dimanche 10 mai 2009

Julien Dray : « J’ai retrouvé la radicalité de mes 20 ans » (Le Parisien)

Depuis le 10 décembre, Julien Dray qui fut, dans sa jeunesse, un militant trotskiste avant de s’engager au PS est visé par une enquête préliminaire pour « abus de confiance » diligentée par le procureur de Paris à la suite des découvertes faites en septembre 2008 par Tracfin (le service antiblanchiment d’argent de Bercy).



Avez-vous été entendu ? Connaissez-vous maintenant le dossier, au moins indirectement ?
Julien Dray. Double non. Non, après cinq mois, je n’ai toujours pas été entendu et je ne sais pas quand je le serai. Non, comme nous sommes en « enquête préliminaire », je ne dispose d’aucun accès au dossier, donc d’aucun élément tangible étayant les accusations. Indirectement, en prenant connaissance des confidences savamment distillées, des documents confidentiels jetés en pâture, je commence à reconstituer un puzzle. J’ajoute que, depuis le 26 janvier, j’ai dit que j’étais prêt à me justifier devant la justice de mon pays et, depuis maintenant près de cinq mois, j’attends. Mes explications semblent ne pas intéresser les enquêteurs. Je me demande toujours pourquoi.

Plus personne ne vous voit à l’Assemblée ni au siège du PS. Seul Jean-Paul Huchon vous accueille au conseil régional d’Ile-de-France. Avez-vous le sentiment d’avoir été lâché et, comme aurait pu dire François Mitterrand, « jeté aux chiens » ?
J’ai respecté une certaine éthique. Visé par ce que je pensais être une enquête personnelle, j’ai estimé qu’il était difficile de rester dans le même temps en première ligne, d’autant qu’à n’en pas douter, dans la « fraternité » du combat politique, la présomption d’innocence n’aurait pas été la chose la plus respectée ! Alors, je tiens mes permanences de député en Essonne et je fais mon travail de vice-président de la région Ile-de-France. J’y ai retrouvé mes racines et une famille qui, à l’instar de son président Jean-Paul Huchon, a su me témoigner soutien et amitié. Cela compte dans ce genre de période. « Lâché », « jeté aux chiens » ? A chacun d’en juger.

Considérez-vous être la victime d’un règlement de comptes politique et, dans ce cas, au travers de votre personne, cela vise qui ? Ségolène Royal, dont vous étiez proche ?
Qui peut sérieusement penser que ce qui se passe est le déroulé naturel d’une enquête ? Je n’accuse personne, je constate. Avant même que ne commence vraiment « l’affaire », le document accusatoire était déjà en distribution au palais de justice et dans les rédactions. Certains titres de presse ont même annoncé les perquisitions avant qu’elles ne commencent ! Il faudrait que je prenne des pages entières de votre journal pour raconter ce que je vis quotidiennement depuis cinq mois. Si ce n’est pas de l’acharnement, ça commence à y ressembler fortement… Y a-t-il eu manipulation, volonté de se venger ou d’éliminer ? J’ai de fortes présomptions, des indices sérieux, des traces laissées ça et là, mais je reste prudent. L’essentiel, à mes yeux, n’est pas de dénoncer telle ou telle responsabilité, mais de rétablir la vérité. Je le dois à mes électeurs, mes proches, mes amis, à ceux qui souffrent de cette situation.

Dites-vous aujourd’hui : « je suis innocent » ou « j’ai peut-être fait des bêtises, mais je ne suis pas celui que certains décrivent » ?
Je vous le dis très clairement : personne n’a détourné l’argent d’entrepreneurs ou d’associations. Au départ, il y a le rapport de Tracfin, la fameuse cellule antiblanchiment signalant des mouvements bancaires « atypiques ». Je conteste la légitimité même de ce rapport ainsi que son contenu, basé sur des allégations mensongères. A la suite de ce rapport, une enquête a commencé sans la moindre complaisance, le mot est faible, à mon égard. Ce n’est pas grave : ils font, selon la formule consacrée, leur travail… Je n’ai pas d’illusion : le mal est déjà fait et, d’une certaine manière, l’issue judiciaire de cette enquête est secondaire. Même si, au final, je prouve et je la prouverai mon innocence, il y aura toujours une « bonne âme » pour dire : « Ah oui, mais quand même, il n’y a pas de fumée sans feu. » Le but recherché, orchestré, était avant tout le lynchage médiatique. Mais je vais vous dire : il y a trop de gens qui souffrent, et des situations beaucoup plus dramatiques, pour que je m’apitoie sur mon sort.

