La loi des suspects.
Huit jours après, ils sont absents des écrans… Raison de plus pour revenir sur cet épisode médiatico-judiciaire…
Des hommes exposés à la lumière des caméras, sous la garde de policiers, des journalistes en embuscade, des crépitements de flashs et des directs sur les chaines d’informations. Les images en rappellent d’autres. Une onde de choc morale sème la désolation dans des vies, dans des familles, dans des carrières sportives. Hier star adulées, les voilà conspués. Il ne manquait que le twitt d’un policier : « Je viens d’arrêter @nkarabatic » pour compléter une tragi-comédie au cours de laquelle se scellent pourtant les destins de femmes et d’hommes.
Lieu commun que de dire que la présomption d’innocence est, une fois de plus, bafouée ? Peut-être. Mais observons la situation. Une garde à vue médiatisée, des chiffres parcellaires exhibés à la presse, des éléments épars du dossier judiciaire manifestement distillés avec soin : le bûcher cathodique est activé par le petit bois de la rumeur.
La société « s’empare » du cas Karabatic. On s’interroge sur l’état de la « morale » dans le sport. Des débats sont organisés sur les plateaux. La chute de ces hommes abondamment commentée par les chroniqueurs de tous horizons. Toute la société, prise d’une frénésie purificatrice, attend le passage des condamnés pour la place de grève.
Pour l’heure, rappelons-le, il n’y a pas la moindre preuve que le match en question ait été truqué.
Un système basé sur l’obtention d’aveux, un goût immodéré de la société pour les déchéances spectaculaires, une actualité transformée en une rafale de micro-informations peu soumises à l’exigence du recul et voilà le résultat. Le vrai procès, s’il a seulement lieu, n’y changera rien ou si peu, on vient de voir se dérouler sous nos yeux un véritable procès en sorcellerie.
Le propre des chiffres est qu’on peut tout leur faire dire. Rien n’est plus traitre, dans ce genre d’affaires, que la litanie de chiffres décontextualisés et les fuites organisées. Le tapis de bombes médiatiques s’abat sur des hommes qui, s’ils ont des avocats et des droits face à la justice, sont, par la force des choses, assez démunis face à la puissance médiatique.
C’est peut-être un des effets de la crise que de voir se développer des phénomènes morbides de ce type, de chercher la pureté et de sombrer dans une fièvre moralisatrice.
Pour l’heure, il est urgent de laisser la justice travailler, dans la sérénité et en préservant le secret de l’instruction. Cela doit être la principale exigence des citoyens dans cette affaire, qui ne doit pas se régler sous l’œil des caméras mais, s’il y a lieu, dans le calme d’un Palais de Justice… et il appartient aux responsables politiques de le faire savoir.
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