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lundi 11 avril 2011

Communiqué de Julien Dray, député de l’Essonne, au sujet de l’intervention de l’armée française en Côte d’Ivoire

En prenant la responsabilité d’engager l’armée française au côté d’Alassane Ouattara dans son offensive sur Abidjan, et cela dans un cadre juridique plus que discutable – qui va bien au-delà de la seule protection des civils – le gouvernement a pris la responsabilité de choisir un camp contre un autre, au lieu de défendre le droit.

Dans un moment où tout laisse à penser que les forces de Monsieur Ouattara ont pu commettre des exactions passibles de la Cour Pénale Internationale, la diplomatie française renoue avec la politique de la canonnière et de la fuite en avant.


Julien Dray

mercredi 8 octobre 2008

La fin des Vingt Perverses

Analyse politique sur la crise économique et ses lectures
Par Julien Dray


La crise financière, depuis le tour spectaculaire qu'elle a pris au mois de septembre, a donné lieu à un très grand nombre d'analyses convergeant toutes, par-delà la diversité des cheminements et des explications, vers une dénonciation de la finance, et de ses excès, comme seul grand coupable. Dans un étonnant consensus – impliquant des prises de parole à front renversé, comme celle de Nicolas Sarkozy, s'endormant un soir apôtre du libre-échange pour se réveiller le lendemain, à Toulon, prophète de la régulation – nombre de voix se sont élevées pour demander la tête des financiers, et réclamer le retour à « l'économie réelle », parée de toutes les vertus.

Cette vision ne nous satisfait pas. Elle a bien sûr sa part de vérité et même d'évidence – ces dernières semaines, les jonglages complexes des financiers autour des produits immobiliers, appâtés par l'argent facile et la carotte des primes et des bonus toujours plus élevés, ont été dûment décrits et analysés. Que la crise financière soit de la responsabilité de la finance est une lapalissade. Mais cela ne nous dit rien des conditions d'apparition précises de cette crise. Elle n'est pas apparue à n'importe quel endroit du système financier, ni à n'importe quel moment de son histoire. Son déclencheur a été la politique américaine du logement, menée par l'administration Bush depuis huit ans. Si nous voulons tirer toutes les leçons de cette crise, et l'utiliser pour remettre efficacement en cause le modèle économique que nous dénonçons, c'est par là que nous devons commencer notre analyse.

Que s'est-il donc passé en Amérique ?

Il y a deux façons de décrypter l'engrenage infernal des subprimes, ces crédits hypothécaires accordés avec largesse à des Américains sans ressources suffisantes, afin qu'ils puissent accéder à la propriété immobilière. La première est de pointer l'importance des bonifications financières qui étaient promises à tous les acteurs du système, depuis les prêteurs jusqu'aux traders de Wall Street, et qui les poussaient à accorder toujours plus de crédits. Cette lecture est évidemment à considérer. Mais elle n'explique pas la donnée culturelle, ou politique : pourquoi les Américains étaient-ils si nombreux à vouloir acheter une maison, y compris quand leurs moyens ne leur permettaient pas ?

C'est ce que permet d'expliquer une seconde lecture, considérant le fait que depuis son arrivée au pouvoir, l'administration Bush a mis en avant un des versants du rêve américain : celui du « tous propriétaires ». Message adressé avant tout aux classes populaires, celles-là mêmes qui avaient le plus de difficultés à accéder à la propriété, du fait d'une autre constante de la politique économique néoconservatrice : la généralisation du travail précaire. D'un côté, des Américains au travail, mais précarisés et insuffisamment payés ; de l'autre, une incitation permanente à l'accession à la propriété. Le développement de masse du crédit hypothécaire à risque est la solution imaginée à cette quadrature du cercle néolibérale.

Ce qui est en jeu dans cette exhortation à la propriété immobilière, n'est rien moins que la réorganisation de la société au profit des idéologues de la droite conservatrice. La droite a compris que pour devenir majoritaire électoralement, elle devait défaire le salariat comme condition sociale homogène, et sortir ainsi de l'opposition traditionnelle entre salariat et capital. Pour cela, il fallait le précariser, et réintroduire une distinction entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien. D'où l'octroi massif de crédits immobiliers. Nous savons aujourd'hui, par exemple, que l'administration américaine et la Maison Blanche ont exercé de façon continue des pressions très fortes sur Fannie Mae, géant du crédit hypothécaire, pour que l'entreprise accepte de plus en plus de crédits, de moins en moins sûrs.

