Éric Besson pose un problème à la gauche. Le genre de problème qui, comme le caillou de la chaussure, se rappelle à intervalles réguliers à son bon souvenir. Dernier rappel en date : le débat sur l'identité nationale, avec ses rebondissements, ses incidents à répétitions, et ses échanges d'amabilités. Le principal intéressé n'éprouvant aucune honte ou aucune gêne visible et se prêtant même volontiers à des prestations télévisées, il semble constituer, pour beaucoup de nos camarades, le parangon du traître, celui qui trahit, assume et même sur-assume. Et ensuite ?
Quand on a dit cela on n'a, en vérité, pas dit grand chose. Et il est peu probable que se perdre dans des examens psychologiques du « cas Besson » nous mène très loin. Nombre de camarades s'y sont déjà prêtés avec minutie, rivalisant de références historiques ou littéraires pour essayer de caractériser la trajectoire de l'ancien responsable socialiste. Toutes ces approches ont un point commun : elles tirent le cas Besson du côté de l'exceptionnel, du monstrueux, de l'accident de parcours unique et isolé qui dépendrait exclusivement du caractère vicié (vicieux ?) d'un individu. Elles refusent de considérer que tout individu, justement, agit et réagit à une situation extérieure. Nous avons les uns et les autres fréquenté Éric Besson. Parmi tous ses procureurs actuels, qui l'appelaient alors camarades, qui, honnêtement, aurait parié sur son devenir ?
Sans compter que le cas Besson n'est pas unique. A une échelle moindre, on voit bien que depuis quelques mois – et notamment à l'occasion de la constitution des listes de candidats pour les régionales – un nombre grandissant de cadres socialistes n'ont pas hésité à rompre avec leur parti pour aller voir ailleurs si l'herbe y était plus verte. Bien sûr, il s'agit de mouvements internes à la gauche, et les camarades en question ne sont pas allés faire le « sale boulot » de la droite, à l'occasion d'Eric Besson. Mais le paysage d'ensemble fait néanmoins question. Pourquoi le parti socialiste, qui a longtemps bénéficié d'un fort pouvoir d'attraction, commence-t-il à produire l'effet inverse ? Est-ce que chaque départ de responsable devrait être expliqué par l'ambition débridée du transfuge ? Ne faut-il pas également envisager que les problèmes désormais structurels du parti socialiste – son manque de fraternité, sa difficulté à établir une ligne idéologique claire, à affronter et trancher les vraies questions – sont également une part importante de l'explication ? Que des socialistes puissent sans grande difficulté passer à Europe Écologie, au Front de Gauche, voire dans le cas – extrême – de Besson à l'UMP signifie aussi, si ce n'est d'abord, que l'appartenance à notre parti n'est plus corollaire à une identité idéologique forte. Dans un parti socialiste en bonne santé idéologique et organisationnelle, un départ devrait être quasiment impensable, sauf pour cas de désaccord idéologique fort. Tout aussi impensable devrait être un retournement total consistant à prêcher un jour des idées que l'on critiquait violemment la veille. Que cela soit désormais non seulement envisageable, mais même réalisé à de multiples reprises doit être compris comme un important signal d'alarme quant à la vigueur de notre parti, qui ne suscite plus assez ni de loyauté, ni d'attachement sincère à ses idées.
