Hier après-midi, les parlementaires étaient appelés à voter pour la continuation – ou non – de l’intervention de l’armée française en Libye. J’ai décidé, pour ma part, de ne pas prendre part à ce vote.
La raison de ce choix est simple. L’intervention de nos forces armées est devenue illisible, tout comme ses objectifs et son calendrier. Nous sommes de fait à un carrefour : soit on estime que les rebelles sont politiquement légitimes, et alors on leur donne immédiatement les moyens nécessaires (en termes de matériel, de formation, de soutien logistique) pour vaincre le régime en place, plutôt que de leur distiller au compte-goutte juste assez d’aide pour les maintenir à flot. Soit on prolonge l’actuelle et ambiguë forme de soutien, et alors on s’installe dans un no man’s land militaire et politique qui peut durer des mois, et qui ne fera que générer un peu plus de chaos dans la région. Cela porte un nom : l’enlisement, le bourbier, concepts bien connus des Américains.
C’est actuellement la deuxième option qui s’impose, et elle n’a pas de sens à mes yeux. Elle nous fera perdre sur tous les tableaux. Sans compter qu’elle interroge l’attitude qui est la nôtre à l’égard de la Syrie, où un peuple courageux se soulève seul contre la dictature policière et militaire, le reste du monde détournant pudiquement son regard : pourquoi intervenir dans un cas, et pas dans l’autre ?
Nous n’avons rien à gagner à ces hésitations et à cette ambigüité générale. Cela vaut pour l’ensemble des pays de cette zone. On n’a pas cru bon de mettre en place un plan Marshall pour ces toute jeunes démocraties balbutiantes. Or si le développement économique ne suit pas la libération politique, on connaît déjà la fin du film : une fois la fête finie et les derniers lampions éteints, ce seront les intégristes religieux qui rafleront la mise, faisant fond sur la frustration et la colère populaires.
Plutôt que de suivre Sarkozy et la droite sur ces questions – même avec des réserves – nous ferions mieux d’avoir l’audace d’une politique diplomatique ambitieuse et indépendante.
Julien Dray
2 commentaires:
j'approuve cette attitude ; la France n'a pas vocation à être le gendarme de la Méditerranée ; bien sûr l'émotion suscitée par l'odieux comportement de Khadafi est compréhensible mais l'intervention militaire aurait du être menée sous l'égide de l'ONU et non pas par France et Grande Bretagne sous couvert de l'OTAN.
Mohamed
Je vous souhaite une excellente rentrée Julien, à bientôt. Estelle
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