lundi 17 octobre 2011

Humeurs de campagne (7) - Après les primaires

Les primaires citoyennes, premier acte à gauche de l’élection présidentielle de 2012, sont donc désormais terminées, avec un vainqueur incontestable et une participation en hausse entre premier et deuxième tour. Près de 3 millions de Français sont venus donner leur soutien à la démarche mise en place par le Parti socialiste et le Parti radical de gauche, et ont participé à la construction d’une candidature solide face à la droite. On peut d’ores et déjà tirer quelques enseignements de ce qui vient de se passer, et réfléchir à la suite.

Premièrement, la droite a perdu son pari sur les primaires. L’UMP avait fait le calcul, en se référant à l’histoire récente des socialistes, que le processus des primaires aviverait chez eux les divisions et les exposerait au grand jour, donnant une image désastreuse du premier parti de gauche et le laissant en ruines au bout du compte. Heureusement pour la gauche, et malheureusement pour eux, la machine à perdre ne s’est pas remise en route. Il suffit d’ailleurs d’observer l’évolution des éléments de langage de la droite à ce sujet : d’abord moquées pour leur probable échec, les primaires sont aujourd’hui louées par certains membres de la majorité, et remises en cause sur leur principe même par le président de la République. Mais la démonstration d’unité à laquelle elles ont donné lieu chez les socialistes, par-delà d’inévitables tensions passagères, a coupé l’herbe sous les pieds de l’UMP. Première et notable victoire, d’image comme de fonctionnement, pour le Parti socialiste et ses alliés.

Deuxièmement, il ne faut pas se leurrer sur la bataille qui arrive. Elle sera d’une violence terrible, pire qu’en 2007. Ne nous leurrons pas non plus sur les divisions et querelles passagères de la droite : elle n’a pas rendu les armes, et se rangera comme un seul homme derrière son candidat quand la question du pouvoir en 2012 sera effectivement posée. Parce que la perspective d’un socialiste à l’Elysée demeure, 20 ans après Mitterrand, une hérésie pour ce camp. Et parce qu’elle a beaucoup à perdre, pour parler très franchement. Par ailleurs, il ne faut pas réduire nos adversaires à la droite UMP. Le FN est là, et bien là, même s’il n’a plus autant la faveur des médias qu’il y a quelques mois. Il va jouer sur les peurs, les ambigüités, les non-dits. Il va tenter de surfer sur le désespoir de nos concitoyens qui ne croient plus en la promesse républicaine. Pour le combattre, il faudra faire autre chose que tabler sur le rejet de la droite sortante : porter un projet de société, crédible et qui puisse soulever l’espoir.

Troisièmement, les socialistes peuvent désormais compter sur une partie au moins des sympathisants et citoyens qui sont venus massivement participer aux primaires. Il faut travailler à les associer à la campagne, à en faire des relais sur le terrain et à faire en sorte que chacun puisse jouer un rôle à son niveau, pour démultiplier la parole du candidat socialiste. C’est une bouffée d’oxygène essentielle pour le PS, qui a l’occasion, le temps de la campagne au moins, de tendre vers le parti de masse qu’il devrait être. Il faut mettre en place une organisation efficace pour cela, avec une fusion des équipes des candidats, et sur tout le territoire des comités de soutien largement ouverts à ceux qui veulent continuer à porter la candidature de François Hollande après avoir contribué au succès des primaires. D’autres les rejoindront, sans aucun doute. La capacité du parti à s’ouvrir à eux, dans les prochaines semaines, sera cruciale pour notre succès en mai prochain.

Julien Dray

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