Vous l’amateur de montres, vous avez admis un jour : « Je suis un acheteur compulsif... »
Je voudrais faire justice une fois pour toutes de cette histoire. Le lendemain des premières perquisitions, j’ai une discussion avec un de vos confrères. Une discussion amicale. Il n’était même pas question d’interview.
Au cours de la conversation, alors qu’il évoquait des rumeurs sur mes dépenses, je lui ai répondu par provocation : « Vous allez bientôt me dire que je suis un acheteur compulsif ! » Et par la magie de la presse, c’est devenu une interview où je dévoilais ma personnalité ! C’est à ce moment-là, avec cette imposture, que j’ai vraiment compris la folie médiatique dans laquelle j’étais, et que, quoi que je pourrais expliquer, tout se retournerait toujours contre moi. Personne ne voulait m’entendre : chacun voulait d’abord juger et me condamner.

Les policiers enquêtent sur votre « train de vie » qui serait spectaculaire. Maison de vacances, voyages, poker… Qu’y a-t-il de vrai ?
Depuis cinq mois, j’ai tout entendu, tout supporté à ce sujet. Même les histoires les plus folles, incongrues. Alors, je vais vous dire la vérité. Ma maison de Vallauris (NDLR : Var) , je l’ai achetée il y a vingt ans et cet achat a été examiné par toutes les commissions possibles et imaginables de ce pays. Quant au reste : mon addiction au poker, dont je serais presque un joueur professionnel, ma vie luxueuse de palace en palace, de boutique de luxe en boutique de luxe, bref, la revanche sociale de l’enfant de banlieue débarqué d’Algérie, tout cela est évidemment faux, archifaux. Cela fait partie de la mise en scène élaborée par le rapport Tracfin, qui a su trouver un relais complaisant chez des gens peu regardants sur l’éthique de l’information.

Mais votre silence ?
Je m’expliquerai devant la justice et personne d’autre. Même si c’est douloureux, je ne dérogerai pas aux règles et aux principes que je défends en tant que député. Même si ça me fait mal de lire toutes ces bêtises, j’en fais désormais une question de principe : je ne veux pas céder à ce voyeurisme malsain. Alors je sais, on dit : Julien Dray se cache, Julien Dray ne parle plus, donc Julien Dray est coupable. CQFD. Mais parler sur quoi et pour qui ? Sur le fait que je vais en vacances avec mes enfants pour assister à un tournoi de hockey auquel mon fils participe ? Sur le fait que ma carte de crédit personnelle sert aux dépenses de toute la famille ? Au début, j’ai essayé de me justifier, mais quand j’ai vu le viol de l’intimité, l’indécence et les discussions folles que chaque réponse suscitait, je me suis dit que, sur cette question-là au moins, je ne céderai pas.

Alors que Nicolas Sarkozy vient de passer le cap des deux ans à l’Elysée, le PS ne doit-il pas admettre qu’il a très longtemps, trop longtemps sous-estimé l’homme Sarkozy ?
Modestement, je vous dirai que ça n’a jamais été mon cas, et ces derniers mois, encore moins. Le problème pour la gauche est de sortir du rythme sarkozien. Il continue comme président ce qu’il avait parfaitement réussi quand il était ministre de l’Intérieur : bouger tout le temps, ne jamais rendre de comptes, ouvrir chantier sur chantier pour épuiser l’adversaire. Ce qui compte pour lui, c’est l’apparence d’action, et l’effet qu’elle suscite sur l’opinion. Avant de passer à autre chose. A l’inverse, il faut prendre le temps de revenir inlassablement aux vraies questions, rabâcher même si ça peut sembler un peu barbant. Car s’il y a mouvement perpétuel, il n’y a en réalité pas de résultats probants et, au contraire, devant la crise violente et qui va durer, la tentation redoutable de jouer la stratégie de la tension.

Diriez-vous que la gauche est en train de réunir les conditions d’une victoire à la présidentielle de 2012 ?
Il n’y aura pas de victoire en 2012 sans la constitution autour d’un candidat unique issu de primaires ouvertes d’une grande coalition arc-en-ciel…

Cela veut dire quoi ?
Une coalition allant des modérés du MoDem à l’extrême gauche. Les élections régionales de 2010 vont être, pour nous, un premier test.

