Le Rapport de Louis Gallois a
donc été dévoilé. On nous promettait beaucoup. On a même voulu faire à ce
rapport un destin de best-seller. Certes, la montagne n’a finalement pas accouché
d’une souris mais plutôt, avouons-le, d’un chihuahua. Toutes les promesses de
ce rapport ne sont en effet pas tenues. Le lecteur ne trouvera certes aucun
motif à indignation mais il restera sur sa faim…
Fort imprudemment, la droite, à
court d’idées, avait parié sur un abandon pur et simple par le gouvernement du
rapport de l’ancien Président de la
SNCF et d’EADS. Et c’est fort habilement que le gouvernement a affirmé vouloir en reprendre l’intégralité.
L’intégralité ou presque puisque les études sur les méthodes d’exploitation du
gaz de schiste ont été écartées. Le transfert de charges vers la fiscalité, dès
lors que l’on se refuse à utiliser l’outil monétaire et la remise en cause des
politiques de libre-échange, est une question qui se posait. Sans doute
fallait-il être plus prudent, plus tôt, dans l’affirmation un peu péremptoire d’un
refus catégorique de toute hausse de la
TVA.
Sur le fond, le rapport ne surprendra
personne parmi ceux qui ont écouté depuis longtemps Louis Gallois. Il y expose
son credo, celui qu’il a professé au fil des dernières années avec l’agilité
intellectuelle qu’on lui connait. On peut sans peine être d’accord avec le
diagnostic mais on peine à discerner une véritable stratégie de reconquête
industrielle dans le train de mesures énumérées. On peut aussi être en accord
avec un certain nombre de préconisations, par exemple lorsque Louis Gallois
pointe la nécessité de placer le droit de la concurrence sous surveillance du
Conseil des Ministres au niveau européen. En revanche, et c’est le point
crucial qui fonde la déception, ce rapport fait explicitement l’impasse sur la
question des filières à privilégier pour se concentrer sur une remise à
l’honneur de l’action de l’Etat. Il s’agit d’abord d’un rapport de
réhabilitation de l’action publique qu’un véritable plan de reconquête. On ne
sera pas surpris que Jean-Pierre Chevènement prenne avec enthousiasme la défense
d’un texte aussi favorable à la « politique industrielle ». Encore
conviendrait-il de ne pas en rester à cette étape.
En vérité, l’Acte I de la
reconquête industrielle reste encore à écrire. Il faut prendre garde de ne pas
se cantonner à une critique du rapport Gallois fondée sur l’exclusive défiance
envers le patronat. Quelles filières privilégier ? Quelles articulations
concrètes entre recherche et industrie mettre en place ? Quelles
participations de l’Etat au capital des entreprises ? Quelles
articulations entre capital public et capital privé ? Quelles actions
concrètes mettre en place ? Quels instruments nouveaux sur le plan
bancaire ? Quelles participations nouvelles de l’Etat dans la réflexion
sur les priorités et les choix d’investissement ? Comment favoriser et
impulser plus d’innovation ? Comment redonner l’envie à des jeunes de se
lancer dans le secteur industriel ? Comment développer ce tissu d’entreprises
intermédiaires ? Tout cela reste encore à imaginer, à bâtir. C’est la condition de la reconquête
industrielle du pays. Il faudra en effet donner une feuille de route aux
chercheurs, aux ingénieurs, mobiliser la société, les créateurs et les
producteurs. Répondre à ces questions, c’est se donner les moyens de penser et
de mettre en œuvre un véritable socialisme de la production.
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