L'accès facile au patrimoine immobilier fait de chaque Américain qui en bénéficie un capitaliste, même modeste. Il est alors plus enclin à soutenir les politiques de libéralisation et de défiscalisation de la droite républicaine, et à accepter l'affaiblissement de l'État et de ses politiques de solidarité sociale, censé frapper avant tout les « assistés ». Détenteurs de patrimoine contre salariés stricto sensu, travailleurs contre assistés, individualisation générale des rapports sociaux : la fragmentation des classes moyennes et populaires est en place.
Cette politique a été reprise en France par Nicolas Sarkozy, qui faisait de l'accession à la propriété pour tous une des quinze priorités de son programme présidentiel, qui voulait généraliser le crédit hypothécaire, et qui n'hésitait pas, durant ses meetings, à scander « endettez-vous ». Cette politique consiste au bout du compte à faire accepter une nouvelle façon de vivre (en tant que propriétaire, fût-ce par un financement artificiel et bancal), de travailler (de façon précaire) et de consommer (à crédit).

Bonnes et mauvaises leçons de la crise
Si la crise, d'un certain point de vue, est une crise assez classique de surproduction d'un produit mixte, financier-immobilier, c'est son ampleur qui en fait un phénomène sans précédent et sans commune mesure. En ce sens, la lecture de la crise et ses interprétations sont désormais l'enjeu d'une bataille idéologique qui ne peut pas nous laisser indifférents, car nous ne pouvons nous cantonner au registre des mesures techniques nécessaires pour répondre à l'urgence.

Quatre lectures ont été développées ces dernières semaines :

· Le catastrophisme permettant l'appel à l'union nationale. Les ex-chantres de la finance dérégulée ont été parmi les plus rapides à pointer du doigt, avec véhémence, des coupables faciles et tout désignés – les professionnels de la finance, et autres « patrons voyous ». Habile façon de brouiller les responsabilités de fond, et d'éviter de rendre des comptes sur ce qui est le produit direct des erreurs des politiques nationales. Contre cette « catastrophe naturelle » venue de l'extérieur, l'ensemble des responsables politiques devraient faire front, accepter d'emblée le contenu des décisions gouvernementales sans adopter de lecture critique des événements, pour sauver le système et éviter que de cette crise naisse une récession économique dure et prolongée. Ce discours a été adopté, en France, par ceux-là mêmes qui sont complices de la dérégulation et donc de la crise : en premier lieu, Nicolas Sarkozy, pour éviter une confrontation avec l'opposition sur le bilan de son action et sur le projet pour notre pays.
· L'appel à une moralisation du capitalisme. Selon cette lecture, plus que des individus, ce serait bien le système de l'économie financière lui-même qui serait vicié, dans ses normes et règles de fonctionnement. Il serait alors nécessaire et suffisant de remettre de l'éthique dans les institutions financières, de les contrôler plus étroitement, d'interdire leurs pratiques les plus répréhensibles (parachutes dorés, par exemple), pour qu'elles puissent redémarrer sur de meilleures bases, et permettre au cours des choses de reprendre rapidement.
· La crise comme une victoire de l'État. De nombreux commentateurs, allant de la droite conservatrice américaine la plus dure à la gauche radicale européenne, ont analysé l'injection massive de crédits et le rachat de géants de la finance par le gouvernement américain, comme une sorte de victoire ou de retour de l'État – les rachats en question étant alors lus comme des « nationalisations ». Que les « nationalisations » en question, que la soi-disante « régulation » aient d'abord consisté en une socialisation des pertes aux dépens des contribuables n'a visiblement pas ébranlé ces commentateurs, un éditorialiste conservateur américain allant jusqu'à dénoncer « un pas de plus vers le socialisme » de la part du gouvernement Bush. Il faut refuser ce détournement sémantique : cette politique de socialisation des risques, d'absorption sans contrepartie des pertes du privé, a pour corollaire une très néolibérale conception de l'État comme béquille du capital. Et n'a rien à voir, tant sur la forme que sur les objectifs, avec une politique intelligente de régulation.
· La crise comme révélateur de la nécessité d'un retour à « l'économie réelle ». D'autres commentateurs, de gauche comme de droite également, ont vu dans la crise une preuve de plus de la supériorité de l'économie « réelle » sur la finance, et en ont conclu qu'il était urgent d'abandonner l'une pour l'autre – grosso modo, de revenir à une politique industrielle classique, en réfléchissant parallèlement au retour à un certain protectionnisme, finance et mondialisation étant alors dénoncées et associées en une nébuleuse menaçante. Comme si le capitalisme pouvait fonctionner sans capital.

