mercredi 18 novembre 2009

Ma participation aux rencontres sur l'école du Rassemblement social, écologique et démocrate

J'avais prévu, dès ma décision prise de participer aux rencontres sur l'école du Rassemblement social, écologique et démocrate, de faire une note sur ce blog au sujet de mon intervention. Je n'avais pas alors deviné le tour médiatique qu'allait prendre cette initiative. On m'a invité pour travailler sur les violences scolaires, ce que j'ai fait ; c'était utile et intéressant, et cela a donné lieu à un bon échange avec les participants et les autres intervenants, qui aurait bien pu durer une heure de plus.

Voilà en substance ce que j'ai développé. Il y a à la fois une montée de la violence, et une instrumentalisation de la violence. Cela n'est pas neutre : l'anxiété générale crée un besoin de sécurité, et donc un marché (au sens le plus économique du terme) de la sécurité. On constate par exemple, sur le terrain, une véritable explosion des budgets de vidéo-surveillance, de manière générale mais aussi tout particulièrement dans le monde scolaire. Les chefs d'établissement qui suivent cette tendance y sont souvent poussés par la communauté éducative, elle-même sous l'emprise de la peur ambiante. On aura bien compris que ce « marché de la sécurité » a besoin de la peur, et de sa mise en spectacle, pour tourner à plein régime ... Le débat sur les violences à l'école est donc tout sauf un débat purement scolaire : c'est un débat éminemment politique.

Nos sociétés, c'est une évidence, sont très conflictuelles. Mais elles ne savent pas, ou plus, éduquer à la canalisation et à la gestion des conflits. En conséquence de quoi elles les subissent, elles les dramatisent, et elle les mettent en spectacle. C'est en ce sens que je parle depuis quelques années d'un « siècle de la peur ». La diffusion et la manipulation des peurs est un élément fondamental pour comprendre notre monde. Dans le domaine scolaire, par exemple, elles sont directement responsables de la volonté d'un nombre croissant de parents d'inscrire leurs enfants dans le privé, créant et renforçant de facto un circuit scolaire parallèle à l'Education Nationale.

Cela n'est pas inéluctable, et le travail pour changer cet état de fait commence dès l'école, et dès cette question des violences scolaires. Au Québec, souvent en pointe sur ces questions, on organise l'éducation à la gestion de conflits dès l'école primaire. Dans chaque classe, un enfant est nommé correspondant et médiateur avec les autres élèves et l'enseignant ; il prévient le professeur en cas de problème, apprend à gérer ce type de situation. La sanction n'est pas automatique et elle est toujours précédée d'une concertation entre les protagonistes de l'incident. Avec un tel système, l'angoisse est considérablement diminuée, puisqu'elle est directement intégrée et prise en compte dans l'éducation. En France, inversement, on bunkerise le système éducatif, qui, c'est à souligner, a aussi une part de responsabilité dans la violence. L'institution scolaire est violente, en cela qu'elle fabrique de l'échec scolaire, et qu'elle enferme dans un système inadapté des élèves qui ont le sentiment de faire des études pour rien, et de simplement attendre d'être ensuite relégués dans la précarité ou le chômage. Il faut que tous les acteurs concernée affrontent cet état de fait en face, plutôt que de se lancer dans une fuite en avant anxiogène, qui alimente le cercle vicieux de la peur et de la sécurisation. Vaincre la peur, c'est aussi refaire de l'Ecole cette deuxième maison conviviale, dans laquelle les enfants devraient se sentir au minimum aussi bien que chez eux.

J'ai in fine proposé, donc, de remettre l'éducation au respect et contre la violence au coeur du projet éducatif, et surtout de considérer que les jeunes doivent être les premiers (car meilleurs) acteurs contre la violence, et qu'il faut les mobiliser pour parler aux autres jeunes. Il faut donc travailler à les responsabiliser, en en faisant une partie intégrante du dispositif de lutte contre la violence. Il faut également, en parallèle, constituer des dispositifs sociaux de détection et de traitement précoces des enfants violents, car la précocité de l'intervention diminue de beaucoup le risque de récidive.

Voilà pour ce que j'ai dit. Je tiens par ailleurs à saluer le travail fait par les organisateurs de ces rencontres, qui rejoignent complètement les idées que je défends depuis plusieurs années sur la nécessité d'une coalition arc-en-ciel, et les moyens d'y parvenir. Le sondage paru hier sur cette initiative suffit à démontrer, je crois, combien elle est plébiscitée par le peuple de gauche et tous les progressistes. Servir la gauche, c'est se mettre au service de ce travail ; en politique, rien n'appartient à personne. L'honneur des militants politiques, c'est d'être des hommes et femmes libres, et non des soutiens exclusifs de telle ou telle personnalité.

Julien Dray

P.S. Certains resteront sur leur faim au regard des rebondissements des derniers jours et dernières heures. Mais comme pour ma part je respecte le travail effectué samedi, je voulais d’abord parler de lui, et de lui seul. Le reste viendra en son temps.

Compte-rendu de l'intégralité de l'atelier violences scolaires ici


3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Julien!
Merci pour ce compte-rendu.
j'ai relevé ta dernière phrase:
"... L'honneur des militants politiques, c'est d'être des hommes et femmes libres, et non des soutiens exclusifs de telle ou telle personnalité."
J'aurais aimé jusqu'à "libres", parce que je partage absolument cet avis.
Mais si tu ajoutes le reste; c'est que tu embrayes sur le fait qu'interdiction a été faite à Ségolène Royal de venir à ces rencontres ouvertes à tous.
Je pense que servir la Gauche, c'est respecter une certaine éthique en politique; c'est respecter les militants; ne pas les manipuler pour les entraîner dans des aventures dont ils ignorent le contenu, c'est respecter ses camarades.
C'est Royal qui a porté la Motion E à Reims, c'est elle qui a porté "L'Espoir à Gauche", c'est elle qui incarne nos attentes,c'est autour d'elle que nous allons nous rassembler.On ne lui volera pas ses droits au sein de sa motion comme Aubry lui a volé son poste de Première Secrétaire et comme ils lui ont fait perdre les élections en 2007. Royal n'est pas la serpillière du PS.
Il serait souhaitable que Peillon se calme. s'il y a encore des hommes au PS, il faut qu'ils lui demandent de se calmer.Mon fils m'a dit que si Ségolène avait été sa mère, il n'aurait pas laissé Peillon l'insulter de la sorte, comme il regrette de ne pas pouvoir en venir aux mains avec Royal, lui serait allait le trouver pour qu'ils en viennent aux mains.Comportement excessif et outrageant pour un responsable politique, élu en plus par moi qui ai fait sa campagne électorale de jour comme de nuit pensant que nous étions solidaires dans une même motion!

Marie F a dit…

Sans école, aucun avenir ! C'est de l'école dont dépend l'avenir de beaucoup d'enfants, principalement des plus défavorisés.
Bravo pour cette participation.
Bon courage à vous.
Cordialement.

Anonyme a dit…

Bravo pour ce que vous êtes, honte à l'apareil PS qui vous "écarte"
de la liste régionale, vous devez vraiment être génant..., alors qu'ils devraient utiliser vos analyses, et compétences, quel gachis.
Vous êtes quelqu'un de bien, continuez, nous, nous avons besoin de vous lire. Merci.Votre livre est particulierement instructif...