vendredi 14 décembre 2012

#Egypte, #Tunisie : Thermidors islamiques ?




Dans leur diversité, les pays du monde arabe sont à un tournant. Les révolutions enclenchées début 2011 sont un processus, dont l’issue n’est pas écrite d’avance. Rien ne prédestine les pays du monde arabe à être écarté du chemin de la démocratie. Rien non plus, hélas, n’empêche d’imaginer l’arrivée au pouvoir d’un parti de l’ordre islamiste.

En Tunisie, deux sociétés s’affrontent et les islamistes sont divisés. En Egypte, Mohammed Morsi tente d’établir un régime islamiste tandis que les secteurs démocrates de la société tentent de lui résister. En Syrie, l’Armée Syrienne Libre est rongée par les milices salafistes. Chaque pays est un cas particulier. Mais tous ont en commun de vivre un moment de bascule.

Jamais, depuis les années 1950, le mouvement nationaliste arabe ne s’est appuyé sur la démocratie. Dans aucune de ses versions, il n’a été capable de mettre la démocratie au service de son projet politique. De là vient sans doute son échec historique et l’émergence de l’islamisme comme incarnation des déshérités.

Les insurrections démocratiques ont d’abord avancé des revendications en termes de droits fondamentaux et réclamé des assemblées constituantes. Les processus électoraux ont donné la majorité à des mouvements implantés socialement mais nullement désireux d’envisager un autre destin pour leur pays que celui qu’ils estiment devoir être inspiré d’une interprétation littérale de la religion. Force est de constater que ces mouvements sont forts politiquement car ils se sont substitué à des Etats défaillants sur le plan social. Les plus déshérités, les victimes de l’analphabétisme aussi, les populations plus conservatrices, heurtées par la modernisation de leurs pays, sont le socle de ces mouvements.  

Mais tout processus révolutionnaire comporte une phase où la révolution démocratique peut s’approfondir  – ce qu’un vieux monsieur avec appelé la révolution permanente– ou bien être victime d’une réaction autoritaire, celle qui fait succéder à l’espoir démocratique un régime fondé sur le maintien de l’ordre, appelé à prendre ici le visage d’une forme ou d’une autre d’islamisme radical. Cette façon de mettre un terme aux révolutions porte un nom : Thermidor.

Lorsque l’Europe du Sud a connu sa transition démocratique, les partis socialistes et sociaux-démocrates du reste de l’Europe les ont aidés. Cette fois, il semble que l’Internationale socialiste ne dise mot. Aide-t-on concrètement les démocrates ? Aide-t-on les progressistes ? Où sont les rassemblements de soutien ? Quels moyens matériels va-t-on mettre à disposition des démocrates de ces pays ? Il ne s’agit pas de pratiquer de l’ingérence ou de nommer des gouvernements mais d’aider le cheminement de ceux qui veulent bâtir des systèmes démocratiques dans leur pays. Nous sommes aux cotés des femmes qui veulent assumer librement leur destin, des citoyens de ces pays qui veulent des constituantes démocratiques et nous ne le pensons pas du bout des lèvres. Il s’agit de donner sa force à l’universalisme non pas d’un modèle mais de principes.

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