Ces lectures pêchent les unes comme les autres par leur simplification – par-delà les imprécations contre de grandes entités (« la finance ») ou contre des coupables symboliques (Wall Street), aucune ne s'interroge sérieusement sur les conditions historiques, politiques et idéologiques de production de la crise. Les cadres dirigeants dont on aura obtenu la tête seront bien vite remplacés par d'autres. Les règles que l'on imposera au système seront vite dépassées ou contournées, si une volonté politique forte ne les contraint pas. Enfin, comment peut-on sérieusement distinguer et imaginer séparément finance et économie réelle – pour reprendre le mot de Galbraith, nulle muraille de Chine ne les sépare – alors que l'innovation dont se nourrit l'industrie nécessite des levées de fonds toujours plus importantes, celles-là mêmes qu'une finance efficace peut seule apporter ?

Reconstruire un projet économique et social de gauche

La situation économique actuelle est en fait le résultat de trois éléments distincts.

· Une crise financière qui appelle des changements draconiens des systèmes de régulation et de contrôle des marchés financiers. Si la communauté internationale n'est pas capable d'organiser rapidement une coordination économique efficace, alors nous courrons un risque très grave de retour des réflexes nationaux, et de repli des uns et des autres sur des positions protectionnistes. L'Irlande nous en donne un exemple avec sa protection unilatérale des usagers de ses banques.

· Une tendance économique lourde de fond, à savoir l'épuisement du cycle de croissance des vingt dernières années, qui reposait sur le triptyque marchés de masse (fournis par la mondialisation) – financements élevés (grâce à la croissance rapide de la finance) – innovation technologique. Cycle de croissance menacé par la crise du crédit et du financement, et par la crise énergétique qui se manifeste actuellement par la chèreté des produits, mais qui risque d'exploser à moyen terme, quand ces produits, de rares, deviendront tout simplement indisponibles (énergies fossiles).

· Une tendance économique et sociale politiquement orchestrée, à savoir la précarisation du salariat et la déconnexion du revenu et du salaire, au profit de revenus complémentaires à risque et individualisés (crédits, bonus ...). De ce détricotage de la condition salariale découlent une fragmentation du corps social, du sens collectif et une montée de l'individualisme. D'où le rejet des politiques de solidarité, la perte de sens de l'impôt comme instrument de justice et de répartition, et le discrédit porté sur les services publics, chacun n'étant plus renvoyé qu'à sa solitude et à son inquiétude face à l'avenir.

Nous devons donc bâtir un projet économique et social qui soit à même de répondre conjointement à ces trois tendances, en créant un nouveau cycle de croissance vertueux, qui ne sacrifie pas le social à l'économique, l'environnement au rendement, et le long terme au court terme.

Première thèse : refuser le fatalisme économique

Tout éclatement d'une bulle de crédits crée une dépréciation des patrimoines, une perte de confiance des actionnaires et investisseurs, et donc, de là, un chute de l'investissement et de la croissance. Il faut nous préparer à une récession sérieuse. Mais quelle sera son ampleur et sa durée ? Ni l'une ni l'autre ne sont déjà écrites, et il est de notre responsabilité d'utiliser tous les instruments économiques disponibles pour la circonscrire le plus rapidement possible.

Considérons les trois piliers de la croissance économique de ces dernières années :

· En ce qui concerne l'innovation technologique, on peut penser que les éléments du prochain bon en avant existent, mais ne sont pas encore déployés comme instruments de croissance.

