L’engagement pris par François Hollande de créer les 60 000 postes détruits dans l’éducation a ouvert un vif débat et c’est une très bonne chose. On entre enfin dans le cœur des primaires, au-delà des postures esthétiques et des discours de bonnes intentions qui prévalaient jusque là.
Pas un candidat en lice n’a manqué d’affirmer, la main sur le cœur, que l’éducation allait être sa priorité. François Hollande, qui était accusé par certains de ces mêmes candidats de ne pas être assez précis sur ses propositions, a mis sur la table ce week-end une mesure très concrète, tant dans ce qu’elle propose que dans les modalités annoncées (une loi de programmation sur 5 ans). Et depuis lors, que voit-on ? Une bien étrange coalition, rassemblant aussi bien les supposés partisans de la rigueur (Manuel Valls) que les défenseurs de l’orthodoxie de gauche (Laurent Fabius pour Martine Aubry) autour de ce qui a été la position de Luc Chatel dans le débat parlementaire : à savoir, qu’il est possible et nécessaire de réformer notre système éducatif à moyens constants, et sans mettre la main au porte-monnaie.
Qu’il semble loin le temps où – il y a quelques mois seulement – certains concurrents de François Hollande rivalisaient de générosité, annonçant qu’il ne fallait pas avoir peur de la dépense publique et qu’on allait par exemple doubler le budget de la culture ! Derrière les promesses et les postures, le test des intentions concrètes est cruel. Et pourtant. L’éducation n’est effectivement pas un sujet comme les autres. Elle est même au cœur de l’identité politique de la gauche. En même temps, force est de constater que les 4 dernières années ont été mises à profit comme jamais, par la droite, pour casser notre système éducatif. Pas avec tambours et trompettes, non ; les amis de Nicolas Sarkozy ont appris de leurs échecs passés et ont eu l’habileté de ne pas entreprendre la grande réforme d’ensemble qui n’aurait pas manqué de mettre dans la rue personnels, élèves et parents. Non, ils ont bien plus astucieusement mené un discret travail de sape, un « termitage », en coupant progressivement les moyens et en cassant la profession enseignante, en détruisant sa porte d’entrée.
Aujourd’hui, notre système scolaire est une bombe à retardement. Il est concurrencé par un secteur privé plus fort que jamais qui, par la voie de la scolarisation alternative ou par celle des cours particuliers, renforce les inégalités socio-éducatives et affaiblit le secteur public. Les élèves et les étudiants ne croient plus en sa fonction d’ascenseur social, les parents sont perdus, les enseignants s’enfoncent dans une détresse dont l’explosion des chiffres d’abandon, chez les nouveaux entrés dans la profession, témoigne douloureusement.
Comment peut-on être de gauche, et ne pas considérer que cette situation d’urgence réclame des moyens eux-mêmes exceptionnels et une priorisation claire et nette ? L’éducation, ce n’est pas seulement l’éducation. C’est comme je l’écrivais plus haut la clé de l’ascenseur social, c’est l’émancipation, c’est la cohésion nationale et aussi la lutte contre la violence. François Hollande – ses écrits et déclarations en font foi – a eu le mérite d’affirmer le premier, et avec constance, que l’éducation et la jeunesse étaient au cœur de sa démarche. Cette priorité s’illustre par deux mesures phares, du côté de l’emploi – le contrat de génération – et du côté de l’éducation – ces 60 000 créations ou recréations de postes. On ne peut être plus explicite.
Et évitons aussi de faire semblant de ne pas comprendre ce qui a été proposé. Personne n’a dit, comme fait mine de le croire la droite et certains à gauche, que l’on allait tout refaire à l’identique, remettre des postes aux mêmes endroits qu’avant. Ces créations doivent rendre possible la grande remise à niveau que requiert notre système éducatif depuis des années, de la maternelle au lycée. Le développement de l’accueil dès la petite enfance. Le renforcement de l’encadrement au primaire, pour que plus personne n’entre au collège sans savoir lire, et dans les zones d’éducation prioritaires. La réforme des rythmes scolaires et de la pédagogie, en fonction de l’évolution des moyens de communication. Le soutien individualisé là où il est nécessaire. Faire de l’école, de la maternelle à l’université, une deuxième maison où les jeunes ne trouvent pas seulement une « offre » de compétences, mais les moyens – notamment culturels – de leur émancipation et de leur entrée dans le monde des citoyens.
Faire croire que tout cela peut se faire avec une réforme a minima et des moyens réduits, c’est mentir aux Français, et c’est avouer qu’en fait, on ne touchera pas au système, ni à ce qui, en lui, produit et accroit les inégalités. François Hollande a désormais publiquement pris ses responsabilités sur ce sujet. A chacun de tirer les conclusions qui s’imposent des réponses, ou du silence, des autres candidats.
