Le Président de la République a
confirmé, au cours de sa récente conférence de presse, que l’Etat céderait un
certain nombre d’actifs dans des entreprises publiques et ce à des fins
d’investissement stratégique.
Cette annonce nous rappelle que
la question des nationalisations et des privatisations fait l’objet d’un
véritable flou idéologique.
Pour certains, il s’agirait
évidemment de se défaire moyennant monnaie sonnante et trébuchante de certaines
participations dans de grandes entreprises. On nous expliquera que « le
rôle de l’Etat n’est pas » de faire du transport aérien, de fabriquer
des voitures ou que sais-je. Il s’agit, évidemment, d’essayer de gagner
quelques milliards dans une course perdue d’avance contre les déficits. Bref,
ceux-là sont les tenants d’une politique des pourboires avec les marchés, une
politique dont on sait qu’elle ne se termine jamais bien.
D’autres défendent par principe
l’entrée de l’Etat au capital d’entreprises en difficulté. Prendre des
participations dans des entreprises ne devrait pourtant pas viser pas à faire
de l’Etat l’infirmière de la mondialisation ou le pompier des incendies
spéculatifs. C’est penser que la mise sous perfusion de l’emploi est une
solution… ce qu’elle n’est pas. Le « tout-Etat » n’est que le pendant
du « tout-marché ». Il n’est pas opérant.
L’entrée au capital d’une
entreprise dépend des choix qu’un pays fait en matière économique. La décision
de nationaliser ou privatiser (partiellement ou non) doit répondre à une
exigence stratégique, pensée, assumée qui dépend, évidemment, d’une vision de
l’avenir : permettre à un secteur de se développer, de se restructurer ou
assurer à travers la pérennité d’une entreprise (c’est le cas des transports ou
de l’énergie) la continuité du territoire et l’égalité entre les territoires
comme entre les citoyens. Ainsi, il existe un certain nombre de secteurs où la
France, en Europe et dans le monde, peut prendre l’avantage, apporter son
savoir-faire et devenir leader. Mais, souvent, les entreprises qui portent ces
innovations ont besoin d’être adossées à des acteurs forts.
Ainsi, il serait faux d’imaginer
que l’entrée de l’Etat au capital d’une entreprise ne concerne que des secteurs
en déclin. Cette vision associe trop aisément le rôle qui est celui de l’Etat à
la sinistrose ambiante. Or, l’Etat - mais aussi les collectivités locales - ont
une vocation : celle de permettre, par leur implication, de garantir à
l’innovation les moyens de se développer.
A contrario, une fois que ces
entreprises seraient fortes, consolidés, suffisamment robustes pour résister à
des raids hostiles, il serait possible de modifier le périmètre d’intervention
de l’Etat et son degré de participation au capital (en gardant bien évidemment
un seuil de participation stratégique).
Il est à craindre que, sans
politique industrielle véritablement définie, sans vision claire des atouts
technologiques de la France, sans anticipation de ce que peut donner la
recherche, cette politique de cessions d’actifs ne serve qu’à remplir les
caisses. La vision comptable se substituerait à toute vision industrielle et
cette politique n’aboutirait à rien d’autre qu’à « vendre les bijoux de
famille ».
Il est donc urgent, avant d’avoir
une politique de cessions d’actifs, de définir une politique industrielle.
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