· Les marchés de masse demeurent : Europe (et son marché unique), Russie, États-Unis, Japon, malgré les incertitudes actuelles liées à la crise, et les trois géants en plein rattrapage que sont l'Inde, la Chine et le Brésil.

· Le doute réside en revanche dans la capacité de financement. Il y a un risque non négligeable que la crise financière, en accélérant la fin du cycle de croissance actuel, nous plonge dans une « onde longue » récessive, qui se heurterait de surcroît au choc énergétique à venir avec l'épuisement des énergies fossiles. Tout l'enjeu est donc de réunir au contraire les éléments d'une nouvelle onde longue vertueuse, qui démarre au plus vite et puisse sauter par-dessus cette crise énergétique imminente. C'est ce que permettra la définition d'un nouvel ordre productif.

Deuxième thèse : revenir à une politique salariale

A la différence de celui des Trente Glorieuses, le cycle de croissance actuel est adossé à une détérioration du rapport entre capital et travail. Les vingt dernières années ont été des années de croissance perverse, car portant avec elles une augmentation des inégalités, une individualisation des rapports sociaux et une généralisation de l'insécurité. Autant de points qui les opposent aux années de croissance des Trente Glorieuses ; on pourrait presque parler de «Vingt Perverses ».

On ne rebâtira pas des politiques de solidarité et de redistribution efficaces sans restaurer le primat du salaire. Le salaire, dans le cadre d'un nouveau modèle de croissance, doit redevenir le principal déterminant du revenu, ce qui permettra de mettre un terme aux systèmes de rémunération parallèles (tels que les stock-options) ou compensatoires (PPE, RSA ...), qui contribuent à en bloquer l'augmentation (c'est un tournant qu'il va nous falloir assumer, surtout dans le moment actuel). La politique salariale doit être au coeur du contrat social, pour imposer un partage régulier des gains de productivité, redonner du sens au lien entre salaire et qualification, entre salaire et productivité. A la société du patrimoine (et de son pendant l'assistanat) défendue par la droite, nous devons opposer la société du travail bien rémunéré. Ce qui passe par une lutte contre la précarité (temps partiel et travail discontinu), qui nourrit la pauvreté laborieuse. C'est ainsi que nous pourrons restaurer la dignité du salariat, et autour de lui un sentiment de collectif et d'identité de situation dans les classes populaires et moyennes.

Il faut refonder le contrat fiscal entre les citoyens et l'État. Lui donner clairement comme principe la juste répartition des efforts, et comme objectif prioritaire la collecte des ressources nécessaires au financement des mesures de cohésion sociale, et à l'investissement dans les dépenses d'avenir. C'est ainsi que nous lui redonnerons du sens aux yeux de nos concitoyens, et que nous en ferons un instrument de croissance (notamment en allouant des exonérations fiscales aux secteurs industriels sélectionnés par l'Etat, et aux entreprises pratiquant une politique salariale vertueuse).

Troisième thèse : mobiliser sans perdre de temps les acquis du cycle de croissance finissant pour poser les fondements d'un prochain cycle soutenable et vertueux

On ne se passera pas d'un nouveau modèle d'allocation de la finance dans le système économique – il faut, autrement dit, réinventer une banque qui fasse vraiment son métier. Il n'y a pas de croissance sans investissement. La juste opposition n'est donc pas entre économie réelle et économie financière – c'est l'équilibre entre les deux qui doit être repensé. Il faut y remettre bon ordre, en posant des règles faisant que ce soient ceux qui ont créé le risque qui l'assument, et en pénalisant fiscalement plus fortement ceux qui jouent le court terme contre le long terme.

Nous devons inventer un nouveau modèle d'Etat-entrepreneur, voué non pas à gérer les contraintes, mais à créer de nouvelles opportunités, à user de nouveaux partenariats entre public et privé, à défendre l'intérêt général. Il devra travailler à l'émergence de nouveaux secteurs industriels, adossés à la révolution écotechnologique en cours. En investissant immédiatement dans les éco-industries, dans les nouvelles énergies, dans les technologies cognitives. Une part du PIB pourrait être constitutionnellement allouée à la recherche et à l'innovation. Et en construisant des nouveaux outils : une banque publique d'investissement, une politique européenne de grands travaux (notamment d'infrastructures de transports collectifs) et de grands projets de recherche. Tout en sortant résolument les biens et les services d'intérêt général de la logique de privatisation.

Je n'entamerai pas ici un « couplet » sur l'écologie, mais nous savons tous que l'acte fondateur de ce nouvel Etat-entrepreneur doit être la mise en place des conditions d'une éco-croissance.

Quatrième thèse : renouer avec le combat idéologique radical

Le discrédit qui va frapper de façon au moins temporaire la doxa néo-conservatrice, néo-libérale libère un espace intellectuel considérable dans le débat public. La place est libre, et il y a un risque non négligeable qu'elle soit occupée par les dérives populistes les plus pernicieuses si nous ne nous avançons pas résolument dans le débat ; non pas avec des commentaires, des condamnations morales, voire des catalogues de mesures techniques, mais avec une analyse générale et des concepts donnant du sens au chaos actuel, des perspectives de solution pouvant mener à des actions concrètes. La gravité de la situation, qui voit chaque jour un nombre croissant de nos concitoyens sombrer dans le désespoir et perdre confiance envers nos démocraties, exige que nous soyons d'une intransigeance radicale avec toutes les injustices. Le débat ne portera pas sur nos compétences de gestionnaires mais sur notre aptitude à concevoir et à défendre une nouvelle économie sociale et écologique de marché.

mardi 30 septembre 2008

Communiqué de Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste

Le cataclysme financier qui frappe l'économie mondiale ne peut être réglé, au niveau français, par des réunions en petit cénacle à l'Elysée, et par des mesures d'exception décidées au coup par coup. L'ampleur de cette crise, qui remet en cause les fondements même du système économique des trente dernières années, fait qu'elle concerne tous les Français, et donc la représentation nationale. Nous demandons l'organisation rapide sur cette question d'un débat public, qui ne peut pas se limiter à une communication devant le Parlement.

Invité de France 2 le 28 Septembre 2008




Invité DImache 28 Septembre au 13H15 de France 2 (1ère et seconde partie)

Interview dans le Journal du Parlement

Vous avez lancé un appel avec François Rebsamen pour la constitution sans exclusive d'une « majorité large, unie, soudée ». Une grande coalition « arc-en-ciel » - pour vous citer - allant de l'extrême gauche au centre.
Mais le PS étant déjà particulièrement divisé, ne craignez-vous pas que les différends se multiplient ?

Tout d'abord, je ne partage pas votre jugement sur les divisions du Parti socialiste. Qu'il y ait des conflits de personnes, qui se justifient ensuite en se donnant l'apparence de conflits idéologiques, c'est une chose. Mais je constate que chaque fois que les socialistes se mettent au travail collectivement et sans arrière-pensée, nous parvenons sans grande difficulté à nous mettre d'accord sur l'essentiel. L'exercice, qui aurait pu être périlleux, de la refonte de notre déclaration de principes, l'a prouvé sans ambiguités.

Ce constat s'applique également à la question de nos alliances. Là encore, j'observe que même si les termes changent, nombre de responsables socialistes - de Martine Aubry à Ségolène Royal – ont intégré l'idée d'une large maison de la gauche, capable de s'ouvrir dans un second temps à celles et ceux qui, sans appartenir à notre famille politique, acceptent de venir travailler avec nous, sans se renier, mais en rompant clairement avec la droite. La question n'est pas celle du retournement d'alliance, mais de la nature et de l'ordre des partenariats à mettre en place.
Sur quels sujets voyez-vous des convergences à la fois avec Olivier Besancenot et François Bayrou ?

