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mercredi 13 juillet 2011

Pourquoi je n’ai pas pris part au vote sur la Libye

Hier après-midi, les parlementaires étaient appelés à voter pour la continuation – ou non – de l’intervention de l’armée française en Libye. J’ai décidé, pour ma part, de ne pas prendre part à ce vote.

La raison de ce choix est simple. L’intervention de nos forces armées est devenue illisible, tout comme ses objectifs et son calendrier. Nous sommes de fait à un carrefour : soit on estime que les rebelles sont politiquement légitimes, et alors on leur donne immédiatement les moyens nécessaires (en termes de matériel, de formation, de soutien logistique) pour vaincre le régime en place, plutôt que de leur distiller au compte-goutte juste assez d’aide pour les maintenir à flot. Soit on prolonge l’actuelle et ambiguë forme de soutien, et alors on s’installe dans un no man’s land militaire et politique qui peut durer des mois, et qui ne fera que générer un peu plus de chaos dans la région. Cela porte un nom : l’enlisement, le bourbier, concepts bien connus des Américains.

C’est actuellement la deuxième option qui s’impose, et elle n’a pas de sens à mes yeux. Elle nous fera perdre sur tous les tableaux. Sans compter qu’elle interroge l’attitude qui est la nôtre à l’égard de la Syrie, où un peuple courageux se soulève seul contre la dictature policière et militaire, le reste du monde détournant pudiquement son regard : pourquoi intervenir dans un cas, et pas dans l’autre ?

Nous n’avons rien à gagner à ces hésitations et à cette ambigüité générale. Cela vaut pour l’ensemble des pays de cette zone. On n’a pas cru bon de mettre en place un plan Marshall pour ces toute jeunes démocraties balbutiantes. Or si le développement économique ne suit pas la libération politique, on connaît déjà la fin du film : une fois la fête finie et les derniers lampions éteints, ce seront les intégristes religieux qui rafleront la mise, faisant fond sur la frustration et la colère populaires.

Plutôt que de suivre Sarkozy et la droite sur ces questions – même avec des réserves – nous ferions mieux d’avoir l’audace d’une politique diplomatique ambitieuse et indépendante.


Julien Dray

mercredi 8 juin 2011

Sevran

Stéphane Gatignon a fait parler de lui et de sa ville, ces derniers jours, en évoquant une intervention de l’armée dans les quartiers difficiles pour faire office de « force d’interposition ». La proposition-choc, et le débat sur la méthode qui s’en est suivi, ne doivent pourtant pas faire oublier le problème de fond auxquels ils répondent. Une violence dure, d’un genre que l’on croyait il y a peu encore réservé aux films américains – certains parlent de surviolence – s’est enkystée dans de nombreuses zones de notre territoire. Il faut d’ailleurs écouter attentivement les mots choisis par le maire de Sevran : quand on vient à parler, non plus de reconquérir des quartiers sur les voyous, mais de mettre en place des « forces d’interposition » entre eux et la population qui en est victime, c’est bien que l’on a intériorisé une première défaite contre la délinquance, devenue un acteur comme un autre de la vie des cités. Un acteur avec lequel il faut transiger et négocier plutôt que lutter. Terrible constat qui pourrait malheureusement être fait dans d’autres villes, à l’identique ou presque. L’actualité quasi-quotidienne vient désormais le rappeler.

Cette aggravation sans précédent s’est produite et développée alors que la droite était au pouvoir ; Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l’Intérieur puis président de la République – pendant près de 10 ans, il faut le rappeler – porte une lourde responsabilité. Ses moulinets et déclarations martiales n’ont jamais été réellement suivis d’effets, ce qui a sans aucun doute renforcé les voyous dans leur sentiment d’impunité. Force est de constater, pourtant, que le locataire de l’Elysée bénéficie d’une étrange amnésie, ou indulgence, en la matière. Faisons un petit exercice d’imagination : que dirait-on dans le pays, quels seraient les gros titres de la presse, les sujets en première partie des journaux télévisés, si la gauche était actuellement au pouvoir ! Que n’entendrait-on pas sur le naufrage d’une gauche laxiste qui aurait laissé des quasi-situations de guerre civile s’installer dans certains quartiers !

