Détroit, ses friches industrielles, ses quartiers désertés et ses bâtiments fantomatiques, Détroit hante les sociétés occidentales. Les annonces de PSA dans l’automobile, précédées par celles relatives à Sanofi et auxquelles ont succédé l’annonce de 5000 emplois supprimés chez Alcatel Lucent. L’industrie automobile a longtemps été un fleuron de notre économie et un élément structurant de notre vie démocratique. « Ne pas désespérer Billancourt » était le souci des gouvernements, de droite et de gauche. Au-delà, l’industrie automobile structure la vie d’un grand nombre de nos territoires. L’industrie automobile c’est, par exemple, l’entreprise MBF Technologies, à Saint Claude dans le Jura, dont 181 des 451 emplois vont être supprimés… dans une ville de 11 000 habitants.
La question est donc de savoir si les réponses apportées seront suffisantes, si les remèdes ne seront pas des rustines. La question mérite d’être posée car la gauche est attendue sur le dossier de la réindustrialisation. Elle paye les conséquences de décisions ou de l’indécision passées. Mais elle doit aussi savoir fixer un cap, clair, ambitieux, volontariste.
Au cœur du dispositif gouvernemental se trouve le bonus-malus écologique dont on ne sait encore s’il va véritablement profiter à des marques françaises. On ne sait non plus si la voiture électrique française va connaitre un essor véritable. Le lancement de la Zoé est repoussé d’un an… L’intention de définir de nouvelles règles commerciales avec la Corée du Nord va dans le bon sens mais n’est-il pas déjà hélas trop tard ? Enfin, il vaut mieux également s’entendre explicitement sur les buts de ce plan : s’agit-il de maintenir le volume d’emplois ? S’agit-il d’aider des secteurs de pointe à émerger ?
C’est là que l’on retrouve le questionnement relatif à la voiture hybride. Promouvoir par des aides l’achat de ces voitures est heureux mais c’est la production de voitures hybrides conçues et fabriquées en France qui doit faire l’objet d’une politique décidée. Cela passe évidemment par un travail sur la façon de fixer le secteur recherche et développement en France, sur la manière de prendre un temps d’avance technologiquement et sur le travail relatif au design. Autant de domaines où la France pourrait avoir de sérieux atouts, pour peu que l’Etat prenne l’initiative…
La question qui se pose à nous est simple : Qu’est-ce qu’une politique industrielle aujourd’hui ? Comment la puissance publique peut-elle intervenir pour développer la recherche et développement en France ? Peut-on maintenir le volume d’emplois de notre industrie automobile ? Comment solidifier les positions des sous-traitants, comment, au final, agir sur les filières industrielles ? Les nationalisations temporaires, les entrées dans le capital de certaines firmes ou les prises de participation stratégiques devraient être les solutions, elles pourraient aussi bien viser les grandes firmes automobiles que les PME sous-traitantes, dont il s’agirait d’assurer la pérennité et d’assoir l’existence sur de solides garanties publiques. La stratégie industrielle doit donc être tous azimuts et ne rien s’interdire : pas plus vis-à-vis des grandes firmes que des PME sous-traitantes. Nous pouvons, en France et en Europe, nous inspirer de la solution employée par Barack Obama vis-à-vis de General Motors : l’apport de capitaux a permis à l’entreprise de se redresser en même temps qu’elle a donné à l’Administration Obama les moyens d’influer sur la stratégie du groupe.
La question touche non seulement à la vie de centaines de milliers de nos concitoyens mais à la capacité de notre pays de redévelopper un véritable tissu industriel. Faute de quoi, ce plan pour l’automobile ne serait qu’une rustine…
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