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vendredi 14 septembre 2012
QUESTIONS.
L’intervention du Chef de l’Etat a certes fait l’objet de commentaires mais pas d’une véritable lecture de fond. J’ai la conviction que le moment vécu dimanche dernier sur la première chaine est un moment important, sinon historique, tant pour la gauche que pour le pays.
La question des finances publiques et celle du marché de l’emploi ont en fait été au cœur de cette intervention.
Il a été question des finances publiques. Derrière les apparences compliquées du débat fiscal, il y a le nouveau traité de que le Parlement s’apprête à adopter. Pour atteindre la règle des 3% si vite, il ne reste qu’une solution : « l’austérité radicale ». Celle-ci ne peut, à son tour, qu’amplifier la récession qui est déjà là. Par sûr alors que demain il ne faille pas un nouveau tour de vis fiscal et budgétaire pour compenser les manques à gagner produits de la récession… Spirale infernale. Certes, quand on parle fiscalité un dimanche soir, même en voulant faire simple, on fait compliqué. Beaucoup de nos concitoyens ont compris que les temps n’étaient pas roses et ça allait être dur pour leur porte-monnaie. Mais ce qui est revendiqué là a une cause terrible qui ne se réduit pas simplement à un retour à une bonne gestion ou à la préservation de l’avenir et des générations futures. La vérité, c’est qu’on assume définitivement un retour à marche forcée à un équilibre budgétaire et que cette marché forcée n’est pas tant dictée par les marchés que par l’acceptation délibérée de la rigueur. D’où le doute sur « la nouvelle parenthèse » évoquée… juste deux ans et après on repart. C’était le même discours tenu par Delors en 1983. La parenthèse ne s’est jamais refermée. Il y a donc là nécessité d’un débat car la renégociation voulue du traité pendant la campagne avait justement pour but d’éviter la spirale. Il y a donc dans cette intervention un changement de calendrier qui vaut affirmation d’une méthode discutable sur le principe. Refus d’investir pour relancer, fin de toute politique un minimum keynésienne
Il a aussi été question du marché de l’emploi. Nous n’en sommes pas encore aux lois Hartz IV comme du temps de Schröder en Allemagne mais, petit à petit, n’est-on pas en train d’en prendre le chemin ? En abordant la question du marché du travail, du coût du travail, en demandant aux partenaires sociaux de se mettre d’accord avant la fin de l’année, le Chef de l’Etat ne nous aurait-il susurré une intention plus rude ? En promouvant un marché de l’emploi «plus souple et en même temps plus protecteur pour les salariés », en faisant certes référence à la flex-sécurité, que vise-t-on ? La cible n’est-elle pas en fait la remise en cause du coût du travail du fameux CDI ?
Que l’on ne s’y trompe pas, l’heure du choix pour les social-démocraties européennes est cruciale. En s’attaquant l’air de rien à ces deux sujets, le Président est peut-être en train d’assumer une mutation historique de la social-démocratie. Cette dernière a bâti sa puissance en Europe sur le plein emploi et la dépense publique au cours des Trente Glorieuses. Le chômage et la crise financière l’obligent à se réinventer. Elle peut le faire en se normalisant, elle peut le faire en calquant son programme sur celui des exigences libérales intégrant la pensée dominante sur « le choc de compétitivité », par sûr que cela soit l’attente du pays. Elle peut aussi travailler à redéfinir son message, sa pensée, à penser hors des catéchismes du passé ou des bréviaires néolibéraux. Elle peut, si elle est audacieuse sur la question de la défense des producteurs, de la création, de la solidarité dans la mondialisation, d’une écologie moteur de la croissance et d’une République refondée. Rouvrir le champ des possible suppose d’imaginer d’autres chemins… Il y a un Congrès. C’est de tout cela qu’il faut parler maintenant… et c’est la raison d’être de la Motion n°3, Maintenant la Gauche, qui donne du sens à une Gauche Libre.
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