mercredi 9 janvier 2013

ETAT DE CONFUSION


 
Une polémique en chasse une autre. Pendant la traditionnelle trêve des fêtes de fin d’année, nous avons pu assister à quelques uns de ces faux débats qui font comprendre que notre pays est tout sauf apaisé, que la normalité invoquée ne l’est pas tant que ça et que la société du respect n’est pas encore survenue.

 

Que les gros salaires lèvent la main ! L’injonction, sous forme d’une tribune dans la presse, a mis le feu aux poudres du fragile consensus sur notre exception culturelle. La tribune de Vincent Maraval a laissé croire que l’argent public finançait les rémunérations de quelques stars. Ce n’est pas le cas. Notre système se caractérise par un financement à la signature et non au scénario. Le nom d’un comédien importe plus que l’histoire. C’est ce qui différencie notre système du système américain. Et il n’est pas démontré que notre système qui mise sur dix ou quinze comédiennes et comédiens « bancables » ne puisse être encore amélioré. Une conséquence de cette tribune qui mêle donc le rôle du Centre National de la Cinématographie et les salaires mirobolants de quelques comédiens est de discréditer l’alliance du public et du privé en faveur d’un secteur qui marche, celui du 7ème Art. La question centrale pour notre industrie cinématographique n’est aucunement son mode de financement mais bien la question de l’aide aux scénarii, qui peut être une clé de l’augmentation de nos exportations d’œuvres cinématographiques. Nous payons trop peu nos scénaristes et bridons ainsi le développement de notre secteur audiovisuel. Là pourrait être le débat, il serait positif, dynamique et porteur d’espoir et il le serait d’autant plus qu’il porte sur un secteur qui rapporte de l’argent à notre pays.

 

Cependant, cette question du cinéma s’est greffée sur le destin que s’est choisi Gérard Depardieu. Je n’ai pas une estime démesurée pour les provocations de ce grand comédien. Je ne considère pas que le fait de partir habiter à Néchin ou Vladivostock lui confère automatiquement un statut de « citoyen du monde » mais je ne ferais pas grief à Depardieu d’une dérobade exclusivement fiscale. Il traduit, involontairement sans doute, le malaise qui s’est emparé de notre pays. Et le traitement dont il fait l’objet est plutôt le révélateur de notre malaise collectif.

 

A écouter certains, on a l’impression qu’il s’agit de la fuite de Varennes. Et quand Brigitte Bardot s’en mêle pour défendre deux éléphants, on frémit à l’idée que l’on découvre à la Madrague une armoire de fer renfermement les preuves du complot de BB avec Vladimir Poutine. On s’achète une conscience de gauche à peu de frais. Le patriotisme est désormais mis à toutes les sauces. Chacun est sommé de clamer plus fort que son voisin qu’il n’est pas un déserteur, qu’il aime la France et qu’il la servira mieux que quiconque. A chacun de faire tourner un moulin à prières plus patriotard que patriotique. Ca va mal. Cette rhétorique m’inquiète en effet, non parce qu’elle traduit un regain patriotique mais parce que, justement, elle traduit le manque de confiance de la France en elle-même. Elle trahit les doutes profonds de la société et du peuple français sur notre avenir collectif.

 

On trouvera demain d’autres boucs émissaires. 

 

Gros salaires et mauvais Français, ceux là auront fait provisoirement oublier l’essentiel.

 

L’essentiel quel est il ? Il est de développer un appareil productif performant, de lutter contre la pauvreté (5 millions environ de nos concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté) et de donner un avenir individuel et collectif aux Français. Pour la gauche, l’urgence est de faire connaitre sa démarche politique, de préciser le sens de celle-ci (mais quel est il ?) et s’il est de gauche ( !). En tout état de cause, il ne peut s’agir de participer à quelque lynchage médiatique. Puisque nous approchons de la date anniversaire du discours du Bourget, je ne résiste pas à livrer cette citation « Mon véritable adversaire n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, et pourtant il gouverne (...), c'est le monde de la finance ».

 

 

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