mardi 23 mars 2010

Prochaine étape, 2012

La gauche a gagné les régionales, en atteignant même des scores historiques. On a toujours tendance, après coup, à relativiser les réussites de ce type et à les considérer comme étant dans l’ordre des choses. Pourtant, que n’entendait-on pas sur le PS il y a encore quelques mois ! Il faut se réjouir de la capacité qu’a eu le noyau dur de la gauche et des socialistes à se mobiliser et à offrir le visage réjouissant d’une France presque toute rose (et verte, et rouge) lundi matin. Mais l’analyse de ce beau succès doit être poussée plus loin.

Cela a été dit et redit, y compris au sein de la majorité : la défaite des régionales pour la droite est aussi, voire d’abord, une défaite de Nicolas Sarkozy. Le sarkozysme est en crise ; et la nature de cette crise est encore plus intéressante que son occurrence. Ce qui est sanctionné aujourd’hui, c’est l’échec et la non-réalisation de promesses de 2007, qui n’appartenaient pas au corpus traditionnel de la droite, mais entraient dans la stratégie de triangulation du candidat de l’UMP. Et en tout premier lieu le travailler plus pour gagner plus, qui avait été compris par beaucoup de Français comme une promesse de justice sociale.


Entretemps, la réalité a repris ses droits et les illusions se sont dissipées. Les exonérations fiscales en faveur des plus riches, mais également le sauvetage sans réelle contrepartie des banques spéculatrices responsables de la crise, a définitivement mis à mal l’image d’un Sarkozy défenseur de la « valeur travail » et d’une certaine méritocratie républicaine. Envolés également les beaux engagements sur la moralisation du capitalisme, ou sur la lutte contre les délocalisations ! Le vote des deux derniers dimanche sanctionne crument cette déception. Mais il interpelle également une gauche qui n’est pas arrivée à mobiliser largement le corps électoral autour d’elle, comme en témoigne l’abstention record. Certains expliqueront ce délaissement des urnes par une tendance de fond des vingt dernières années, dans toutes les démocraties. C’est un peu court, et cela ne doit en aucun cas être pris comme une excuse par la gauche pour se reposer sur les lauriers de sa victoire.

La vérité, c’est que nous sommes engagés dans une course de vitesse jusqu’à 2012. Course pour susciter une adhésion intellectuelle, puis électorale, à un projet de société authentiquement de gauche et capable de réunir autour de lui les classes moyennes et populaires. Plus nous mettrons de temps à bâtir ce projet, plus nous laisserons le temps au président de la République de se remettre en mouvement et de repartir à la conquête des déçus de sa campagne de 2007. Car ne nous y trompons pas, quand la vague du mécontentement de sa majorité sera passée, et la défaite absorbée, Nicolas Sarkozy reprendra sa triangulation et sa stratégie de brouillage et de déplacement des lignes.

Deux autres questions se posent à notre famille politique. D’abord celle du retour en course du FN, résurrection électorale qui interroge tout autant la gauche que la droite – surtout quand on voit qu’elle se produit avec le plus de force dans des régions coïncidant avec des bassins ouvriers. Autre question enfin, celle de l’unité du PS et de ses partenaires. Paradoxalement, la question du MoDem, prégnante encore il y a peu, est réglée sans être réglée ; son effondrement dans les urnes l’écarte pour un temps, mais ne nous dispense pas de réfléchir à l’élargissement d’une gauche rassemblée – mission prioritaire des socialistes – à d’autres forces progressistes, situées au centre de l’échiquier politique et désireuses de s’associer à un projet de transformation démocratique et sociale. En attendant, on ne peut que constater que le MoDem, comme le NPA d’ailleurs, paient au prix fort leur refus de l’unité et du rassemblement.

La construction d’une unité dynamique et créative, capable d’accoucher d’un projet novateur et dépassant les logiques d’origine des partis associés, sera un des enjeux principaux de la gauche pour les prochains mois. Tout comme la réalisation d’un bilan objectif du visage et des attentes de notre pays. J’ai beaucoup vu, et entendu de choses, lors de ma campagne essonnienne. Une France qui souffre, mais aussi qui espère, qui se mobilise et qui invente. J’en ferai le bilan en fin de semaine sur ce blog. C’est d’abord sur ce pays qui bouge, qui bout même, et non sur des rapports d’experts, que nous devons nous appuyer pour bâtir notre projet de société.

Julien Dray

4 commentaires:

Patrice a dit…

Il y a des éléments qui devront pourtant bien être intégrés par le PS, ce sont les résultats des triangulaires à gauche : Bretagne, Limousin, et la quadrangulaire corse, qui montrent la demande de l'électorat pour une gauche alternative.

En Bretagne la divergence sur l'agriculture a certainement causé la triangulaire, à cause des pressions de l'agro-business sur le PS pour refuser l'union avec la liste EE (alliant les Verts et l'UDB). La seule région où il y a eu une triangulaire PS x EE est celle où les pollutions de l'agriculture industrielle sont les plus fortes et les plus médiatisées, ça ne peut pas être un hasard.

Cordialement.

Laurence a dit…

2012 ..
En 2010, 2011, 21012 ...Les trajets de Vigneux sur seine à Paris toujours la galère ...
que l'on prenne le RER ou la voiture
Montgeron Vigneux Draveil partie de l'Essonne abandonnée, enfermée ...
Et même le nouveau trajet Grand Paris évite soigneusement cette partie

Je m'excuse de vous faire revenir à la réalité
Je trouve que le PS s'éloigne de plus en plus de la réalité de la vie quotidienne

Peut être êtes vous différent ?
Que comptez vous faire pour nous ?

J'ai posé la question à JP Huchon.
Je n'ai eu aucune réponse : Le respect de l'électeur !!

@ bientôt

Anonyme a dit…

ce qui est navrant c'est de constater le mépris affiché par nos gouvernants actuels, qui pourtant face à une gauche rassemblée qui a gagné haut la main, continue son désastre social et ignore ce que les urnes ont voulu dire dimanche dernier... j'espère que 2012 donnera raison à un changement total, il faut y croire et se battre en ce sens.

Anonyme a dit…

Effectivement, comme tu le dis si bien le temps presse et je ne fait que le dire sur facebook! mais personne n'y fait écho.je suis tout à fait d'accord avec ton analyse en précisant qu'il faut un PS unifié et qu'il se crée une unité avec nos partenaires de gauche si nous voulons gagner les élections en 2012.
Mais je constate toujours à ce jour, que beaucoup de personnes émettent des avis, des conseils, des blablas....mais rien ne semble frémir dans les entrailles de notre parti (tel l'embryon dans le ventre de sa mère) et cela devient désespérant!!!Je compte sur toi pour que les choses bougent et que tu entraînes une dynamique dans le sens que tu as décrit.