mercredi 22 mai 2013

NATIONALISATIONS, PRIVATISATIONS : MODE D'EMPLOI.



Le Président de la République a confirmé, au cours de sa récente conférence de presse, que l’Etat céderait un certain nombre d’actifs dans des entreprises publiques et ce à des fins d’investissement stratégique.

Cette annonce nous rappelle que la question des nationalisations et des privatisations fait l’objet d’un véritable flou idéologique.

Pour certains, il s’agirait évidemment de se défaire moyennant monnaie sonnante et trébuchante de certaines participations dans de grandes entreprises. On nous expliquera que « le rôle de l’Etat n’est pas » de faire du transport aérien, de fabriquer des voitures ou que sais-je. Il s’agit, évidemment, d’essayer de gagner quelques milliards dans une course perdue d’avance contre les déficits. Bref, ceux-là sont les tenants d’une politique des pourboires avec les marchés, une politique dont on sait qu’elle ne se termine jamais bien.

D’autres défendent par principe l’entrée de l’Etat au capital d’entreprises en difficulté. Prendre des participations dans des entreprises ne devrait pourtant pas viser pas à faire de l’Etat l’infirmière de la mondialisation ou le pompier des incendies spéculatifs. C’est penser que la mise sous perfusion de l’emploi est une solution… ce qu’elle n’est pas. Le « tout-Etat » n’est que le pendant du « tout-marché ». Il n’est pas opérant.

L’entrée au capital d’une entreprise dépend des choix qu’un pays fait en matière économique. La décision de nationaliser ou privatiser (partiellement ou non) doit répondre à une exigence stratégique, pensée, assumée qui dépend, évidemment, d’une vision de l’avenir : permettre à un secteur de se développer, de se restructurer ou assurer à travers la pérennité d’une entreprise (c’est le cas des transports ou de l’énergie) la continuité du territoire et l’égalité entre les territoires comme entre les citoyens. Ainsi, il existe un certain nombre de secteurs où la France, en Europe et dans le monde, peut prendre l’avantage, apporter son savoir-faire et devenir leader. Mais, souvent, les entreprises qui portent ces innovations ont besoin d’être adossées à des acteurs  forts.

Ainsi, il serait faux d’imaginer que l’entrée de l’Etat au capital d’une entreprise ne concerne que des secteurs en déclin. Cette vision associe trop aisément le rôle qui est celui de l’Etat à la sinistrose ambiante. Or, l’Etat - mais aussi les collectivités locales - ont une vocation : celle de permettre, par leur implication, de garantir à l’innovation les moyens de se développer.

A contrario, une fois que ces entreprises seraient fortes, consolidés, suffisamment robustes pour résister à des raids hostiles, il serait possible de modifier le périmètre d’intervention de l’Etat et son degré de participation au capital (en gardant bien évidemment un seuil de participation stratégique).

Il est à craindre que, sans politique industrielle véritablement définie, sans vision claire des atouts technologiques de la France, sans anticipation de ce que peut donner la recherche, cette politique de cessions d’actifs ne serve qu’à remplir les caisses. La vision comptable se substituerait à toute vision industrielle et cette politique n’aboutirait à rien d’autre qu’à « vendre les bijoux de famille ».

Il est donc urgent, avant d’avoir une politique de cessions d’actifs, de définir une politique industrielle.

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