Ce courant a en effet professé,
des années durant, une assurance morale pour le moins déconcertante. Cette
gauche c’était un supplément d’âme au système capitaliste, une clause
compassionnelle ou un adjuvant visant à faire passer une conversion jugée
quasi-inéluctable au néolibéralisme. De fait, cette gauche là a, peu à peu,
substitué le sociétal au social et brisé une synthèse qui était le fil rouge de
la gauche française. Elle a soumis la gauche à un ordre des choses
historiquement combattu par le socialisme français.
Ce courant a donc transféré le
combat de la politique à la morale et établi un manichéisme aussi trompeur que
néfaste, pour le débat public, pour la gauche, pour la République ,
transformant le discours en prêche, l’action politique en action de grâce,
s’occupant des exclus et oubliant la réalité des inclus décrits comme des
privilégiés. De surcroît, ils ont prétendu incarner quasi-exclusivement la
morale en en devenant de véritables professeurs. Mettant en avant les
« valeurs », ils ont ainsi adopté une posture quasi religieuse.
Pour cette gauche l’ordre du
monde est ce qu’il est. Ajoutons lui une pincée de compassion pour le rendre
vivable en attendant l’au-delà.
L’Europe a donc été un objet de
culte pour cette gauche. Au lieu de penser Europe politique et Europe sociale,
au lieu de faire du socialisme et de l’Europe deux postulats inséparables et
complémentaires du projet de la gauche française, ils ont projeté sur l’Europe
une vision presque mythique. L’Europe nous apportait la rédemption, pas
l’émancipation. De fait, cette « deuxième gauche » a précipité le PS,
notamment, dans une situation plus que périlleuse. L’Europe forcément bonne par
les buts qui étaient les siens ne pouvait se penser en termes politiques (Quid
des combats pour l’Europe sociale ? la République européenne ?
l’Europe indépendante ?) mais uniquement en termes moraux (Quiconque
s’opposant à la façon dont se faisait l’Europe était forcément un hérétique ne
méritant pas de participer au débat public), traités de tous les noms d’oiseaux
au minimum.
Pendant ce temps, la donne a
changé dans le monde. La globalisation a produit ses effets, la crise est
arrivée, l’Europe est entrée dans l’hiver de l’austérité. A une heure où seule
la politique peut desserrer l’étau qui contraint de plus en plus les peuples,
c’est somme toute une bonne nouvelle que ce courant soit aujourd’hui en crise.
Elle laisse le champ libre à ceux qui veulent une alternative politique,
économique et sociale.
La mission historique de la
gauche, c’est de lutter contre toutes les formes d’oppression. Mais, c’est
d’abord dans le champ économique que les femmes et les hommes de notre pays
sont dominés, assujettis à un système devenu fou et à une logique financière
mortifère. C’est par là qu’il faut commencer et cela passe par assumer un
rapport de forces politique en Europe, contre la CDU de Merkel. En France, c’est la rupture
nécessaire avec un Vème République qui n’en finit plus d’agonir qu’il faut
organiser. Loin de céder à la démagogie, c’est donc vers le projet d’une
nouvelle République qu’il faut tendre. Voilà l’occasion de se mobiliser et
pourquoi pas de le faire le 13 mai prochain en manifestant tous ensemble pour
une 6ème République ?
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