samedi 1 décembre 2012

Florange. Face à Mittal : la stratégie du « demi-soldat dans le demi-char ».


 

Pour pointer les errements des compromis ministériels de la Troisième République, André Malraux définit ainsi les choix militaires qui furent les siens entre partisans de la stratégie défensive et ceux qui croyaient en l’armée motorisée blindée : « On mit un demi soldat dans un demi char et le résultat ne se fit pas attendre ». Une fois encore la méthode du compromis a été utilisée. Cette fois face à un empire financier, celui de Monsieur Mittal. Et, hélas, les résultats pourraient ne pas se faire attendre…

Sans un mot pour son Ministre, le Premier-Ministre Jean-Marc Ayrault s’en est donc remis à l’unique parole de Monsieur Mittal pour qu’il investisse de nouveau dans les haut-fourneaux de Florange. Ce sont les salariés de Florange qui viennent de payer ce retournement d’alliance in extremis. Ce dossier est en fait la confirmation pratique d’un véritable tournant historique de la gauche française, tournant que la conférence de presse du Président de la République nous avait laissé entrevoir.

Le Ministre du Redressement Productif a porté toute la semaine l’idée d’une nationalisation transitoire. Il en a eu le mérite. Sans doute a-t-on pu lui reprocher une malheureuse phrase dans une interview. En vérité si erreur stratégique de sa part il y a eu, elle remonte à plus loin. En proclamant voici quelques semaines que « l’Etat n’est pas bon gestionnaire », Arnaud Montebourg a sapé d’entrée de jeu la ligne politique qu’il a finie, ensuite, par adopter sur ce dossier. C’est donc de lui-même qu’il a, malheureusement, contribué à invalider une solution qui était la bonne.

Contre le prêt-à-penser social-libéral, rien ne sert de finasser. C’est un combat politique âpre qu’il faut mener en ne lâchant rien sur les idées alternatives. Depuis juin – sur ce blog par exemple – l’idée d’une nationalisation transitoire a été avancée. Depuis longtemps, l’idée d’agir sur les structures économiques, par un véritable socialisme de la production, a été développée. Cette ligne n’aurait pas due être sabordée par un aveu d’impuissance idéologique mettant en doute la capacité de gestion de l’Etat dans un dossier industriel comme Florange.

Florange pouvait devenir le cas emblématique d’une conversion écologique de notre industrie avec l’Etat comme stratège. Ulcos, dont le Premier Ministre, a évoqué le nom pouvait donc être l’occasion pour l’Etat français de revenir un véritable acteur de l’économie par une politique industrielle renouvelée.

Il s’agit de poser clairement le débat sur les outils et les moyens que la gauche entend mobiliser pour engager la reconquête industrielle. Entend-on défendre les filières industrielles d’avenir ? Entend-on s’appuyer sur les classes populaires pour engager le redressement ? Si les salariés sentent que l’on biaise et que l’on joue, alors, pour la gauche, le risque d’un échec historique ne serait plus du tout impossible.

Aucun commentaire: