mardi 30 octobre 2012

La droite joue la crise.

Revendications du patronat en pleine page du Journal du dimanche, annonce de manifestations du « peuple de droite », chantage des « pigeons », hystérisation du débat sur le mariage pour tous, pas de doute : la droite se déchaine ! Regardons un peu notre histoire (relativement) récente : la droite a manifesté en 1984 en faveur de l’Ecole privée, elle a aussi manifesté le 30 mai 1968 en constituant un immense cortège de la trouille face à la « chienlit ». Je n’irai pas jusqu’à rappeler la manifestation du 6 février 1934 mais… on ne saurait écarter une nouvelle évolution historique de la droite française. Elle conteste la légitimité du gouvernement. Du « Bloc identitaire » à la droite de Copé, désormais, on affirme qu’on ne se reconnait pas dans la Présidence Hollande. Ce procès en illégitimité est grave. Il préfigure un avenir de luttes violentes.

La droite développe un pragmatisme confinant au cynisme le plus absolu. Elle se sert des questions sociétales comme d’un levier pour faire avancer son discours libéral. Copé ou Fillon participent d’une radicalisation très nette de la droite française. Le Front national fait pression, les groupuscules identitaires servent d’aiguillon et l’agitation médiatique sur les « pains au chocolat » ou les « manifestations de droite » créent un bouillon de culture droitier particulièrement foisonnant.

Fait nouveau, la droite française se comporte comme les droites latino-américaines. Elle prétend désormais tenir la rue. Elle se radicalise chaque jour. Il y a de quoi s’inquiéter de cette évolution. Il s’agit maintenant de savoir comment répondre à cette évolution…

 Pour qui a vécu le Congrès de Toulouse de l’intérieur, le résultat peut sembler satisfaisant. L’ambiance n’y était pas mauvaise et même plutôt bonne si on la compare à d’autres congrès du même type. L’unité est là mais il faut sortir de cette bulle et regarder le pays tel qu’il est, prendre la mesure de son immense malaise.
Pour répondre à l’immense angoisse de la société française, il faut une politique économique alternative et une politique sociale ambitieuse. C’est à cette condition que la gauche peut engager le combat culturel contre la droite.

Si la gauche se refusait à mener cette politique économique alternative, elle se priverait de la force d’une société mobilisée qui pourrait mettre en pièce l’arsenal droitier. Le risque aujourd’hui c’est de s’en remettre à un activisme sociétal quasi-exclusif, sur lequel nous pouvons penser avoir une longueur d’avance sur les droites mais qui reste fragile. L’essentiel des interventions de Toulouse étaient d’ailleurs sociétales alors qu’il s’agit d’un terrain incertain sur lequel nous ne pourrons véritablement avancer que si nous mettons en place des politiques parallèles et complémentaires d’émancipation économique, sociale et sociétale.

La gauche pourrait commettre une erreur fondamentale : se couper d’un bloc sociologique majoritaire dont elle refuserait, par la force des choses, d’incarner les aspirations à l’égalité de notre société. Or, notre pays vit une crise majeure. Des pans entiers de notre industrie sombrent. Des pans entiers de notre société doutent et demandent des réponses économiques et sociales. Les fractures territoriales se développent et, avec, de béantes fractures entre peuple et élites.

C’est une offensive sociale qu’il faut mener et pas une guerre d’escarmouches sociétales.

La course de fond entre gauche et droite pour la domination culturelle du pays risque, si on n’y prend garde, de se trouver transformée en une course poursuite où la gauche serait une proie de la droite.

Il est temps d’engager la reconquête culturelle du pays, sur une base d’émancipation économique et sociale. Il y a urgence.

Aucun commentaire: