mardi 30 septembre 2008

Interview dans le Journal du Parlement

Vous avez lancé un appel avec François Rebsamen pour la constitution sans exclusive d'une « majorité large, unie, soudée ». Une grande coalition « arc-en-ciel » - pour vous citer - allant de l'extrême gauche au centre.
Mais le PS étant déjà particulièrement divisé, ne craignez-vous pas que les différends se multiplient ?

Tout d'abord, je ne partage pas votre jugement sur les divisions du Parti socialiste. Qu'il y ait des conflits de personnes, qui se justifient ensuite en se donnant l'apparence de conflits idéologiques, c'est une chose. Mais je constate que chaque fois que les socialistes se mettent au travail collectivement et sans arrière-pensée, nous parvenons sans grande difficulté à nous mettre d'accord sur l'essentiel. L'exercice, qui aurait pu être périlleux, de la refonte de notre déclaration de principes, l'a prouvé sans ambiguités.

Ce constat s'applique également à la question de nos alliances. Là encore, j'observe que même si les termes changent, nombre de responsables socialistes - de Martine Aubry à Ségolène Royal – ont intégré l'idée d'une large maison de la gauche, capable de s'ouvrir dans un second temps à celles et ceux qui, sans appartenir à notre famille politique, acceptent de venir travailler avec nous, sans se renier, mais en rompant clairement avec la droite. La question n'est pas celle du retournement d'alliance, mais de la nature et de l'ordre des partenariats à mettre en place.
Sur quels sujets voyez-vous des convergences à la fois avec Olivier Besancenot et François Bayrou ?

Je remarque de très grandes convergences sur l'analyse des carences du modèle de société et de développement, que je résumerais comme néolibéral et dérégulateur, que l'on a tenté de nous imposer durant les trente dernières années. Sur la financiarisation de l'économie, sur l'urgence écologique, sur la critique de l'argent-roi et du « bling-bling », quelles véritables différences ? Bien sûr, les solutions proposées peuvent actuellement être très différentes. Mais je pense qu'il ne faut pas raisonner de manière statique, en ne se fondant que sur les positions présentes des uns et des autres. Si le Parti socialiste et la gauche suivent un programme d'alliances et de travail tel que celui que je défends – mise en place d'un comité d'action de la gauche, organisation de grands forums citoyens permettant d'élaborer un contrat commun de gouvernement, préparation de primaires pour désigner un candidat unique de la gauche – alors nous parviendrons sans doute à élaborer des solutions politiques convergentes qui puissent être portées par toutes les forces de progrès.

Mais l'Europe par exemple ne risque-t-elle pas d'être mise au rabais ?

Le passé récent, et tumultueux, de la question européenne dans notre pays en a fait une sorte d'épouvantail à gauche. A tort. Et je vais même vous dire : c'est parce que ce sujet est apparemment le plus difficile que nous devons commencer par celui-là lorsque nous discuterons entre nous, et avec nos partenaires. Au fond, tout le monde est d'accord sur la nécessité d'une Europe qui soit d'abord sociale. Et nous l'avons prouvé lors de la dernière campagne présidentielle, où nous étions parvenus à une position consensuelle, dépassant les cicatrices entre « gauche du oui » et « gauche du non ».

Comment expliquer que le PS a toujours eu une certaine tolérance voire une sympathie pour l'extrême gauche…

Comment expliquer que le PS est toujours sommé de se positionner par rapport à l'extrême-gauche ? Je rejette l'idée selon laquelle il y aurait deux gauches, l'une « démocrate », « moderne », bonne pour gouverner, l'autre « radicale », «authentique», bornée à protester. Être de gauche c'est oeuvrer pour la transformation sociale, avec tous les moyens et les bonnes volontés disponibles. Pas de progrès social sans union de la gauche ! Et pas de progrès social non plus sans volonté de prendre part au gouvernement de notre pays. Voilà la question qui est vraiment posée à l'extrême gauche.

Comptez-vous mettre « au frigidaire » vos ambitions de Premier Secrétaire du PS ?

Non, pas plus qu'au four ou au congélateur d'ailleurs ! Un congrès du Parti socialiste n'est ni seulement, ni d'abord un choix sur une personne. Dans un premier temps, les militants vont voter sur une orientation politique – une motion. J'ai choisi de me joindre à celle présentée notamment par Gérard Collomb et Ségolène Royal, parce qu'elle comporte un grand nombre d'idées que je partage, par exemple sur le besoin de changer en profondeur le Parti socialiste, d'en faire une grande forcé moderne et populaire. Dans un second temps, les militants socialistes voteront pour un premier secrétaire. Je maintiens l'analyse que j'ai développée ces derniers mois : pour relever la tête, le PS a besoin d'un dirigeant qui lui soit entièrement dévoué, qui n'ait pas la tête à son avenir personnel, à un éventuel « destin » présidentiel.

Que devrait incarner selon vous un parti socialiste rénové ?

Il devrait servir sa mission historique – la question sociale – en utilisant sans préjugés tous les outils, politiques, économiques, qui peuvent l'aider à la mener à bien. Il devrait également ressembler à la société française dans toute sa pluralité et sa complexité, parce que la force et la raison d'être de la gauche, c'est le peuple. Cela veut dire, très concrètement, parvenir à réunir ce que j'ai appelé une « nouvelle alliance des productifs » - travailleurs pauvres, enfants d'immigrés discriminés, petits entrepreneurs écrasés par la sous-traitance, jeunes chercheurs sous-rémunérés, fonctionnaires déconsidérés, ... – c'est-à-dire cette partie largement majoritaire de la population française qui est victime de la rente du capital et de la financiarisation de l'économie, et qui n'a même pas conscience de sa situation commune. A nous de représenter et d'unir ces groupes fragmentés, que la droite joue à opposer les uns contre les autres.

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