jeudi 12 janvier 2012

Carnet de campagne : exemple espagnol, menace hongroise

Faut-il un programme pour gagner ?

La campagne présidentielle se précise, les Français commencent à s'y intéresser et en parler plus directement, et les Etats-majors des candidats se trouvent confrontés à des choix capitaux, sur le tempo et le fond de leur projet. Le dévoiler un peu, ou beaucoup ? Vite, ou au contraire en attendant que la date du scrutin approche ? Sur ce sujet, certains évoquent désormais l’exemple des dernières élections législatives espagnoles, et de la stratégie gagnante de la droite ibère, qui aurait vaincu, justement, sans rien promettre, ou plus exactement en annonçant qu’elle prendrait les décisions qu’il faudrait, quand il le faudrait, dans le contexte économique et financier délétère que nous connaissons. Le même constat valant toutes choses égales par ailleurs pour le Portugal.

Appliquée au cas français, cette analyse conduit à miser beaucoup sur la mécanique naturelle de l’alternance, à affirmer – par souci d’honnêteté – qu’il serait dangereux de se lancer dans de trop grandes promesses intenables, et qu’il faut surtout surfer sur le fait que la droite est arrivée à bout de souffle, au bout du cycle Sarkozy, et que la France veut respirer.

Cette analogie achoppe sur sa partie étrangère : en vérité, si la gauche espagnole s’est faire balayer, c’est surtout parce qu’elle n’a pas livré bataille. Craignant peut-être une papandréouïsation, refusant d’assumer les mesures qu’il leur faudrait peut-être prendre, les socialistes locaux ont intégré la défaite et passé leur tour. Triste exemple d’impuissance de la social-démocratie face à la crise. C’est donc au contraire en prenant la démarche inverse, en impulsant une nouvelle politique très claire face à cette crise, qu’elle peut l’emporter dans d’autres pays, et donc en France. Celle-ci pouvant devenir le point d'inversion de la tendance. Une nouvelle politique très claire qui ne soit pas purement faite d'invocations, bien sûr, mais qui concrétise une volonté de justice et d'humanisme.

Et pendant ce temps, en Hongrie …

A la crise de la social-démocratie européenne – dans combien de pays du vieux continent est-elle encore au pouvoir ? – s’ajoute la montée insidieuse, en Hongrie, d’une forme d’autoritarisme et d’anti-démocratie que l’on croyait appartenir aux livres d’histoires. Et cela dans la plus parfaite inaction des autres pays membres de l’UE. Le moindre frémissement des Agences de notation semble avoir plus d’effet sur le directoire Merkozy … Une Europe qui tient plus à ses marchés qu’à ses peuples ?


Julien Dray

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