Julien Dray
Pas un candidat en lice n’a manqué d’affirmer, la main sur le cœur, que l’éducation allait être sa priorité. François Hollande, qui était accusé par certains de ces mêmes candidats de ne pas être assez précis sur ses propositions, a mis sur la table ce week-end une mesure très concrète, tant dans ce qu’elle propose que dans les modalités annoncées (une loi de programmation sur 5 ans). Et depuis lors, que voit-on ? Une bien étrange coalition, rassemblant aussi bien les supposés partisans de la rigueur (Manuel Valls) que les défenseurs de l’orthodoxie de gauche (Laurent Fabius pour Martine Aubry) autour de ce qui a été la position de Luc Chatel dans le débat parlementaire : à savoir, qu’il est possible et nécessaire de réformer notre système éducatif à moyens constants, et sans mettre la main au porte-monnaie.
Qu’il semble loin le temps où – il y a quelques mois seulement – certains concurrents de François Hollande rivalisaient de générosité, annonçant qu’il ne fallait pas avoir peur de la dépense publique et qu’on allait par exemple doubler le budget de la culture ! Derrière les promesses et les postures, le test des intentions concrètes est cruel. Et pourtant. L’éducation n’est effectivement pas un sujet comme les autres. Elle est même au cœur de l’identité politique de la gauche. En même temps, force est de constater que les 4 dernières années ont été mises à profit comme jamais, par la droite, pour casser notre système éducatif. Pas avec tambours et trompettes, non ; les amis de Nicolas Sarkozy ont appris de leurs échecs passés et ont eu l’habileté de ne pas entreprendre la grande réforme d’ensemble qui n’aurait pas manqué de mettre dans la rue personnels, élèves et parents. Non, ils ont bien plus astucieusement mené un discret travail de sape, un « termitage », en coupant progressivement les moyens et en cassant la profession enseignante, en détruisant sa porte d’entrée.
Aujourd’hui, notre système scolaire est une bombe à retardement. Il est concurrencé par un secteur privé plus fort que jamais qui, par la voie de la scolarisation alternative ou par celle des cours particuliers, renforce les inégalités socio-éducatives et affaiblit le secteur public. Les élèves et les étudiants ne croient plus en sa fonction d’ascenseur social, les parents sont perdus, les enseignants s’enfoncent dans une détresse dont l’explosion des chiffres d’abandon, chez les nouveaux entrés dans la profession, témoigne douloureusement.
Comment peut-on être de gauche, et ne pas considérer que cette situation d’urgence réclame des moyens eux-mêmes exceptionnels et une priorisation claire et nette ? L’éducation, ce n’est pas seulement l’éducation. C’est comme je l’écrivais plus haut la clé de l’ascenseur social, c’est l’émancipation, c’est la cohésion nationale et aussi la lutte contre la violence. François Hollande – ses écrits et déclarations en font foi – a eu le mérite d’affirmer le premier, et avec constance, que l’éducation et la jeunesse étaient au cœur de sa démarche. Cette priorité s’illustre par deux mesures phares, du côté de l’emploi – le contrat de génération – et du côté de l’éducation – ces 60 000 créations ou recréations de postes. On ne peut être plus explicite.
Et évitons aussi de faire semblant de ne pas comprendre ce qui a été proposé. Personne n’a dit, comme fait mine de le croire la droite et certains à gauche, que l’on allait tout refaire à l’identique, remettre des postes aux mêmes endroits qu’avant. Ces créations doivent rendre possible la grande remise à niveau que requiert notre système éducatif depuis des années, de la maternelle au lycée. Le développement de l’accueil dès la petite enfance. Le renforcement de l’encadrement au primaire, pour que plus personne n’entre au collège sans savoir lire, et dans les zones d’éducation prioritaires. La réforme des rythmes scolaires et de la pédagogie, en fonction de l’évolution des moyens de communication. Le soutien individualisé là où il est nécessaire. Faire de l’école, de la maternelle à l’université, une deuxième maison où les jeunes ne trouvent pas seulement une « offre » de compétences, mais les moyens – notamment culturels – de leur émancipation et de leur entrée dans le monde des citoyens.
Faire croire que tout cela peut se faire avec une réforme a minima et des moyens réduits, c’est mentir aux Français, et c’est avouer qu’en fait, on ne touchera pas au système, ni à ce qui, en lui, produit et accroit les inégalités. François Hollande a désormais publiquement pris ses responsabilités sur ce sujet. A chacun de tirer les conclusions qui s’imposent des réponses, ou du silence, des autres candidats.
Julien Dray
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