plus surpris par l'inconséquence de nombre de nos dirigeants, de gauche, en particulier, lorsqu'ils serinent chaque jour davantage l'hallali final sur la Sarkozie à partir de faits - certes graves et dignes d'analyse - sur desquels ils jettent si aisément de l'huile sur le feu. Leaders de nécessaire opposition, n'avez-vous donc plus conscience de la dignité nécessaire à la crédibilité même de votre propre discours ? Ces fanfaronnades, ce non respect de la partie adverse en difficulté, est ce là bien l'éthique politicienne que vous nous préparez pour ce début de XXI ème Siècle. Sympathisants de la gauche, je n'en suis pas moins attachée à la justesse des discours. Et croyez-moi, M. et Mme Michu, le sont tout autant en leur café du commerce. Par votre discours de diatribe, vous vous confondez à la tonalité dominante de la presse à sensation. Tout cela est à mon sens contre-productif. Les hommes et femmes de bonne volonté ont une haute idée de la dignité républicaine. Beaucoup d'entre eux pourraient vous priver de leur voix, à vous entendre caqueter en basse cour de folie. Mendès France se serait-il abaissé aussi bas ? Vos discours me rappellent tristement les slogans "Tous pourris" qui n'ont jamais honoré leurs auteurs.
Merci de considérer votre responsabilité dans le mieux vivre ensemble. Pour être adversaires, les partis se doivent de se respecter, si l'on veut que les citoyens ne se désinvestissent pas davantage de la politique.et cela au nom de la vraie grandeur de notre république que sous savez rappeler à tout instant.
Cher Monsieur Dray que j'estime, je ne sens pas votre discours. Je ne le sens pas vrai et juste. Mon témoignage est personnel, bien entendu. Mais vous savez bien que nombre d'électeurs se déterminent au feeling, dans la dernière ligne droite. En effet, pourquoi aller au fond des dossiers, lorsque l'on sent que les discours ne résonnent pas, tant les dialectiques stériles empoisonnent l'air de la réflexion.
Bien à vous.
Electeur de Gauche je me dois de répondre.Oui Mr Dray votre analyse est pertinante, mais elle va se vérifier...Dans ce climat politique délétère actuelle, aprés les régionales, l'affaire Bettencourt,
les cigares etc quel poids politique représente Mr nicolas actuellement?
Nationalement Et internationalement,
il est laminé, cramé, non crédible. De quoi la France a besoin, de poids politique. Alors Julien a raison, mais nicolas ne le fera pas..Alors risqueS de violences (ça à déjà commencé) de grèves, manifestations etc..Bonjour la rentrée.
Moi, je ne vais pas répondre à julien Dray.? S'il était encore de gauche, cela se saurait. Et dire qu'en plus il appelle à la dissolution est une vraie connerie. On a bien vu ce que cela a donné la dernière fois... revoulez vous du Jospin en plat réchauffé prêt à resservir >? Moi non, merci.
Bonjour, M. Dray.
Je suis un simple citoyen qui viens de vous voir à la télévision sur Canal. Je "poste" ici car d'après ce qui est écrit : "La modération des commentaires a été activée. Tous les commentaires doivent être approuvés par l’auteur du blog." donc je suppose que vous les lisez ou que quelqu'un les lit pour vous. Je ne souhaite pas spécialement être publié surtout que ça n'a aucun rapport avec le sujet de votre message.
Je voulais juste vous dire que je vous ai applaudi devant ma tv lorsque vous avez suggéré l'idée que l'équipe donne une partie de ses bénéfices au football. Je ne suis ni footballeur intéressé, ni un ami de M. Domenech. Mais dans cette affaire, je pense qu'il s'agit plus de la revanche des journalistes de ce journal (people ?) envers les succès de 1998, (2000?) et surtout de 2006 que d'un manque de compétence(s) au sein du football français.
Bravo très bonne cette idée !!!
Comment ce fait-il que je ne l'ai pas eu moi-même ? ^^
Enfin ça me donne envie de partager avec vous les deux réflexions suivantes :
"Il est plus gratifiant de participer au succès que de profiter du succès"
"Si vous commencez à vous élever parmi la masse, qui croyez vous que les lanceurs de tomates vont viser ?"
Encouragements, continuez ! (et gare aux tomates !)
Certains partisans de segolène royal ne peuvent s'empecher de calomnier à nos dépends, et parfois souvent qu'ils s'en prennent aux personnes qui travaillent honnêtement. Il faut dire qu'il y a beaucoup de travail au noir dans votre pays de bouffons.
Enregistrer un commentaire