L'accusation portée contre Dominique Strauss-Kahn a déclenché un tsunami de réactions passionnelles et de commentaires, au nombre inversement proportionnel à celui des informations concrètes disponibles. Dans pareille situation, l'essentiel est de revenir aux principes et au bon sens. C'est pourquoi je voudrais ici faire quelques rappels.
Premier rappel, essentiel, la justice américaine ne fonctionne pas comme la nôtre. Elle est fondée sur un système accusatoire, qui comme son nom l'indique donne au départ l'initiative (et un poids symbolique plus fort) à l'accusation. L'enquête contradictoire ne vient que dans un second temps. La rapidité avec laquelle Dominique Strauss-Kahn a été arrêté et mis en quasi-position de coupable ne doit donc pas donner lieu à des interprétations biaisées de notre côté de l'Atlantique. Il faut attendre que la défense s'exprime pour pouvoir se faire une idée précise de ce qui est en train de se jouer. Par ailleurs – et je dis cela pour la suite de la procédure – il ne faut pas oublier non plus qu'il se peut que le procureur (attorney) qui mène les poursuites soit non pas nommé en tant que fonctionnaire, mais élu. Ce genre de dossier peut donc donner lieu à des prises de position tout autant médiatiques et politiques que juridiques.
Sur le plan politique ensuite. La situation est très grave, pas simplement pour la gauche et pour 2012. C'est l'ensemble du système monétaire mondial qui est menacé, alors que Dominique Strauss-Kahn était à la veille de mener des négociations importantes, notamment pour la dette de la Grèce. Son origine européenne lui donnait une vision et un rôle particulier sur cette question ; s'il devait être mis hors jeu, cela aurait forcément de lourdes répercussions, dont sur l'euro. Par ailleurs, on ne peut bien entendu pas écarter la perspective des présidentielles. Gardons nous de toute panique, et plus encore de toute panique feinte. Peut-être va-t-on entendre dans les prochaines heures des prises de position en faveur de la suspension des primaires. Or on parle là d'une procédure validée par les militants, et votée lors d'une convention du Parti socialiste ayant valeur de congrès. Rien, absolument rien ne peut justifier de l'abroger dans la situation actuelle et ses possibles développements. Au contraire même, les primaires n'ont jamais été aussi importantes. Elles éviteront au PS de se transformer en forteresse assiégée et elles permettront au peuple de se mobiliser, et de ramener le débat sur le strict terrain politique.
Les socialistes doivent donc donner l'exemple : respect des principes, solidarité, refus du lynchage ou de la curée. Il ne s'agit pas de commencer à énumérer des circonstances atténuantes ou des excuses, ni de se substituer à la défense, mais de rester dans le simple cadre de la raison. Il sera toujours temps de juger sur des faits, si faits il y a, quand ils seront éclaircis.
Julien Dray
4 commentaires:
Bravo pour ce billet, un des plus intelligent qui ait été écrit aujourd'hui.
Merci.
Bien évidemment, votre ami n'a rien fait. Et la justice américaine n'est pas comme la notre. Et alors? c'est la première fois le concernant? c'est lamentable, vous vous accrochez à des branches pourries, et ça ne vous choque pas, vous qui avez été également insulté, sans avoir rien fait, si j'en crois la justice française? si non... savoir raison garder... Of course.
Bien évidemment, votre ami n'a rien fait. Et la justice américaine n'est pas comme la notre. Et alors? c'est la première fois le concernant? c'est lamentable, vous vous accrochez à des branches pourries, et ça ne vous choque pas, vous qui avez été également insulté, sans avoir rien fait, si j'en crois la justice française? si non... savoir raison garder... Of course.
Et qu'attendez-vous de DSK, de quelqu'un qui se montre irresponsable, qui ne peut même pas prévoir les conséquences de ses actes ?
Je le soupçonne maintenant de n'avoir pas, par machisme, aidé comme il correspondait alors, à la réussite de la candidature de Ségolène Royale à qui je tire mon chapeau d'ailleurs pour résister aux oppositions qu'elle rencontre. Les points de vue vont je pense se relativiser maintenant. On pourrait même remercier DSK d'avoir joué franc jeux avant que de n'être encore plus compromis dans les élections présidentielles.
Pour ma part je suis heureuse qu'il sorte de la scène politique: les dernières photos que j'ai pu voir de lui avant "l'affaire" nous montraient un homme ou bourré ou médicalisé à mort, ou embarrassé par ses conflits internes !
Troubles, soit dit en passant, qui se soignent très bien avec la psychanalyse. Il est temps d'utiliser les nouveaux instruments qui se construisent pas à pas, depuis 100 ans autour de l'oeuvre de Sigmund Freud. L'élite sera-t-elle à la hauteur ? Il est évident que perdre ainsi une intelligence politique c'est du gâchis.
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