jeudi 16 avril 2009

G20 : voir Londres et mourir (édito. TAG 147)

Maintenant que la poussière est retombée et que les feux des projecteurs se sont braqués vers d’autres scènes, que retenir du G20 de Londres ? On nous avait promis une nuit du 4 août à la sauce Obama, un moment historique où aller s’esquisser une gouvernance économique mondiale digne de ce nom, capable de remettre le capitalisme sur des rails plus justes et solidaires. Force est de constater qu’il y a pourtant loin de la coupe aux lèvres.


Le décorum était en place. Trop peut-être. Curieux spectacle que ce concours d’image soigneusement mis en scène entre chefs d’Etat américain et français, first lady et première dame, qui « présente » le mieux, qui ressemble le plus au mythe Kennedy ? Curieux sentiment que l’on passait beaucoup plus de temps à parler des symboles, des images, que d’économie et de crise. Après la financiarisation de l’économie, la pipolisation de la finance ? Cela n’était sans doute pas un hasard : il fallait que l’image l’emporte sur le fond. Et après le happy end imposé de ce scénario hollywoodien, il faut bien avouer que l’on reste sur sa faim.


Car de refondation du capitalisme, il n’y en eut ni le commencement, ni vraiment la volonté. On vit les grands de ce monde se réunir pour parler gravement de la crise, et se contenter de mettre en œuvre, au bout du compte, la confortable théorie du bouc émissaire, appliquée une fois de plus aux paradis fiscaux. Sans pour autant prendre des mesures fermes à leur endroit : sur un simple engagement de bonne conduite de leur part, on a transféré les derniers pays encore inscrits dans la « liste noire » du blanchiment dans la « liste grise » des pays coopératifs, comme s’il suffisait de fermer une liste pour mettre un terme à l’évasion fiscale ! Et que dire du silence hypocrite et prolongé à l’égard des vrais paradis fiscaux intouchables, ceux qui se situent au cœur des places-fortes financières internationales ? Au fond, il y a une parfaite homogénéité entre ces moulinets un peu vains et la politique menée en France, la volonté, par un gigantesque tour de passe-passe, de faire croire que la question primordiale est celle des salaires exagérés de quelques chefs d’entreprise et cadres bancaires. Pour mieux éviter de questionner la stratégie financière, économique et sociale poursuivie depuis vingt ans par les grands groupes transnationaux qui les emploient.


Il faudra donc encore attendre pour voir la naissance d’un système économique mondial régulé, d’un nouveau modèle de développement. Ce G20 n’apporte pour ainsi dire rien de concret dans ce sens, si ce n’est les habituelles déclarations de bonnes intentions propres à ces grands rendez-vous en mondiovision. Rien sur une relance mondiale par une politique volontariste et soucieuse des enjeux écologiques et sociaux. Rien non plus au sujet de l’amélioration des échanges entre pays de niveaux de développement différents. Rien sur le soutien aux économies les plus en difficultés. Les conséquences réellement concrètes de ce sommet sont à chercher ailleurs, loin des déclarations officielles : notamment, la nouvelle entente et le partage des rôles entre Washington et Pékin. Ce Yalta sino-américain aura sans doute des conséquences notables dans les prochaines années.


La gauche européenne et mondiale ne doit donc se laisser ni abuser, ni endormir par cette scénographie soigneusement élaborée, et défendre plus que jamais sa propre vision de l’ordre économique et social mondial. Les élections européennes sont l’occasion de mettre en œuvre cette volonté, en démystifiant explicitement ce G20, en défendant l’idée d’un plan de relance européen (accompagné de normes sociales et environnementales pour tracer la voie d’une croissance renouvelée) ; en faisant enfin de la BCE un instrument de croissance, et non plus simplement de politique monétaire aveugle et bornée. En offrant, une somme, une alternative européenne à la crise – ce qui ne peut s’accompagner, on l’aura compris, de la reconduction de Barroso. Dans une telle configuration, le PS français doit plus que jamais assumer sa singularité, et défendre ses propres solutions, quitte à poser le débat au sein même de la sociale démocratie européenne.

5 commentaires:

Albert W. a dit…

Comment expliquez-vous alors, honorable député, la satisfaction globale à propos de ce G20 (des participants y compris de gauche et des analystes politiques)?

Qu'est-ce que la gauche aurait pu apporter de plus aux résolutions adoptées?

Merci

asse42 a dit…

Ah oui je suis d'accord pour dire que nous devons clarifier nos positions avec cette sociale-démocratie anglo-saxonne qui soutient Barroso. Il est temps pour le PS d'afficher ses vraies valeurs et de revenir à la source.

Oui je suis pour aussi un clash avec cette sociale-démocratie s'il le faut.

chamot a dit…

Le G20 n'est qu'un leurre pour exciter Bové et ATTAC. Le véritable pouvoir est dans les mains du Groupe de Bilderberg (1954). Le penseur de la stratégie pour imposer le libéralisme est Brzezinsky. Celui là même qui a formaté les "Chicago boys".Lire "La véritable histoire des Bilderbergers" de D. Estulin et "Between two ages/..." de Brzezinsky (1970). Okhrent, DSK et fabius ont assisté à ses réunions et auraient pu les dénoncer!!!!

Anonyme a dit…

Je suis assez surpris de ne pas voir un réel mouvement populaire après ces mascarades que sont toutes ces annonces de moralisation et de sois-disant épuration du monde le la finance et du commerce.
Depuis quand la finance et le commerce ont une morale ? Jamais ils ne l'ont eu et jamais ils n'en auront !
Ne soyons pas plus naïfs que ce qu'ils voudraient bien que l'on soit : l'argent prétenduement perdu est entièrement virtuel !!
Nous sommes en train de nous faire "enfler" par des ordinateurs. Le travail, première véritable richesse de cette terre , est bafoué quelque soit le pays où il est développé.
Jamais, dans quelque discours que ce soit, je n'ai entendu dire que tout pouvait être remis à zéro en appuyant sur le bouton Reset, et pourtant c'est possible : 0,005% de taxe sur toutes les places et transactions boursières suffirait à dégager suffisament pour régler les problèmes de couverture sociale de chaque pays.
qui osera ???

Anonyme a dit…

Merci Mr DRAY, pour cette analyse
que je partage, et que vous devez mieux diffuser...Votre article précedent sur "lE droit et la droite" a été brievement repris dans le Nel Obs de cette semaine en page 50.Ca redémare la communication de Mr Dray, et sur autre chose que sur la justice.
Ceux qui restent sur ce sujet, allez lire sa réponse du20 02 sur ce blog intitulée: " Principe" Merci.