Avez-vous des regrets ?
Oui. Au début, je me suis laissé balader. Et j’ai même intégré une sorte de culpabilité au point de beaucoup gamberger. Ceux qui ont fait ce mauvais coup doivent savoir que j’ai aujourd’hui retrouvé dans ma tête l’énergie et la radicalité de mes 20 ans. Donc, je vais me battre.

Propos recueillis par Dominique de Montvalon

17 commentaires:

Le_M_Poireau a dit…

Entre Julien Coupat tenu au secret en attendant que quelqu'un veuille bien montrer quelque preuve d'agissements "terroristes" et ce dossier immobile depuis 5 mois, il y a comme un problème avec la Justice, non ?
Courage…
:-))

Anonyme a dit…

Bonjour Julien,
Je vous ai dit 2 mots près de la place de la Madeleine à Paris dans une rue piétonne, vous étiez en compagnie de votre fils.
Je voudrais vous dire 2 choses:
1/Ne vous laissez pas faire.
2/A qui profite le crime.Cela sent le règlement de comptes à OK corral!
J'ai confiance en vous! Allez! retrouvez la radicalité de vos 20 ans! Battez-Vous.
Sachez que je ne suis pas membre du PS, ni d'aucun autre parti. J'espère que ce petit mot vous redonnera du baume au coeur.
A bientôt peut-être
Emile Gonzalez (Toulouse)
gonzales.emile@wanadoo.fr

Anonyme a dit…

Oui Julien. Il faut vous battre
Certainement on vous a visé vous pour viser aussi Ségolène.
Nous attendons la vérité

Amicalement
PS Je ne suis pas membre du PS

Anonyme a dit…

"concernant des mouvements de fonds suspects à partir de comptes des Parrains de SOS-Racisme et de l'organisation lycéenne Fidl, relevés en septembre 2008" :
Au lieu de pleurer sur votre sort, qu'attendez vous pour publier ces compte vous même, sur ce blogue, en expliquant ces mouvement point par point ?
Evidement vous ne le ferez pas, les bandit de votre especes sont toujours innocent avant d'avoir été juger coupable !! Je vous plein car les prisons française sont vraiment pourrit !!

Pardon royal a dit…

Ségolène Royal demande pardon pour Julien Dray ?

Anonyme a dit…

François.
Je vous lis depuis peu, mais avec beaucoup de plaisir, vos ecris sont PERTINENTS, je ne suis pas adhérant au PS, je soutien Segolène, je crois que vous faites très peur à certains, car vous êtes incontrolables... Là, ils ont essayés de vous museler,votre blog montre que c'estimpossible
Exprimez vous...PARTOUT.

Frédéric a dit…

Bonjour,

je ne fais que très rarement des commentaires, mais je commence à en avoir vraiment marre de ce bordel ambiant.
Où va t on ?
Une info truquée, bidouillée, retouchée en permanence...
Une justice aveugle, folle, asservie et servile
Tout ceci à cause d'un seul petit homme qui a compris qu'en noyautant les médias il pourrait avoir les mains libres.

M Dray, je ne suis pas forcément un de vos plus grands fans, mais cet acharnement est malheureusement très significatif de la situation en France.

Ne vous laissez pas faire, mais sur ce point, j'ai toute confiance.

Anonyme a dit…

votre situation, est l'exemple même de ce qui attend tout les opposants politiques de Sarko.
de plus en plus de leaders syndicaux sont inquiétés par la justice.
en faisant disparaitre les juges d'instruction le pouvoir garde la main pour salir qui il veut.
Avec votre affaire, nous devrions tous nous interroger sur notre propre avenir dans une saine démocratie.
Aujourd'hui le pouvoir a décidé de salir Julien Dray, et a travers lui Royal peut être, mais aussi SOS Racisme, l'UNEF ect.
Je regrette que le parti Socialiste toutes tendances confondues ne se saisisse pas cette évènement pour attaquer la politique de destruction mise en place par le gouvernement des fondamentaux d'une démocratie saine.
en tant que militant socialiste,et citoyen, je vous exprime ma complète solidarité.
les médias sont les partenaires du gouvernement dans cette campagne de démolition.
La justice, la presse déjà deux piliers de la démocratie sont fissurés. c'est grave, très grave que fout le PS?????

Christophe a dit…

Juste un petit mot pour vous dire que je pense à vous et que beaucoup ne sont pas dupes des manœuvres qui sont faites pour vous éloigner de la scène publique.

