jeudi 5 janvier 2012

Nouvelle année, grandes responsabilités

Je ne saurais commencer ce premier billet de 2012 sans vous adresser, et tout particulièrement à ceux d'entre vous à qui je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire de vive voix ou sur les réseaux sociaux, mes meilleurs vœux pour la nouvelle année. Puisse-t-elle apporter bonheur, santé et réussites à vous et à vos proches. Nous allons avoir, dans les prochains mois, fréquemment l'occasion de nous parler ici, vu l'importance et les enjeux des élections nationales qui se préparent en France. Elles portent d'ailleurs mal leur nom, en l'occurrence, tant la gravité de la crise que nous traversons leur donne naturellement une dimension européenne et internationale. Les résultats de la présidentielle et des législatives pèseront lourd en dehors de nos frontières : ils constitueront soit le tremplin pour une inflexion nette de la construction européenne, sociale et démocratique, et le point de démarrage pour une nouvelle dynamique de la gauche européenne ... soit une défaite supplémentaire de cette dernière. Défaite qui avaliserait de fait le directoire "Merkozy" et accélérerait un peu plus encore la fin de l’État Providence construit après guerre.


La victoire n'est donc pas une option, mais un impératif vital. Nous pouvons l'obtenir, comme je l'ai toujours dit, à trois conditions.


Tout d'abord, faire l'unité de notre camp, et créer les conditions d'un grand rassemblement de Français au second tour de l'élection présidentielle. La campagne de 2007, sans parler de celle de 2002, a échoué à construire ces unités successives. Aujourd'hui, malgré le bel élan populaire des primaires, le risque demeure. Pas tant d'ailleurs par la multiplication de candidatures à gauche, que par le clivage que certains tentent de construire, la crise aidant, entre "gauche modérée" et "gauche radicale". Il faut être extrêmement attentif à ce danger, qui constituerait une régression terrible par rapport à l'héritage mitterrandien de l'union de la gauche. A cet égard, le candidat socialiste ne doit pas abandonner le terrain des luttes sociales à ses concurrents de gauche, et doit en revanche faire les gestes qui permettent de rassurer les électeurs qui pourraient être tentés par un vote contestataire de gauche. La réalisation d'un haut score dès le premier tour est envisageable à cette condition.


Deuxièmement, ne pas en venir à croire qu'une campagne présidentielle n'est qu'une confrontation entre deux hommes, un mano a mano exclusif. Une présidentielle se joue d'abord face au peuple. La mécanique médiatique favorise la mise en scène d'un duel, mais ce petit jeu peut accoucher de cruelles surprises, comme en 2002, alors que l'on n'envisageait même pas d'autre scenario que celui d'un Chirac-Jospin au deuxième tour. Si dialogue il doit y avoir, c'est avec les citoyens. Ce qui implique, conjointement, de fuir la facilité de la bataille d'invectives et de petites phrases avec le camp adverse.


Troisièmement, se méfier des scénarios prétendument inexorables, de la clémence des sondages et des milieux dominants. Le jour J, il faut donner l'envie aux citoyens qui nous sont favorables d'aller effectivement voter pour nous. Et pour y arriver, il n'y a qu'une solution : un projet mobilisateur, bien entendu réaliste, mais qui marque cependant une rupture claire avec la situation actuelle et les 5 ans de sarkozysme, 10 ans de droite. Emploi, pouvoir d'achat, formation ... autant de thématiques qui requièrent des engagements de campagne forts et compréhensibles du plus grand nombre.


Il est d'autant plus fondamental de suivre ce triptyque que le calendrier de fin de mandat de Nicolas Sarkozy, tel que nous commençons à le connaître, est redoutablement conçu. Sommet pour l'emploi où l'on fera exploser le CDI, puis débat sur la TVA sociale, puis élaboration du nouveau traité européen ... C'est la droite qui va dicter l'agenda médiatico-politique et contraindre la gauche à lui courir après, si elle n'est pas solide sur ses bases. Le tout dans le but de renvoyer les socialistes soit à une image d'archaïsme, soit à une suspicion d'absence d'idées. Et aussi d'éviter la phase du bilan du quinquennat, en occupant les dernières semaines avant le vote par de nouvelles propositions sarkozystes passant sous silence les échecs passés. Un énième "j'ai changé".


Au bout du compte, la force va toujours à la force. Le candidat qui donnera l'impression de savoir où il va, d'avoir une vision claire de l'avenir du pays, agrégera autour de lui les forces à même de devenir majoritaires le Jour J. Les toutes prochaines semaines seront pour cela décisives.


Julien Dray

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