mercredi 3 avril 2013

TENSION AMICALE


Que retiendra-t-on de l’émission télévisée de jeudi soir dernier et des 75 minutes d’entretien entre le Président de la République et David Pujadas ?

 

D’abord, fait largement ignoré, que le quinquennat produit ses effets. On avait imputé au seul Nicolas Sarkozy – qui avait bien des défauts - des changements institutionnels qui doivent beaucoup plus à la logique du quinquennat qu’au très contestable style qui fut le sien. On reproche à tort à François Hollande de se comporter en Premier Ministre, or il est désormais inscrit dans la logique du quinquennat et de la Présidence de la République que le Chef de l’Etat soit, de fait, le Chef du gouvernement.


Cette mort de fait de l’institution primo-ministérielle doit nous inciter à penser différemment l’exercice du pouvoir et à assumer que, désormais, c’est bien le Président de la République qui est en première ligne. Cesseront déjà les mauvais procès faits aux occupants de Matignon...

 

Au-delà  de ce qu’elle a révélé de la question institutionnelle, l’interview du Président a permis d’entrevoir le problème de fond à coté duquel la plupart des commentateurs sont passés. Le Président a  évoqué une « tension amicale » qui existerait entre le gouvernement français et la Chancellerie allemande, tension, on le sait, moins imputable aux traits de caractères de l’un et de l’autre, qu’à des visions clairement différentes.

 

Les choix politiques de Madame Merkel sont liés aux intérêts d’une catégorie de ses concitoyens vieillissants et qui ont, depuis quinze ans, accumulé les excédents au détriment des autres pays de la zone euro. En ne voulant pas remettre en cause cette politique d’austérité et de compressions des coups et des droits sociaux, en maltraitant les peuples de ses pays partenaires, Madame Merkel accomplit une erreur économique, sociale et politique majeure qu’on aurait grand tort de lui laisser commettre plus longtemps.

 

Tension amicale ? Il s’agit, on l’a compris, de dire que, fondamentalement, les intérêts du reste de l’Europe se heurtent à ceux du patronat allemand, relayé par la Chancellerie, alliée pour l’occasion aux riches retraités de son pays et aux pays vieillissants et excédentaires de l’Europe du Nord. On se demande pourquoi David Pujadas n’a pas demandé au Président d’expliquer davantage de quoi il retournait.

 

Car c’est bien désormais de cela qu’il s’agit, faire changer les fondamentaux budgétaires actuels de l’Europe. C’est donc sur le fond un événement politique que, pour la première fois, le Président de la République l’exprime et l’assume. Il pourrait s’agir d’un tournant et d’une démarche nouvelle. Encore faut-il que tout cela soit désormais assumé pour ne pas rester une petite phrase.

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