Si le « cas Besson » renvoie, au-delà du niveau anecdotique et individuel, à des soucis structurels de notre camp, alors il faut en tirer des conclusions sur la bonne façon de combattre le ministre de l'identité nationale. Deux choix s'offrent à nous. On peut continuer à multiplier les attaques personnelles, à faire les poubelles de l'histoire pour dénicher toute une série de personnages odieux auxquels le comparer. Le mettre, au passage, sous les projecteurs, le gonfler d'importance, et au bout du compte le victimiser. Ou alors on peut décider de hausser un peu le niveau du débat, prendre au pied de la lettre notre ancien camarade – qui continue à se décrire comme un progressiste, un social-démocrate – en le remettant systématiquement face aux innombrables contradictions qu'entraîne ce positionnement dans un gouvernement de droite. Chacun aura d'ailleurs pu remarquer, lors de l'émission avec Arlette Chabot qui a fait tant couler d'encre et de salive, que le seul moment où le ministre de l'Identité Nationale a été mis en difficulté a été quand la journaliste lui a demandé comment il pouvait aujourd'hui défendre le paquet fiscal, après l'avoir violemment fustigé pendant la campagne présidentielle avec Ségolène Royal. Ajoutons qu'un tel exercice, si la gauche s'y prêtait, lui permettrait également de mettre au clair un certain nombre de sujets sur lesquels le clivage avec la droite n'est peut-être plus évident. L'invective peut toujours être comprise comme une façon habile d'éviter de prendre position sur le fond. C'est d'ailleurs ainsi que la perçoivent nos concitoyens, ne nous y trompons pas.
Reste évidemment le cœur du ministère d'Éric Besson, l'immigration. Il n'est pas honteux d'avoir un ministère de l'immigration, ni une politique d'immigration. Ce qui est inacceptable, c'est d'accoler l'immigration à l'identité, comme si la première mettait en danger une identité française prédéterminée et définie une fois pour toutes. Alors même que toute l'histoire de notre pays montre combien les vagues d'arrivants successifs lui ont apporté, et ont progressivement défini ce qu'il est aujourd'hui. Et c'est justement parce que l'immigration est si importante pour notre pays que l'on ne peut pas abandonner ce sujet politique à la droite. En jetant un voile pudique sur ces questions, on crée au contraire les conditions pour générer, encore et encore, des sans-papiers dans une situation insupportable. Il faut au contraire faire front sur ce terrain, et répondre systématiquement aux propositions de la droite, qui n'ont rien réglé en 8 ans de pouvoir, bien au contraire. Comme préalable, régulariser immédiatement l'ensemble des sans-papiers travaillant sur notre territoire, mobilisés depuis des mois maintenant. Pour la suite, mettre en place une politique de quotas clairs, établis tous les deux ans par le gouvernement français en collaboration avec les pays d'émigration. Ils seraient fixés en fonction des prévisions du marché du travail en France, et des capacités d'accueil de notre pays. Parallèlement, et pour éviter que des employeurs continuent à avoir intérêt à employer au noir des sans-papiers, toute entreprise recourant (directement ou par le biais de sous-traitants) à des travailleurs entrés illégalement sur le territoire devrait être sanctionnée par une fermeture administrative immédiate.
Le cas Besson est un problème lancinant pour les socialistes car il nous met face, en vérité, à nos manquements et nos faiblesses persistantes. Ce sont celles-ci et ceux-là que nous devons affronter : c'est la meilleure façon de régler le cas Besson.
3 commentaires:
Je ne pense pas qu'il soit fondamentalement de gauche, donc je ne vois pas la contradiction lui poser des difficultés, c'est le genre de type qui est surtout et avant tout du côté du plus fort, à mon avis, comme tous les gens faibles et sans conviction.
Pour moi, le bon angle d'attaque est plutôt de valoriser en permanence les succès réels de l'intégration en République Française sous forme de modèles mais aussi d'événements...
Cela mettra du baume au coeur et ringardisera l'identité nationale et la présentera sous son vrai visage, conservatiste et réactionnaire.
Bonjour, je suis d'accord avec vous, il ne sert à rien bien au contraire de traiter Besson de "laval".
D'ailleurs qui parmi la jeune génération connaît Laval ?
Tous les bien pensants de Gauche ont sous-estimé Besson et la faute majeure de peillon a été de se défiler par lâcheté car il n'était pas de taille pour la confrontation.
La place revenait à qui alors ?
Hey, on pourrait presque croire (pour peu que ce billet soit vraiment de Dray) que les épreuves passées ont pu faire murir leur auteur.
C'est rare de voir un socialiste ne pas tirer à boulets rouges sur Besson et en plus d'invoquer la responsabilité du PS dans tout cela.
Ca fait du bien un peu d'honnêteté.
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