Je remarque de très grandes convergences sur l'analyse des carences du modèle de société et de développement, que je résumerais comme néolibéral et dérégulateur, que l'on a tenté de nous imposer durant les trente dernières années. Sur la financiarisation de l'économie, sur l'urgence écologique, sur la critique de l'argent-roi et du « bling-bling », quelles véritables différences ? Bien sûr, les solutions proposées peuvent actuellement être très différentes. Mais je pense qu'il ne faut pas raisonner de manière statique, en ne se fondant que sur les positions présentes des uns et des autres. Si le Parti socialiste et la gauche suivent un programme d'alliances et de travail tel que celui que je défends – mise en place d'un comité d'action de la gauche, organisation de grands forums citoyens permettant d'élaborer un contrat commun de gouvernement, préparation de primaires pour désigner un candidat unique de la gauche – alors nous parviendrons sans doute à élaborer des solutions politiques convergentes qui puissent être portées par toutes les forces de progrès.

Mais l'Europe par exemple ne risque-t-elle pas d'être mise au rabais ?

Le passé récent, et tumultueux, de la question européenne dans notre pays en a fait une sorte d'épouvantail à gauche. A tort. Et je vais même vous dire : c'est parce que ce sujet est apparemment le plus difficile que nous devons commencer par celui-là lorsque nous discuterons entre nous, et avec nos partenaires. Au fond, tout le monde est d'accord sur la nécessité d'une Europe qui soit d'abord sociale. Et nous l'avons prouvé lors de la dernière campagne présidentielle, où nous étions parvenus à une position consensuelle, dépassant les cicatrices entre « gauche du oui » et « gauche du non ».

Comment expliquer que le PS a toujours eu une certaine tolérance voire une sympathie pour l'extrême gauche…

Comment expliquer que le PS est toujours sommé de se positionner par rapport à l'extrême-gauche ? Je rejette l'idée selon laquelle il y aurait deux gauches, l'une « démocrate », « moderne », bonne pour gouverner, l'autre « radicale », «authentique», bornée à protester. Être de gauche c'est oeuvrer pour la transformation sociale, avec tous les moyens et les bonnes volontés disponibles. Pas de progrès social sans union de la gauche ! Et pas de progrès social non plus sans volonté de prendre part au gouvernement de notre pays. Voilà la question qui est vraiment posée à l'extrême gauche.

Comptez-vous mettre « au frigidaire » vos ambitions de Premier Secrétaire du PS ?

Non, pas plus qu'au four ou au congélateur d'ailleurs ! Un congrès du Parti socialiste n'est ni seulement, ni d'abord un choix sur une personne. Dans un premier temps, les militants vont voter sur une orientation politique – une motion. J'ai choisi de me joindre à celle présentée notamment par Gérard Collomb et Ségolène Royal, parce qu'elle comporte un grand nombre d'idées que je partage, par exemple sur le besoin de changer en profondeur le Parti socialiste, d'en faire une grande forcé moderne et populaire. Dans un second temps, les militants socialistes voteront pour un premier secrétaire. Je maintiens l'analyse que j'ai développée ces derniers mois : pour relever la tête, le PS a besoin d'un dirigeant qui lui soit entièrement dévoué, qui n'ait pas la tête à son avenir personnel, à un éventuel « destin » présidentiel.

Que devrait incarner selon vous un parti socialiste rénové ?

Il devrait servir sa mission historique – la question sociale – en utilisant sans préjugés tous les outils, politiques, économiques, qui peuvent l'aider à la mener à bien. Il devrait également ressembler à la société française dans toute sa pluralité et sa complexité, parce que la force et la raison d'être de la gauche, c'est le peuple. Cela veut dire, très concrètement, parvenir à réunir ce que j'ai appelé une « nouvelle alliance des productifs » - travailleurs pauvres, enfants d'immigrés discriminés, petits entrepreneurs écrasés par la sous-traitance, jeunes chercheurs sous-rémunérés, fonctionnaires déconsidérés, ... – c'est-à-dire cette partie largement majoritaire de la population française qui est victime de la rente du capital et de la financiarisation de l'économie, et qui n'a même pas conscience de sa situation commune. A nous de représenter et d'unir ces groupes fragmentés, que la droite joue à opposer les uns contre les autres.

mercredi 24 septembre 2008

« Je suis toujours candidat »

