Le rejet par la commission des
lois de l'Assemblée Nationale de la proposition de loi sur l'amnistie pour les
délits commis dans le cadre de mouvements sociaux ne peut qu’interroger toute
la gauche.
Nous vivons une crise terrible.
La souffrance au travail ou l’absence de travail créent une tension sociale
réelle. Combien de familles françaises vivent actuellement dans
l’angoisse ? Angoisse devant l’avenir, devant la fragilité de nos usines,
devant leur disparition, devant l’avenir incertain des jeunes
générations ?
Pendant les années Sarkozy, les
mouvements sociaux ont pris un tour parfois violent. Mais où est principalement
la violence ? Du côté des salariés qui parfois enfreignent, il est vrai,
la loi ? Ou bien n’est-elle pas plutôt d’un système économique de plus en
plus injuste qui fait des salariés des quantités négligeables ?
On nous parle de dialogue social,
certes. Mais où est le véritable dialogue social quand des fonds de pension
s’emparent d’un outil industriel, le démembrent et laissent sur le carreau, des
salariés, leurs familles et des régions entières ? Où est le
« dialogue social » quand la seule issue, c’est le montant des
indemnités de départ ?
On nous parle de « gros
bras » ? Mais faut-il être aveugle pour ne pas voir que ces
« gros bras » sont avant tout des pères de famille qui ont souvent
des crédits sur leur maison, ont une famille à nourrir et ne se voient proposer
aucune alternative si ce n’est l’enfermement dans la précarisation et le
salariat kleenex ?
Après la belle victoire de mardi
en faveur de l’égalité, on s’attendait à ce que la gauche continue de redresser
la tête… On s’attendait à un geste en direction de ces salariés. Non pas pour
encourager mais par soucis de concorde civile et sociale, il était utile de
voter cette loi…
Que s’est-il passé entre le vote
au Sénat et le vote en commission à l’Assemblée pour que l’on refuse subitement
cette loi ? Que s’est-il donc passé pour que l’on voit, l’un des leaders
du PS, actuel Ministre des Relations avec le Parlement, spécialiste des
questions sociales et des relations avec les syndicats, annoncer, un peu
emprunté d’ailleurs, le rejet de cette loi ?
Quels gages et à qui a-t-on ainsi
donnés en rejetant cette proposition de loi ? Au MEDEF ? A
Monsanto, puisque les faucheurs d’OGM étaient également concernés ?
J’entrevois déjà les raisons
possibles d’une telle décision : Peut-on demander à la droite de condamner
les violences des anti-mariage gay et amnistier les syndicalistes qui ont
commis des délits ? Faux parallélisme, fausse symétrie. Quelqu’un qui
défend son gagne-pain n’est pas l’équivalent d’un casseur issu d’un groupuscule
d’extrême droite. J’ose espérer qu’on nous épargnera une décision basée sur un
sondage… De grâce !
L’argument de dernière minute sur
les risques d’inconstitutionnalité ne tiennent pas, il y avait tout le temps
dans la navette parlementaire pour corriger cela ou pour amender en commission.
Peut-être, en revanche, doit on
voir dans cette décision l’expression d’un inconscient de visant à aider le
camarade Jean-Luc Mélenchon et sa manifestation du 5 mai…
Cette décision, si elle a
été pensée comme un signal politique, est à l’évidence une faute
politique. Il est encore temps d’éviter la tache indélébile : les
parlementaires socialistes doivent être au rendez-vous !
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