lundi 19 septembre 2011

Humeurs de campagne (3) – Pendant les primaires, les affaires continuent.

Djourhi. Bourgi. Takieddine. Ces dernières semaines, l'actualité de la majorité présidentielle peut se résumer à une énumération de noms qui renvoient à autant d'affaires (ou au minimum de suspicions) de financements occultes de la vie politique. Rivalités Balladur-Chirac puis Sarkozy-Chirac, Françafrique, contrats d'armements : tout y passe, comme autant de poncifs d'un romain d'espionnage.

Dans un premier mouvement, on peut, à gauche, se féliciter de ce grand déballage automnal. Des rumeurs et des suspicions qui trainaient, pour certains, depuis des mois finissent par éclater au grand jour et par subir un traitement judiciaire. Ce sont toutes les familles de la droite qui prennent des coups au passage, comme un tir de barrage sur l'ambulance d'une UMP bien mal en point. Il y aurait lieu de se réjouir à la fois du point de vue du bien commun et de l'intérêt stratégique de la gauche : bien commun, car la justice s'impose ; intérêt de la gauche, car les élections nationales approchent et tout ce qui affaiblit la droite est bon à prendre.

Mais la situation est un peu plus complexe.

Sur la victoire de la justice et de la vertu que serait l'explosion de ces affaires, pour commencer. Il ne faut pas être naïf : les affaires sont souvent la continuation de la politique par d'autres moyens. Et pour ce qui nous concerne, force est de constater que les derniers rebondissements – les récits de transferts de valise entre Afrique et Élysée – semblent vérifier cette maxime. Ce n'est sans doute pas tout à fait un hasard si ces histoires émergent au moment où l'un des protagonistes ne semble plus en état de se défendre, et où l'autre constitue une menace pour l'UMP. Ce n'est sans doute pas un hasard non plus si cela arrive quand ce dernier personnage – je parle de Dominique de Villepin – est blanchi dans l'affaire Clearstream. Nous assistons probablement, pour parler clairement, à une série de règlements de comptes et de manipulations internes à la droite ; et il se pourrait bien que les bénéficiaires ne s’en situent pas, au bout du compte, à gauche.

Sur l'intérêt électoral de ces affaires pour la gauche, ensuite. Il ne faut pas s'illusionner sur les conséquences des mises en examens et autres révélations : c'est bien l'ensemble de la classe politique qui en pâtit. A force de se succéder et de s'accumuler, elles créent un climat confus, avec un écheveau de responsabilités bien difficile à démêler pour ceux de nos concitoyens – majoritaires sans aucun doute – qui n'ont ni le temps ni l'envie de se plonger dans les détails de ces histoires complexes. La résultante de cette situation est hélas prévisible : une progression du sentiment de « tous pourris », qui retombera au final sur tout le monde, gauche et droite confondues. Et ce n'est pas tout. Tant qu'on parle des affaires, on ne parle pas du reste. On ne parle pas de politique. Et on n'instruit pas le bilan, désastreux, de la majorité et du président sortants. C'est pourtant capital pour la gauche, tout autant que le fait de présenter un projet mobilisateur aux Français.

Il n'y a donc aucune raison de se réjouir de ce feuilleton politico-judiciaire à rebondissements. Il en va des affaires comme de l'insécurité : elles renforcent le climat de pourrissement, de peur, d'incertitude dont se nourrissent la droite et sa conception d'un pouvoir présidentiel autoritaire. L'histoire récente de l'Italie berlusconienne doit nous mettre en garde : la morale et la justice ne font pas l'élection. Dans la tempête et le chaos, les Français pourraient bien être tentés de redonner leur confiance au capitaine qu'ils connaissent déjà.

Une élection présidentielle ne se gagne pas sur un rejet mais sur un projet. C’est cela le travail de la gauche : redonner espoir, envie, lever des forces nouvelles pour redresser le pays.

Julien Dray

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