Et malgré tout, l’échec sur la sécurité – pire encore, la politique contre-productive menée en ce domaine, les provocations inutiles, les moyens inadaptés et insuffisants – n’émerge pas clairement dans le débat public. L’opposition, et le parti socialiste en particulier, ont une responsabilité et un rôle à jouer à cet égard. Nicolas Sarkozy a bâti son succès électoral sur ce terrain. C’est aujourd’hui un de ses plus grands échecs, qui a des conséquences d’une extrême gravité pour un nombre important de nos concitoyens. Nous devons donc accrocher sans relâche la droite sur cette question, et marteler qu’une politique sécuritaire alternative existe, et que c’est le Parti socialiste qui peut la porter. Ce doit même être un de nos principaux points de campagne. Autant ne pas se mentir, nous en sommes encore loin. D’une part parce que contrairement à ce qu’on a pu nous dire, le parti socialiste n’a pas véritablement élaboré, depuis deux ans, une nouvelle doctrine à la hauteur de la dégradation de la sécurité dans notre pays. D’autre part parce que nous succombons au parasitage de la précampagne présidentielle par des faux débats qui ne nous mèneront nulle part : « morale », « transparence », « sexisme » en politique, etc. Non pas que nous ne devons pas avoir de position claire sur ces sujets ; j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans ce blog, et j’y reviendrai plus longuement la semaine prochaine. Mais pendant que nous nous embourbons avec ces questions mal posées, et elles-mêmes parasitées par des affaires individuelles, nous perdons un temps précieux pour installer l’affrontement avec la droite sur les sujets qui comptent dans la vie quotidienne des Français, et qui détermineront au bout du compte le nom du prochain Président de la République.


Julien Dray

mardi 12 avril 2011

La politique étrangère, naufrage du sarkozysme

Depuis quelques semaines, un frisson patriotique parcourt le pays et les rédactions de presse : ça y est, la France est de retour, cocorico ! Nos soldats se déploient partout, en Libye, en Côte d'Ivoire, non pas pour intégrer quelque force d'interposition défensive et impuissante, mais pour attaquer et faire chuter les tyrans. Même les néoconservateurs américains fustigent la pusillanimité d'Obama et soupirent après l'impétueux Sarkozy, c'est dire ! Oubliés les discours sur le déclin et l'inéluctable moyennisation de la puissante française : le drapeau tricolore flotte à nouveau fièrement aux quatre coins du monde.


Du moins est-ce là le storytelling que l'on entend nous vendre, et auquel voudrait nous faire adhérer l’Élysée. Car bien entendu, au cœur de tout cela, il y a le Président de la République, sa politique extérieure, la mise en scène de cette politique extérieure, et ses répercussions espérées sur la politique intérieure. Autant de paramètres qu'il faut prendre en compte si l'on veut porter un regard un peu plus lucide sur les événements qui se jouent sous nos yeux.


Nicolas Sarkozy joue sa réélection et il sait bien qu'elle est tout sauf acquise – c'est une litote – en raison de l'échec total de sa politique intérieure. Il avait donc décidé de faire de cette année une grande séquence internationale, utilisant G20 et G8 pour se remettre à flot et tenter d'inverser le cours plongeant de son mandat. Mais ce plan soigneusement préparé est venu se briser sur l'imprévu, sous la forme du vent de liberté qui a traversé les pays arabes depuis le début de l'année. Et le moins que l'on puisse dire est que la réaction de la France, lors des premiers soubresauts en Tunisie puis en Égypte, n'a pas été à la hauteur : lenteur, réactions inappropriées et en retard, sorties malheureuses sur l'aide « au maintien de l'ordre ». La diplomatie française et l’Élysée ont complétement raté le tournant de ces révolutions démocratiques et ont même, comble du comble, donné le sentiment d'être les derniers soutiens des dictateurs en place.


