Et voici la Chancelière allemande
de nouveau en croisade contre la dépense publique et les droits sociaux. Le « manque
de réformes structurelles en France » inquiéterait la Chancellerie
allemande. C’est la raison pour laquelle, jeudi, Jean-Marc Ayrault, notre
Premier Ministre sera dépêché à Berlin afin de « rassurer » la
majorité CDU-CSU quant à la politique des socialistes français. On semble même
attendre que l’Allemagne aille jusqu’à des « prescriptions »
adressées à la France. Comme
un élève docile, la France
semble ne pas s’étonner que la
Chancelière ait des velléités de maitresse d’école.
En vérité, la situation dans
laquelle nous nous trouvons n’a rien d’étonnant. En matière européenne, il y a
toujours deux moteurs : le droit et la symbolique. Les deux propulsent une
mécanique sophistiquée mêlant libéralisme et austérité. Ayant perdu sur le
volet juridique et perdu la partie symbolique en courbant l’échine devant la Chancelière , le
gouvernement risque bien de devoir, in fine, faire davantage de concessions
encore. « L’Allemagne » ne veut pas de mal aux Français. Mais il n’est
pas certain que Madame Merkel veuille le bien des millions de salariés français
et, plus généralement, de notre appareil productif.
Il y avait donc, en ne
renégociant pas le TSCG, deux erreurs d’analyse quant au pouvoir allemand. La
première était de penser que la
Chancelière s’arrêterait à l’acceptation par la France du traité signé par
Nicolas Sarkozy et auquel quelques modiques ajouts donnaient une forme plus
présentable. La deuxième consiste à croire que la société allemande et le
pouvoir allemand forment un bloc compact dénué de contradiction. Derrière ces
deux erreurs, il y en a une autre qui consiste à s’en remettre à une alternance
SPD-Grünen en 2013 sans analyser les positions de ces deux partis et fonder
ainsi tout espoir sur du sable…
Madame Merkel indique clairement
qu’elle attend de la France
davantage de « réformes structurelles ». Qu’on ne s’y trompe pas :
cela signifie plus de rigueur, plus d’austérité budgétaire, moins de droit du
travail, davantage encore de réduction des dépenses de santé et, évidemment,
une nouvelle réforme des retraites. C’est ce que signifie « réforme »
en novlangue merkelienne.
Pour autant, la société allemande
est perclue de fractures. Les effets des réformes Hartz IV se font sentir et la
précarisation des emplois de service de l’industrie, véritable raison de la « compétitivité
du travail » allemand, sont vécues durement par la société allemande.
Le salarié allemand n’est pas forcément d’accord avec Madame Merkel. Sans doute
aurait-on pu s’adresser, en effet, à ces millions de salariés allemands et, en
général, européens, qui pâtissent des effets de l’austérité et espèrent une
alternative.
Quant au SPD et aux Grünen. Pour
l’un, il poursuit son slalom entre sa politique « identitaire » d’indépendance
du SPD et l’idée dominante d’entrée dans une Grosse Koalition. Et quant aux Grünen,
on ferait bien enfin de comprendre qu’ils ont, en Allemagne, détrôné le FDP
(parti des milieux d’affaire liés au miracle économique des années 60) comme
parti des milieux les plus riches. Ceux-ci ont d’autant moins de raison de
pencher du coté d’une alternative politique que le partenaire historique de l’Allemagne
signe, de lui-même et contre tout évidence, les désidératas et les fantaisies malthusienne
de la Chancelière CDU.
On le voit, le fait d’avoir signé
le TSCG se paye au prix non pas d’une mansuétude plus grande de Madame Merkel
mais d’une dureté plus grande dans un contexte social allemand qui n’a pas été correctement
analysé par la gauche française.
Merkel, la saison 2 ne fait que
commencer. Rassurez vous, il y aura encore beaucoup d’épisodes.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire