Dans un cas comme celui de la
crise malienne, il est primordial de partir d’une analyse des faits, de la
situation réelle du terrain pour se forger une opinion et envisager une issue
politique favorable. Toute vision exclusivement idéologique de la situation, qui
consisterait à enfermer la réalité dans un schéma préétabli serait source de
bien des déconvenues. Le pacifisme principiel est mortifère dans une situation
pareille. Le bellicisme des bons sentiments ne l’est pas moins. L’invocation de
l’Histoire a elle-même ses limites : ce n’est ni le Viêt-Nam ni
Munich ! Il ne s’agit pas de voir dans l’intervention française uniquement
le spectre d’impérialisme qui opérerait par pur opportunisme. Ce n’est pas le
cas. Il ne s’agit pas non plus d’analyser toute réticence envers un enlisement
éventuel comme une forme d’esprit munichois. Il ne s’agit pas, enfin, de se
réfugier derrière l’argument de la nature contestable du pouvoir de fait à
Bamako pour renvoyer dos à dos chacune des parties en présence sur le terrain.
Il s’agit donc d’analyser concrètement la situation en fixant des principes.
La crise malienne doit donc nous
interroger. Elle doit nous interroger sur l’immense prise de risque
géopolitique qu’a été l’expédition de Libye. La décision de Nicolas Sarkozy
d’envoyer ad patres le dictateur d’alors sans s’assurer de l’émergence d’un
véritable Etat libyen a provoqué l’essaimage du stock d’armes kadhafistes à
travers le Sahel. Cette gestion calamiteuse de la réalité libyenne est une
leçon, en particulier pour la résolution de la guerre civile syrienne.
Quelle était la situation la
semaine passée au Mali ? Des colonnes de miliciens islamistes, de diverses
obédiences, peu inspirée par l’amour de leur prochain, s’avançaient vers le Sud
du Mali et étaient en passe de faire sauter le dernier verrou avant Bamako. Il
y avait alors deux options : laisser faire ou intervenir, à la demande du
pouvoir en place à Bamako. Le Président de la République a, à raison,
choisi d’intervenir et de stopper l’avancée des milices islamistes. Constatons
cependant que la solidarité européenne n’a pas éclaté au grand jour au cours de
ces derniers jours et que la
Chancelière allemande n’a pas manqué de jouer sa propre
partition…
Il y a fort à parier que les
diverses tendances qui se sont emparées du Nord-Mali ont fait le pari de la
paralysie internationale, qu’elles ont choisi d’agir vite parce qu’elles
estimaient que les institutions internationales mettraient trop de temps à
réagir. En fonçant vers le Sud, elles visaient à provoquer une situation de
fait accompli qui aurait compromis la situation de toute l’Afrique de l’Ouest
et tout le Sahel et surtout aurait coûté plus cher à toute intervention,
vieille tactique du fait accompli devant la faiblesse de la communauté
internationale. L’enjeu n’était pas mince. Le risque de voir se constituer une
forme pseudo-étatique islamiste conçue sur le modèle taliban sur le Sahara
n’était pas acceptable, pour aucun des peuples de la région, pour aucun peuple
attaché à la liberté.
Il ne s’agit pas pour autant
d’éviter tout questionnement quant à cette offensive.
Si, comme d’aucuns le laissent
entendre, il s’agit de s’aventurer au Nord Mali sans autre dessein que la
traque des guérilléros islamistes, les risques d’enlisement sont grands et
leurs conséquences pourraient s’avérer lourdes pour le Mali, pour le Sahel et
pour la France. Il
s’agit d’un territoire grand comme deux fois la France , peu hospitalier, dont
les guérillas islamistes sont les maitres et où il faudrait expédier des troupes
au sol (mais lesquelles précisément ?).
S’il s’agit, en revanche, de
bloquer la route du Sud de manière définitive aux milices islamistes, alors
cette opération doit ouvrir d’autres perspectives : celle, notamment,
d’une renaissance démocratique du Mali, qui passerait par l’élection d’une
Assemblée constituante, la redéfinition de la solidarité internationale et
l’engagement dans un processus d’unité africaine fondée sur la souveraineté sur
les matières premières et la justice sociale.
Dans une guerre, il faut des buts
stratégiques clairs. Ceux-ci doivent être énoncés clairement. Il s’agit d’aider
un peuple, le peuple malien, à se libérer de l’oppression et à bâtir son propre
destin. C’est au regard de ces principes qu’on doit juger le développement de
cette opération.
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