Ce contexte et cette histoire très récente éclairent et expliquent ce qui se passe actuellement. L'intervention en Libye a tout autant été un geste nécessaire et courageux qu'une fuite en avant pour redorer, sur un coup de dé, le blason bien terni de la France. Peu importe : il fallait, je l'ai défendu très tôt, porter secours aux rebelles libyens qui étaient à deux doigts de se faire écraser dans un bain de sang. Mais une fois le principe de l'intervention acquis, ce sont ses modalités qui importent. Et là, que voit-on ? Une capitulation, après quelques rodomontades pour la forme, devant l'OTAN (n'oublions pas que c'est Nicolas Sarkozy qui a œuvré pour la pleine réintégration de la France en son sein) ; et par suite, une soumission à des objectifs de guerre pour le moins obscurs et absurdes, avec des interventions au compte-gouttes qui redonnent un peu d'air aux rebelles, puis les laissent échouer à reprendre l'avantage sur l'ennemi, puis reprennent à nouveau, pour les sauver in extremis, quand les troupes de Khadafi reprennent l'avantage, etc. On voudrait semer le chaos dans ce pays que l'on ne procéderait pas autrement ; et gare au retournement de l'opinion libyenne, qui pourrait bien dans un avenir très proche se lasser de ces « sauveurs » français et alliés qui donnent presque le sentiment de jouer comme le chat avec les souris.


Et alors que la « croisade » (dixit Claude Guéant) triomphale vers Tripoli tournait au bourbier incertain, un scénario semblable se mettait en place en Côte d'Ivoire. La France y est présente et a à y jouer un rôle de force d'interposition pour protéger les civils et la communauté internationale ; ces derniers jours pourtant, s'appuyant sur une décision de l'ONU lui valant dans les faits étoile de shérif, elle s'est progressivement exercée à une activité d'une tout autre sorte, épaulant plus ou moins discrètement les forces d'Alassane Ouattara pour reprendre par la force Abidjan et le contrôle du pays. Les dernières heures ont été cruciales : dans le dos de la représentation parlementaire, hors de toute consultation démocratique, l'armée française a mené l'assaut final contre Laurent Gbagbo, abandonnant définitivement son rôle de stabilisateur et de garant du processus démocratique pour un retour à peine voilé à la politique de la canonnière. Il n'y a guère que la couverture de l'ONU qui donne encore à ces actes de guerre en bonne et due forme une apparence d'opération de police internationale. Notons d'ailleurs qu'à aucun moment de cette crise la France n'a tenté de jouer un rôle d'apaisement : dès la contestation du vote en fin d'année dernière, Paris a sommé Gbagbo de partir, plutôt que de pratiquer une médiation raisonnable dans le sens d'un nouveau vote ou d'un accord avec son adversaire.


Ces opérations mal ficelées, peu ou pas pensées dans leurs conséquences, sont donc bien dans la droite ligne des cafouillages tunisiens et égyptiens, quoi qu'on puisse en penser à première vue. On ne s'improvise pas homme d’État visionnaire d'envergure planétaire en jouant simplement au cowboy. Pire encore, on peut sérieusement craindre que cette gestion brouillonne de dossiers aussi complexes finisse par se retourner contre la France un jour ou l'autre : que se passera-t-il si on découvre que les troupes de notre « ami » Alassane ont perpétré des actes graves, ou si l'après-Gbagbo se joue sur fond de purges sanglantes et de guerre civile larvée ?


C'est d'autant plus préoccupant que la France risque plus gros que la réputation et la popularité de son actuel président : elle risque, tout simplement, de perdre le respect qu'inspirait encore il y a peu la patrie des droits de l'homme et de la Révolution, garante symbolique des valeurs de cette dernière à travers le monde. Quand on ne défend plus des principes, quand on apparaît comme une force supplétive se mettant successivement à la solde des uns ou des autres, on perd cette dignité qui a toujours fait la grandeur de notre pays – bien plus que ne le feront jamais les postures de gendarme du monde aux petits pieds.


Julien Dray

mardi 19 août 2008

Communiqué de Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste

Le Parti socialiste témoigne sa grande émotion et son total soutien aux familles et aux proches des parachutistes français victimes des affrontements en Afghanistan. Nous nous inclinons devant la mémoire des soldats tombés au combat, et sommes solidaires de tous les militaires français actuellement engagés sur des terrains d'opération extérieurs difficiles.