Que retiendra-t-on de l’émission
télévisée de jeudi soir dernier et des 75 minutes d’entretien entre le
Président de la République
et David Pujadas ?
D’abord, fait largement ignoré,
que le quinquennat produit ses effets. On avait imputé au seul Nicolas Sarkozy
– qui avait bien des défauts - des changements institutionnels qui doivent
beaucoup plus à la logique du quinquennat qu’au très contestable style qui fut
le sien. On reproche à tort à François Hollande de se comporter en Premier Ministre,
or il est désormais inscrit dans la logique du quinquennat et de la Présidence de la République que le Chef
de l’Etat soit, de fait, le Chef du gouvernement.
Cette mort de fait de l’institution primo-ministérielle doit nous inciter à penser différemment l’exercice du pouvoir et à assumer que, désormais, c’est bien le Président de
Au-delà de ce qu’elle a révélé de la question
institutionnelle, l’interview du Président a permis d’entrevoir le problème de
fond à coté duquel la plupart des commentateurs sont passés. Le Président a évoqué une « tension amicale » qui
existerait entre le gouvernement français et la Chancellerie
allemande, tension, on le sait, moins imputable aux traits de caractères de
l’un et de l’autre, qu’à des visions clairement différentes.
Les choix politiques de Madame
Merkel sont liés aux intérêts d’une catégorie de ses concitoyens vieillissants
et qui ont, depuis quinze ans, accumulé les excédents au détriment des autres
pays de la zone euro. En ne voulant pas remettre en cause cette politique
d’austérité et de compressions des coups et des droits sociaux, en maltraitant
les peuples de ses pays partenaires, Madame Merkel accomplit une erreur
économique, sociale et politique majeure qu’on aurait grand tort de lui laisser
commettre plus longtemps.
Tension amicale ? Il s’agit, on l’a compris, de dire que,
fondamentalement, les intérêts du reste de l’Europe se heurtent à ceux du
patronat allemand, relayé par la Chancellerie , alliée pour l’occasion aux riches retraités
de son pays et aux pays vieillissants et excédentaires de l’Europe du Nord. On
se demande pourquoi David Pujadas n’a pas demandé au Président d’expliquer davantage
de quoi il retournait.
Car c’est bien désormais de cela
qu’il s’agit, faire changer les
fondamentaux budgétaires actuels de l’Europe. C’est donc sur le fond un
événement politique que, pour la première fois, le Président de la République
l’exprime et l’assume. Il pourrait s’agir d’un tournant et d’une démarche
nouvelle. Encore faut-il que tout cela soit désormais assumé pour ne pas rester
une petite phrase.
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