En ce moment, la candidature socialiste traverse ce type de moment. C'était prévisible : l'après-primaires à gérer d'une part, le sombre contexte économique et financier d'autre part, rendaient peu probable une continuation sans anicroches de l'euphorie de la désignation. Mais le fait est que le cumul de ces facteurs contribue à générer un doute, une incertitude, au sein d'un peuple de gauche dont on ne peut pas par ailleurs douter de la volonté d'empêcher un deuxième mandat de Nicolas Sarkozy.
Peuple de gauche – peuple tout court. Classes moyennes, classes populaires, ouvriers, employés, fonctionnaires, cadres intermédiaires … Ils peuvent se mobiliser pour la gauche et autour du candidat socialiste. Mais il faut pour ce faire leur parler, et en faire la priorité de la campagne. Une élection ne se construit jamais sur le seul rejet du sortant. Mitterrand en 1981, c'est l'espoir de changer la vie. Mitterrand 1988, l'espoir du retour à la gauche originelle, de la rupture avec l’État RPR, la libéralisation. Jospin 1997, l'espoir de la réduction du temps de travail. L'espoir. C'est cet espoir que nous avons besoin de lever si nous voulons l'emporter en 2012, quelle que soit par ailleurs la dureté de la situation économique.
C'est le moment de travailler à cela, de donner un sens au vote socialiste. D'expliquer en quoi le bulletin François Hollande portera un engagement fort en direction de la répartition des profits, de la qualité du service public, de la réforme fiscale, du pouvoir d'achat, de la réduction des inégalités et de l'insécurité.
De répondre par avance à la question sur laquelle repose, au fond, tout choix électoral, toute décision d'aller voter ou de rester chez soi le jour du vote : « qu'est-ce que cela va changer pour moi de mettre ce bulletin dans l'urne ? ». Si la réponse à cette question n'est pas claire, alors l'abstention sera forte en 2012, forte notamment au sein des classes populaires et moyennes. La gauche ne peut en aucun cas s'en réjouir. Ni croire que cela ne rejaillirait pas sur son propre résultat.
Si cette clarification n'est pas faite, tout deviendra possible, et surtout le pire. Un peuple hanté par le déclassement et l'angoisse du lendemain peut ne pas aller voter, mais aussi se jeter dans des votes extrêmes. C'est aussi dans ces deux impasses que peut le pousser le spectacle de partis politiques qui passent leur temps à s'agonir d'injures, à se renvoyer à la figure des accusations de corruption, de triche, de malhonnêtetés. C'est pour cela qu'il faut éviter la facilité (apparente) de la bataille de « snipers » entre candidats. Le durcissement du ton est la meilleure façon de ne pas parler du fond, et de se laisser entraîner sur le terrain de la droite, qui a tout à gagner à pourrir le « match » et à éviter un débat politique sérieux.
Les toutes prochaines semaines sont le moment où jamais pour parler clairement au peuple et répondre à la droite populaire par une gauche populaire. C'est la condition nécessaire et suffisante pour mettre un coup d'arrêt au poison du doute, qui se répand plus vite que jamais en période présidentielle.
Julien Dray
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire