Pour pointer les errements des
compromis ministériels de la Troisième République, André Malraux définit ainsi
les choix militaires qui furent les siens entre partisans de la stratégie
défensive et ceux qui croyaient en l’armée motorisée blindée : « On
mit un demi soldat dans un demi char et le résultat ne se fit pas attendre ».
Une fois encore la méthode du compromis a été utilisée. Cette fois face à un
empire financier, celui de Monsieur Mittal. Et, hélas, les résultats pourraient
ne pas se faire attendre…
Sans un mot pour son Ministre, le
Premier-Ministre Jean-Marc Ayrault s’en est donc remis à l’unique parole de
Monsieur Mittal pour qu’il investisse de nouveau dans les haut-fourneaux de
Florange. Ce sont les salariés de Florange qui viennent de payer ce
retournement d’alliance in extremis.
Ce dossier est en fait la confirmation pratique d’un véritable tournant
historique de la gauche française, tournant que la conférence de presse du
Président de la République nous avait laissé entrevoir.
Le Ministre du Redressement
Productif a porté toute la semaine l’idée d’une nationalisation transitoire. Il
en a eu le mérite. Sans doute a-t-on pu lui reprocher une malheureuse phrase
dans une interview. En vérité si erreur stratégique de sa part il y a eu, elle
remonte à plus loin. En proclamant voici quelques semaines que « l’Etat n’est pas bon gestionnaire »,
Arnaud Montebourg a sapé d’entrée de jeu la ligne politique qu’il a finie,
ensuite, par adopter sur ce dossier. C’est donc de lui-même qu’il a,
malheureusement, contribué à invalider une solution qui était la bonne.
Contre le prêt-à-penser
social-libéral, rien ne sert de finasser. C’est un combat politique âpre qu’il
faut mener en ne lâchant rien sur les idées alternatives. Depuis juin – sur ce
blog par exemple – l’idée d’une nationalisation transitoire a été avancée.
Depuis longtemps, l’idée d’agir sur les structures économiques, par un
véritable socialisme de la production, a été développée. Cette ligne n’aurait
pas due être sabordée par un aveu d’impuissance idéologique mettant en doute la
capacité de gestion de l’Etat dans un dossier industriel comme Florange.
Florange pouvait devenir le cas
emblématique d’une conversion écologique de notre industrie avec l’Etat comme
stratège. Ulcos, dont le Premier Ministre, a évoqué le nom pouvait donc être l’occasion
pour l’Etat français de revenir un véritable acteur de l’économie par une
politique industrielle renouvelée.
Il s’agit de poser clairement le
débat sur les outils et les moyens que la gauche entend mobiliser pour engager
la reconquête industrielle. Entend-on défendre les filières industrielles d’avenir ?
Entend-on s’appuyer sur les classes populaires pour engager le redressement ?
Si les salariés sentent que l’on biaise et que l’on joue, alors, pour la gauche,
le risque d’un échec historique ne serait plus du tout impossible.
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