mercredi 10 octobre 2012
Négation, évitement, affolement : une non-stratégie face à l’islamisme radical.
Après la terrible affaire Merah, les arrestations du dernier week-end interrogent sur l’ampleur du phénomène islamiste radical dans nos sociétés et sur l’impact qu’il peut avoir sur le débat public. Plusieurs attitudes cohabitent dans le traitement de ce problème : la négation, l’évitement et l’affolement.
Il y a d’abord ceux qui nient. Non, il n’y aurait pas d’islamisme radical. Brebis égarées et loups solitaires ne sauraient être traités comme un problème à part entière de notre société. Cette négation du problème est le fruit de ceux qui préfèrent flatter leur conscience avec leur indignation devant ceux qui posent un problème. Il convient donc de définir le problème sans camoufler la réalité. Il s’agit malheureusement d’une radicalisation qui concerne plusieurs centaines ou milliers d’individus, qui prennent en otage et interdisent de parole des pans entiers de la population de nos quartiers.
Il y a aussi ceux qui évitent le problème. La stratégie d’évitement consiste à reporter exclusivement sur la crise sociale les raisons de la percée de l’islamisme radical. Un cocktail explosif détermine en fait la situation dans laquelle nous nous trouvons : ghettoïsation de certains quartiers, ségrégation spatiale et sociale, discriminations. Il y a aussi, à mesure que les effets de la mondialisation se font sentir, des effets de rétractations identitaires assez forts, constatés dans d’autres pays. A cela s’ajoute un développement du grand banditisme qui prend racine dans une délinquance née d’abord de l’énorme marché du trafic de stupéfiants – et de l’échec de la politique de prohibition - et sur un trafic d’armes devenu désormais endémique. Ce cocktail explosif doit être désamorcé mais il va nécessiter un travail sérieux et suivi qui ne relève pas des BAC ni des brigades de containment et pas non plus d’une justice aveugle.
Il y a enfin ceux qui s’affolent. Convulsionnaires, ils pointent du doigt les croyants (ou supposés tels) d’une religion invoquant des affaires de pains au chocolat ou d’horaires réservés dans les piscines… En essentialisant l’islam et en le rapprochant d’un phénomène politique bien particulier qu’est l’islamisme radical, certains, par les amalgames qu’ils opèrent, rendent la situation plus compliquée encore. Le cercle vicieux engagé par l’affolement de certains responsables politiques risque de rendre la situation de moins en moins contrôlable. La politique de l’outrance doit être combattue vigoureusement mais elle ne peut l’être qu’à partir d’une reconnaissance du problème et non d’une indignation morale.
Notre République doit se refonder. Désamorcer les phénomènes identitaristes, maintenir la pression sur l’islamisme radical, retrouver le sens de l’égalité, rappeler à chacun ses droits et ses devoirs et ainsi le sens que revêt une loi juste, redéfinir un commun entre tous les enfants de ce pays, voilà une feuille de route exigeante pour notre République mais qui passera désormais que par des actes.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire