lundi 15 mars 2010

Considérations de premier tour

Je profite de ce premier tour des régionales pour reprendre le cours normal de mon blog, un peu endormi ces dernières semaines pour cause (heureuse !) de campagne intensive avec le bus des candidats essonniens. Rien n’est acquis, et la dernière ligne droite des prochains jours devra être l’occasion d’une mobilisation plus forte que jamais. Mais on peut d’ores et déjà tirer quelques conclusions de ces résultats intermédiaires.

Tout d’abord une satisfaction, bien évidemment, celle de voir la gauche en tête dans notre pays, et le Parti socialiste retrouver des couleurs (et la place de première force politique nationale) grâce aux efforts conjugués des ses candidats et têtes de liste dans toutes les régions. Satisfaction toute particulière en Essonne, où nous sommes arrivés, avec tous mes colistiers, à dépasser l’UMP dès ce premier tour. Je pense que notre campagne de terrain, tout entière conçue autour de l’idée d’aller à la rencontre des Essonniens et de leur donner la parole, n’est pas étrangère à ce premier succès. A présent, en Ile de France comme dans les autres régions, l’heure est au rassemblement de toutes les forces de gauche, et je suis certain qu’il se fera sans difficultés avec nos amis du Front de Gauche et d’Europe Ecologie, pour la simple et bonne raison que nous avons l’habitude de travailler ensemble, et que tout le monde est conscient de la nécessité de se montrer à la hauteur du vote d’hier en faveur de la gauche.

Cela étant on ne peut pas se voiler la face sur une autre donnée, qui nous interdit tout triomphalisme : l’abstention. Elle concerne au niveau national plus d’un électeur sur deux. On peut l’interpréter de diverses manières, et elle correspond sans doute à des motivations (ou absence de motivation) personnelles très différentes. Mais quand même. Force est de constater qu’après le regain de mobilisation de la présidentielle 2007, la tendance est à nouveau au retrait d’un nombre considérable de Français de la vie civique. Peut-être ce retrait est-il à la mesure des attentes et des espoirs générés en 2007 par les principaux candidats, et par celui qui a finalement été élu en s’engageant à tout changer dans notre pays. Chacun est libre de mesurer le décalage entre les promesses de « rupture » du candidat Sarkozy, et la campagne UMP pour ces élections, qui, fuyant les questions de fond, s’est trop souvent réduite à un concours de boules puantes (identité nationale, accusations contre Ali Soumaré, propos de Gérard Longuet sur Malek Boutih ...) et de dénigrement des autres candidats. Les électeurs n’ont visiblement pas été dupes. Plus inquiétant encore, un nombre considérable de ceux qui sont venus voter (un sur dix) sont retournés à un vote FN que l’on disait moribond, et durablement asséché par Nicolas Sarkozy. Echec là encore sur ce point essentiel de la stratégie du président.

Le vrai gagnant de l’élection, au fond, on se dirait presque que c’est le récent rapport Delevoye sur l’état de notre pays. La topologie du vote d’hier, avec son abstention record, avec son retour de l'extrême-droite, renvoie de façon troublante au portrait que fait le médiateur de la République d’un pays au bord de la crise de nerfs, fragilisé, fragmenté, naviguant en aveugle sans projet national collectif. Au lendemain du second tour, l’opposition devra sérieusement s'attaquer à cette situation, sans se laisser bercer d’illusions quant à l’automaticité d’une alternance en 2012. Si la gauche n’est pas capable de construire un projet de société proprement révolutionnaire, un projet de transformation sociale radicale pour « changer la vie » dans tout le pays, elle n’apparaîtra pour beaucoup de nos concitoyens que comme un moindre mal, ou un pis-aller peu enthousiasmant. Un petit effort de mémoire permettra à chacun de se rappeler de la (très) probable destinée électorale d’une telle force politique.


En attendant, il y a une première étape à franchir, celle du second tour dimanche prochain, et il n'y a qu'une façon de le faire : en se rendant massivement dans les urnes pour soutenir les listes d'union de la gauche.


Julien Dray

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