La rédaction - RMC.fr, le 24/09/2008

Le député socialiste de l’Essonne Julien Dray a évoqué le dépôt des motions au PS et son ambition d’accéder au poste de premier secrétaire.
Invité des GG à l'occasion d'une émission spéciale en direct de l'Assemblée nationale, Julien Dray, député PS, a évoqué sa situation avant le Congrès de Reims : « Les éléphants ont la vie dure, ce sont des vieilles bêtes qui ont la peau solide. Je ne dis pas que c'est un échec, il faut attendre de voir la façon dont les choses vont se passer dans ce Congrès. Il y a 6 motions, il y a des gens qui ont rangé leurs ambitions au vestiaire, mais je n'en suis pas. Je n'ai pas renoncé à ma candidature au poste de premier secrétaire. »
« Un Congrès du PS, c'est long. Je considère qu'il n'y aura pas de majorité dans ce Congrès, au sortir du vote des militants, il va falloir trouver ce qu'on appelle une synthèse, c'est-à-dire comment on se rassemble, et il faudra regarder qui est en situation pour rassembler. Moi, je vais continuer mon travail, comme je l'ai fait depuis des semaines et des semaines. Je le fais avec respect, avec discrétion, je ne passe pas mon temps à étaler les discussions que je peux avoir avec les uns et les autres. »
« Dans le mois qui vient, les militants vont avoir à choisir et ils vont avoir à s'exprimer. Donc ils verront s'il y a des différences ou non (entre les motions de Delanoë, Aubry et Royal, NDLR). Vous connaissez ma position, je le dis depuis des mois et des mois : je pense qu'il n'y a pas beaucoup de différences et qu'il y a une bataille de succession. Il faut que chacun soit un peu raisonnable et ne cherche pas tout de suite la petite bête. »

samedi 20 septembre 2008

Congrès du PS....

Aujourd'hui, l'annonce par Martine Aubry du dépôt d'une motion, à la suite de Ségolène Royal et de Bertrand Delanoë, vient confirmer – tout aussi respectables que soient ces démarches – la situation de blocage dans laquelle s'enferme le Parti socialiste. Mon analyse des derniers mois est malheureusement confirmée : dans une telle configuration, il ne peut y avoir de majorité claire et incontestable au congrès de Reims.

Il faut trouver une solution, qui ne peut consister en ces jeux de Rubik's cube permanents qui ont commencé à notre université d'été. Elle ne peut être que collective. Et ce d'autant plus que démonstration a été faite par les militants, et par les AG de débat en section, qu'il va falloir beaucoup de génie politique pour trouver des contradictions insurmontables entre les différentes motions.

Le temps qui nous sépare du Conseil national de mardi doit être mis à profit pour établir les conditions de constitution d'un axe de rassemblement avant le début du Congrès. Parce que je suis persuadé que cela est possible, j'appelle le premier secrétaire à prendre l'initiative nécessaire pour dépasser les blocages actuels. Parce que c'est son rôle, et parce que cela va dans le sens de la contribution que nous avions signée ensemble, et de la pétition que j'ai lancée avec François Rebsamen et qui a recueilli les signatures de plusieurs milliers de militants et responsables socialistes.

Parce qu'il en va de l'avenir du PS, celles et ceux qui se reconnaissent dans ce constat doivent s'exprimer haut et fort, et agir en conséquence.

vendredi 5 septembre 2008

Mauroy et Dray agitent la menace d'un éclatement du PS

Vendredi 5 septembre 2008

Scission, éclatement. Ces menaces pour le PS ont été agitées tour à tour et pour des raisons différentes par Julien Dray et Pierre Mauroy hier.
Effrayé par l'âpre bataille pour le poste de premier secrétaire du PS opposant Martine Aubry, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, le patriarche du Nord estime qu'ils devraient d'abord essayer de bâtir un rassemblement « majoritaire ». « S'ils n'y arrivent pas, je peux vous dire, j'ai des souvenirs de Rennes... », a-t-il prévenu hier, rappelant le souvenir, traumatisant, pour les socialistes, du congrès fratricide de 1990. Julien Dray a, lui, estimé sur LCI que « le danger d'éclatement existe » et a appelé à « un sursaut moral ». « La solution qui consisterait à trouver une femme ou un homme providentiel précandidat à l'élection présidentielle ne marche pas », a ajouté le député de l'Essonne, lui-même candidat « non présidentiable » au poste de premier secrétaire.