Je suppose que c'est très éprouvant pour vous mais le temps montrera que cette funeste entreprise aura été bien inutile.

Comment la "justice" peut se faire l'instrument de procédés tout à fait arbitraires ?
J'ai mal à la République.

Vous avez tout mon soutien.

Anonyme a dit…

bonjour
Jusqu'a présent je vous laissais le bénéfice du doute....or depuis ce matin je suis furax et pour moi le PS c'est fini.....J'habite Sainte-genevieve, depuis quand un comité de soutien ou une association sont de l'argent personnel...?? (cf Le Point de ce matin) Vous avez pioché dans les caisses du comité de soutien de SGDB pour offrir une rolex à 7000 euros à une de vos candidates à Grigny et vous vous defendez en disant que c'etait votre argent !!!
ca fait 20 ans que je vote socialiste, le PS depuis 2 ans commençait à me saouler grave avec vos dissentions et desaccord permanents, vos egos surdimensionnés. Le pire a été atteint avec Ségo et ses bourdes continuelles et qui apres s'est prise pour une star du show-bizz écrit partout au nom de la France !! C'est n'importe quoi ! et la totale : une association de la ville ou j'habite ou j'ai participé à faire élire le maire PS actuel, vlan, une rolex dans les dents..
trop c'est trop, je rejoins le modem ou je voterai blanc, mais ne comptez plus sur mon vote.
Anciennes amitiés socialistes

osvit a dit…

J'espère que vous prendrez 20 ans ferme. Vous avez manipulé les sentimens et les malheurs des banlieusards. Honte à vous

Vévé a dit…

@osvit

ET la présomption d'innocence, vous en faites quoi
heureusement que nous ne sommes pas en 1940 et que Cayenne n'existe plus d'autre part, je me demande ce que vous feriez de tous les présumés innocents

Anonyme a dit…

plusieurs commentaire ont été laissé et Mr Dray n'a meme pas la descence de répondre...
C'est odieux et sans respect!!!
vous contribuez grandement au degout de la politique.

Anonyme a dit…

A PROPOS DE L'emission de Ruquier
17/10/2009

Une interventiuon pleine d'à propos et une assemblée (invités + animateurs) scotchés par une maestria hors pair.
Le Ps ferait mieux de s'inspirer de Julien Dray lorsqu'on entend Benoit Hamon parler de F MITTERRAND (il n'y avait vraiment rien de mieux à dire et aucun autre sujet préoccupant dans l'actualité?)

Dr sauce a dit…

Même si vous n'êtes pas "présidentiable",le Ps et la gauche doivent compter sur vos qualités et sur votre expérience pour préparer les GROSSES échéances.
Le Ps est en voie d'extinction et la droite est sarkosizée à l'extrème,trouvons un leader et bosson sur un VRAI programme,il est grand temps de prendre des riques et de faire des choix!
Courage et determination./.

DR SAUCE a dit…

Il est temps pour le Ps d'avoir des couilles,de prendre des engagements,de faire des paris sur l'avenir en s'occupant du présent.Depuis l'élection d'Aubry le bilan est calamiteux,l'image est catastrophique et le message illisible.
Alors Mr Dray,on ne prend pas les mêmes et on invente autre chose autour de vous pour une pensée régénérée.
Révolution interne!

DR SAUCE a dit…

Le ps a besoin de convaincre avec une véritable attitude même si c'est pour échouer!
Chirac+Chirac+Sarko=3 élections plantées,alors n'ayons plus peur de faire des vraies propositions
Aujourd'hui tout est sclérosé et petits bras,il faut trancher dans le vif en gardant le PS qui est un vrai parti de gouvernement mais en le faisant revivre de l'intérieur,en le faisant s'ouvrir vers la vie réelle.
Le combat c'est du sérieux!
La politique c'est du courage!
Le risque c'est la vie!
Sarkozy a changé d'avis 494 fois depuis son élection,l'adaptabilité est une force!C'est lui qui a prononcé les plus beaux discours de gauche depuis le début de la crise; sauf qu'i n'y a aucun acte derrière et qu'il ne fait QUE de la com.
A nous de proposer des actes au moment ou le monde politique occidental capitule devant la puissance financière.
C'est la seule et (probable)dernière chance pour la gauche française de (re)donner de l'espoir à tous ceux qui ne croient plus en rien!
La politique doit redevenir vertueuse et si Julien Dray s'en tire,il sera en première ligne (ou juste derrière).