jeudi 8 novembre 2012

La reconquête industrielle… c’est maintenant ?




Le Rapport de Louis Gallois a donc été dévoilé. On nous promettait beaucoup. On a même voulu faire à ce rapport un destin de best-seller. Certes, la montagne n’a finalement pas accouché d’une souris mais plutôt, avouons-le, d’un chihuahua. Toutes les promesses de ce rapport ne sont en effet pas tenues. Le lecteur ne trouvera certes aucun motif à indignation mais il restera sur sa faim…

Fort imprudemment, la droite, à court d’idées, avait parié sur un abandon pur et simple par le gouvernement du rapport de l’ancien Président de la SNCF et d’EADS. Et c’est fort habilement que le gouvernement  a affirmé vouloir en reprendre l’intégralité. L’intégralité ou presque puisque les études sur les méthodes d’exploitation du gaz de schiste ont été écartées. Le transfert de charges vers la fiscalité, dès lors que l’on se refuse à utiliser l’outil monétaire et la remise en cause des politiques de libre-échange, est une question qui se posait. Sans doute fallait-il être plus prudent, plus tôt, dans l’affirmation un peu péremptoire d’un refus catégorique de toute hausse de la TVA.

Sur le fond, le rapport ne surprendra personne parmi ceux qui ont écouté depuis longtemps Louis Gallois. Il y expose son credo, celui qu’il a professé au fil des dernières années avec l’agilité intellectuelle qu’on lui connait. On peut sans peine être d’accord avec le diagnostic mais on peine à discerner une véritable stratégie de reconquête industrielle dans le train de mesures énumérées. On peut aussi être en accord avec un certain nombre de préconisations, par exemple lorsque Louis Gallois pointe la nécessité de placer le droit de la concurrence sous surveillance du Conseil des Ministres au niveau européen. En revanche, et c’est le point crucial qui fonde la déception, ce rapport fait explicitement l’impasse sur la question des filières à privilégier pour se concentrer sur une remise à l’honneur de l’action de l’Etat. Il s’agit d’abord d’un rapport de réhabilitation de l’action publique qu’un véritable plan de reconquête. On ne sera pas surpris que Jean-Pierre Chevènement prenne avec enthousiasme la défense d’un texte aussi favorable à la « politique industrielle ». Encore conviendrait-il de ne pas en rester à cette étape.  

En vérité, l’Acte I de la reconquête industrielle reste encore à écrire. Il faut prendre garde de ne pas se cantonner à une critique du rapport Gallois fondée sur l’exclusive défiance envers le patronat. Quelles filières privilégier ? Quelles articulations concrètes entre recherche et industrie mettre en place ? Quelles participations de l’Etat au capital des entreprises ? Quelles articulations entre capital public et capital privé ? Quelles actions concrètes mettre en place ? Quels instruments nouveaux sur le plan bancaire ? Quelles participations nouvelles de l’Etat dans la réflexion sur les priorités et les choix d’investissement ? Comment favoriser et impulser plus d’innovation ? Comment redonner l’envie à des jeunes de se lancer dans le secteur industriel ? Comment développer ce tissu d’entreprises intermédiaires ? Tout cela reste encore à imaginer, à bâtir.  C’est la condition de la reconquête industrielle du pays. Il faudra en effet donner une feuille de route aux chercheurs, aux ingénieurs, mobiliser la société, les créateurs et les producteurs. Répondre à ces questions, c’est se donner les moyens de penser et de mettre en œuvre un véritable socialisme de la production.

Aucun commentaire: