Dans leur diversité, les pays du
monde arabe sont à un tournant. Les révolutions enclenchées début 2011 sont un
processus, dont l’issue n’est pas écrite d’avance. Rien ne prédestine les pays
du monde arabe à être écarté du chemin de la démocratie. Rien non plus, hélas,
n’empêche d’imaginer l’arrivée au pouvoir d’un parti de l’ordre islamiste.
En Tunisie, deux sociétés
s’affrontent et les islamistes sont divisés. En Egypte, Mohammed Morsi tente
d’établir un régime islamiste tandis que les secteurs démocrates de la société
tentent de lui résister. En Syrie, l’Armée Syrienne Libre est rongée par les
milices salafistes. Chaque pays est un cas particulier. Mais tous ont en commun
de vivre un moment de bascule.
Jamais, depuis les années 1950,
le mouvement nationaliste arabe ne s’est appuyé sur la démocratie. Dans aucune
de ses versions, il n’a été capable de mettre la démocratie au service de son
projet politique. De là vient sans doute son échec historique et l’émergence de
l’islamisme comme incarnation des déshérités.
Les insurrections démocratiques
ont d’abord avancé des revendications en termes de droits fondamentaux et
réclamé des assemblées constituantes. Les processus électoraux ont donné la
majorité à des mouvements implantés socialement mais nullement désireux
d’envisager un autre destin pour leur pays que celui qu’ils estiment devoir
être inspiré d’une interprétation littérale de la religion. Force est de
constater que ces mouvements sont forts politiquement car ils se sont substitué
à des Etats défaillants sur le plan social. Les plus déshérités, les victimes
de l’analphabétisme aussi, les populations plus conservatrices, heurtées par la
modernisation de leurs pays, sont le socle de ces mouvements.
Mais tout processus
révolutionnaire comporte une phase où la révolution démocratique peut s’approfondir
– ce qu’un vieux monsieur avec appelé la
révolution permanente– ou bien être victime d’une réaction autoritaire, celle
qui fait succéder à l’espoir démocratique un régime fondé sur le maintien de
l’ordre, appelé à prendre ici le visage d’une forme ou d’une autre d’islamisme
radical. Cette façon de mettre un terme aux révolutions porte un nom :
Thermidor.
Lorsque l’Europe du Sud a connu
sa transition démocratique, les partis socialistes et sociaux-démocrates du
reste de l’Europe les ont aidés. Cette fois, il semble que l’Internationale
socialiste ne dise mot. Aide-t-on concrètement les démocrates ? Aide-t-on
les progressistes ? Où sont les rassemblements de soutien ? Quels
moyens matériels va-t-on mettre à disposition des démocrates de ces pays ?
Il ne s’agit pas de pratiquer de l’ingérence ou de nommer des gouvernements
mais d’aider le cheminement de ceux qui veulent bâtir des systèmes
démocratiques dans leur pays. Nous sommes aux cotés des femmes qui veulent
assumer librement leur destin, des citoyens de ces pays qui veulent des
constituantes démocratiques et nous ne le pensons pas du bout des lèvres. Il s’agit
de donner sa force à l’universalisme non pas d’un modèle mais de principes.
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