mercredi 8 juin 2011

Sevran

Stéphane Gatignon a fait parler de lui et de sa ville, ces derniers jours, en évoquant une intervention de l’armée dans les quartiers difficiles pour faire office de « force d’interposition ». La proposition-choc, et le débat sur la méthode qui s’en est suivi, ne doivent pourtant pas faire oublier le problème de fond auxquels ils répondent. Une violence dure, d’un genre que l’on croyait il y a peu encore réservé aux films américains – certains parlent de surviolence – s’est enkystée dans de nombreuses zones de notre territoire. Il faut d’ailleurs écouter attentivement les mots choisis par le maire de Sevran : quand on vient à parler, non plus de reconquérir des quartiers sur les voyous, mais de mettre en place des « forces d’interposition » entre eux et la population qui en est victime, c’est bien que l’on a intériorisé une première défaite contre la délinquance, devenue un acteur comme un autre de la vie des cités. Un acteur avec lequel il faut transiger et négocier plutôt que lutter. Terrible constat qui pourrait malheureusement être fait dans d’autres villes, à l’identique ou presque. L’actualité quasi-quotidienne vient désormais le rappeler.

Cette aggravation sans précédent s’est produite et développée alors que la droite était au pouvoir ; Nicolas Sarkozy, en tant que ministre de l’Intérieur puis président de la République – pendant près de 10 ans, il faut le rappeler – porte une lourde responsabilité. Ses moulinets et déclarations martiales n’ont jamais été réellement suivis d’effets, ce qui a sans aucun doute renforcé les voyous dans leur sentiment d’impunité. Force est de constater, pourtant, que le locataire de l’Elysée bénéficie d’une étrange amnésie, ou indulgence, en la matière. Faisons un petit exercice d’imagination : que dirait-on dans le pays, quels seraient les gros titres de la presse, les sujets en première partie des journaux télévisés, si la gauche était actuellement au pouvoir ! Que n’entendrait-on pas sur le naufrage d’une gauche laxiste qui aurait laissé des quasi-situations de guerre civile s’installer dans certains quartiers !

Et malgré tout, l’échec sur la sécurité – pire encore, la politique contre-productive menée en ce domaine, les provocations inutiles, les moyens inadaptés et insuffisants – n’émerge pas clairement dans le débat public. L’opposition, et le parti socialiste en particulier, ont une responsabilité et un rôle à jouer à cet égard. Nicolas Sarkozy a bâti son succès électoral sur ce terrain. C’est aujourd’hui un de ses plus grands échecs, qui a des conséquences d’une extrême gravité pour un nombre important de nos concitoyens. Nous devons donc accrocher sans relâche la droite sur cette question, et marteler qu’une politique sécuritaire alternative existe, et que c’est le Parti socialiste qui peut la porter. Ce doit même être un de nos principaux points de campagne. Autant ne pas se mentir, nous en sommes encore loin. D’une part parce que contrairement à ce qu’on a pu nous dire, le parti socialiste n’a pas véritablement élaboré, depuis deux ans, une nouvelle doctrine à la hauteur de la dégradation de la sécurité dans notre pays. D’autre part parce que nous succombons au parasitage de la précampagne présidentielle par des faux débats qui ne nous mèneront nulle part : « morale », « transparence », « sexisme » en politique, etc. Non pas que nous ne devons pas avoir de position claire sur ces sujets ; j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans ce blog, et j’y reviendrai plus longuement la semaine prochaine. Mais pendant que nous nous embourbons avec ces questions mal posées, et elles-mêmes parasitées par des affaires individuelles, nous perdons un temps précieux pour installer l’affrontement avec la droite sur les sujets qui comptent dans la vie quotidienne des Français, et qui détermineront au bout du compte le nom du prochain Président de la République.


Julien Dray

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bravo! oui vous avez raison, une responsabilité régaliène de l'état,est de garantir la sécurité de ses concitoyens, et des plus fragiles en particulier. Vous le dites, le PS doit le marteler.
La sécurité EST l'échec du quinquénat de Sarko. La COM, l'esbrouf, la guerre aux délinquants etc...et concrètement.Bravo Julien, continuez.