vendredi 7 décembre 2012

#Florange : nationalisation offensive ou nationalisation compassionnelle ?




Le combat des salariés de Florange est un noble combat. Il l’est parce que ces hommes défendent leur emploi, leurs familles, leur région. « Vivre et travailler au pays » disait-on il y a bien longtemps. Mais il est surtout un noble combat parce qu’il vise à préserver la vocation de grande puissance industrielle de notre pays…

Quel que soit le montant du coût d’une nationalisation du site de Florange, c’est au regard de l’investissement pour l’avenir qu’il faut le juger. Partisans et opposants à la nationalisation ont, au sein du gouvernement, un postulat de départ : celui du socialisme compassionnel. C’est un postulat erroné. C’est lui qui nourrit le renoncement car il valide l’idée d’un inéluctable déclin industriel.

Une politique industrielle ne peut consister en une succession d’actions de pompier volant qui tenterait d’éteindre, l’un après l’autre, chaque embrasement social aux quatre coins de notre pays. La reconquête industrielle ne peut survenir que de choix clairs en matière de filières à protéger et à développer. La reconquête industrielle doit s’appuyer sur nos points forts en recherche et développement pour fixer des projets sur le long terme. Or, cette mise en avant de filières industrielles, ces choix de long terme, on ne le voit pas.

Chaque jour qui passe la stratégie financière de Monsieur Mittal fait pièce aux velléités du gouvernement français, qui, privé  quant à lui de stratégie, en est encore à ergoter sur les nationalisations de 1982 (qui du reste ont permis à notre tissu industriel de résister plus longtemps par les restructurations qu’elles avaient opérées). Ce nombrilisme laisse le champ libre à Monsieur Mittal pour infliger humiliations et camouflets à des dirigeants qui sont dans l’urgence sociale, là où il faudrait être dans la stratégie industrielle et économique, à moins qu’on ne se laisse aller à penser que le réalisme économique consiste à accompagner l’extinction de grands sites industriels.

Ainsi devient-il évident et urgent d’avoir une politique industrielle qui ne consiste pas en une suite de déclarations plus ou moins opportunes, de renoncements face aux puissances financières et d’élucubrations comptables qui s’avèreront, dans ce domaine au moins, toujours contre-productives mais en l’affirmation de choix clairs, adossés à des stratégies financières et à des projets sérieux. C’est ainsi que peuvent se construire de nouveaux partenariats. Ici comme ailleurs la force va à la force à condition que ce soit une stratégie affirmée et revendiquée et pas une somme de rustines.

En l’espèce, est-on capable de produire de l’acier avec de nouvelles méthodes plus propres ? Est-on capable de reconquérir des marchés à l’international ? Est-on capable d’insérer ces hauts-fourneaux dans une filière plus vaste ? A-t-on les moyens d’en faire une filière compétitive, propre, structurante et d’avenir ? Si un tel projet industriel peut voir le jour, alors, sans hésiter, l’Etat doit être le fer de lance d’une avancée industrielle dans ce domaine.

La nationalisation temporaire a vocation a recréer un outil industriel. Ce n’est pas un moyen de mettre sous cloche un problème avant de s’en décharger sur quelqu’un d’autre. C’est un outil de la puissance publique pour agir sur notre tissu industriel et pas un jeu de mistigri… Sans doute l’hypothèse de la nationalisation temporaire de Florange a-t-elle souffert d’un manque certain d’ambition industrielle.
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