Le combat des salariés de
Florange est un noble combat. Il l’est parce que ces hommes défendent leur
emploi, leurs familles, leur région. « Vivre et travailler au pays »
disait-on il y a bien longtemps. Mais il est surtout un noble combat parce
qu’il vise à préserver la vocation de grande puissance industrielle de notre
pays…
Quel que soit le montant du coût
d’une nationalisation du site de Florange, c’est au regard de l’investissement
pour l’avenir qu’il faut le juger. Partisans et opposants à la nationalisation
ont, au sein du gouvernement, un postulat de départ : celui du socialisme
compassionnel. C’est un postulat erroné. C’est lui qui nourrit le renoncement
car il valide l’idée d’un inéluctable déclin industriel.
Une politique industrielle ne
peut consister en une succession d’actions de pompier volant qui tenterait
d’éteindre, l’un après l’autre, chaque embrasement social aux quatre coins de
notre pays. La reconquête industrielle ne peut survenir que de choix clairs en
matière de filières à protéger et à développer. La reconquête industrielle doit
s’appuyer sur nos points forts en recherche et développement pour fixer des
projets sur le long terme. Or, cette mise en avant de filières industrielles,
ces choix de long terme, on ne le voit pas.
Chaque jour qui passe la
stratégie financière de Monsieur Mittal fait pièce aux velléités du
gouvernement français, qui, privé quant
à lui de stratégie, en est encore à ergoter sur les nationalisations de 1982
(qui du reste ont permis à notre tissu industriel de résister plus longtemps
par les restructurations qu’elles avaient opérées). Ce nombrilisme laisse le
champ libre à Monsieur Mittal pour infliger humiliations et camouflets à des dirigeants
qui sont dans l’urgence sociale, là où il faudrait être dans la stratégie
industrielle et économique, à moins qu’on ne se laisse aller à penser que le
réalisme économique consiste à accompagner l’extinction de grands sites
industriels.
Ainsi devient-il évident et
urgent d’avoir une politique industrielle qui ne consiste pas en une suite de
déclarations plus ou moins opportunes, de renoncements face aux puissances
financières et d’élucubrations comptables qui s’avèreront, dans ce domaine au
moins, toujours contre-productives mais en l’affirmation de choix clairs,
adossés à des stratégies financières et à des projets sérieux. C’est ainsi que
peuvent se construire de nouveaux partenariats. Ici comme ailleurs la force va
à la force à condition que ce soit une stratégie affirmée et revendiquée et pas
une somme de rustines.
En l’espèce, est-on capable de
produire de l’acier avec de nouvelles méthodes plus propres ? Est-on
capable de reconquérir des marchés à l’international ? Est-on capable
d’insérer ces hauts-fourneaux dans une filière plus vaste ? A-t-on les
moyens d’en faire une filière compétitive, propre, structurante et
d’avenir ? Si un tel projet industriel peut voir le jour, alors, sans
hésiter, l’Etat doit être le fer de lance d’une avancée industrielle dans ce
domaine.
La nationalisation temporaire a
vocation a recréer un outil industriel. Ce n’est pas un moyen de mettre sous
cloche un problème avant de s’en décharger sur quelqu’un d’autre. C’est un
outil de la puissance publique pour agir sur notre tissu industriel et pas un
jeu de mistigri… Sans doute l’hypothèse de la nationalisation temporaire de
Florange a-t-elle souffert d’un manque certain d’ambition industrielle.
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