mardi 15 janvier 2013

SITUATION AU #MALI


Dans un cas comme celui de la crise malienne, il est primordial de partir d’une analyse des faits, de la situation réelle du terrain pour se forger une opinion et envisager une issue politique favorable. Toute vision exclusivement idéologique de la situation, qui consisterait à enfermer la réalité dans un schéma préétabli serait source de bien des déconvenues. Le pacifisme principiel est mortifère dans une situation pareille. Le bellicisme des bons sentiments ne l’est pas moins. L’invocation de l’Histoire a elle-même ses limites : ce n’est ni le Viêt-Nam ni Munich ! Il ne s’agit pas de voir dans l’intervention française uniquement le spectre d’impérialisme qui opérerait par pur opportunisme. Ce n’est pas le cas. Il ne s’agit pas non plus d’analyser toute réticence envers un enlisement éventuel comme une forme d’esprit munichois. Il ne s’agit pas, enfin, de se réfugier derrière l’argument de la nature contestable du pouvoir de fait à Bamako pour renvoyer dos à dos chacune des parties en présence sur le terrain. Il s’agit donc d’analyser concrètement la situation en fixant des principes. 

La crise malienne doit donc nous interroger. Elle doit nous interroger sur l’immense prise de risque géopolitique qu’a été l’expédition de Libye. La décision de Nicolas Sarkozy d’envoyer ad patres le dictateur d’alors sans s’assurer de l’émergence d’un véritable Etat libyen a provoqué l’essaimage du stock d’armes kadhafistes à travers le Sahel. Cette gestion calamiteuse de la réalité libyenne est une leçon, en particulier pour la résolution de la guerre civile syrienne.

Quelle était la situation la semaine passée au Mali ? Des colonnes de miliciens islamistes, de diverses obédiences, peu inspirée par l’amour de leur prochain, s’avançaient vers le Sud du Mali et étaient en passe de faire sauter le dernier verrou avant Bamako. Il y avait alors deux options : laisser faire ou intervenir, à la demande du pouvoir en place à Bamako. Le Président de la République a, à raison, choisi d’intervenir et de stopper l’avancée des milices islamistes. Constatons cependant que la solidarité européenne n’a pas éclaté au grand jour au cours de ces derniers jours et que la Chancelière allemande n’a pas manqué de jouer sa propre partition…

Il y a fort à parier que les diverses tendances qui se sont emparées du Nord-Mali ont fait le pari de la paralysie internationale, qu’elles ont choisi d’agir vite parce qu’elles estimaient que les institutions internationales mettraient trop de temps à réagir. En fonçant vers le Sud, elles visaient à provoquer une situation de fait accompli qui aurait compromis la situation de toute l’Afrique de l’Ouest et tout le Sahel et surtout aurait coûté plus cher à toute intervention, vieille tactique du fait accompli devant la faiblesse de la communauté internationale. L’enjeu n’était pas mince. Le risque de voir se constituer une forme pseudo-étatique islamiste conçue sur le modèle taliban sur le Sahara n’était pas acceptable, pour aucun des peuples de la région, pour aucun peuple attaché à la liberté.

Il ne s’agit pas pour autant d’éviter tout questionnement quant à cette offensive.

Si, comme d’aucuns le laissent entendre, il s’agit de s’aventurer au Nord Mali sans autre dessein que la traque des guérilléros islamistes, les risques d’enlisement sont grands et leurs conséquences pourraient s’avérer lourdes pour le Mali, pour le Sahel et pour la France. Il s’agit d’un territoire grand comme deux fois la France, peu hospitalier, dont les guérillas islamistes sont les maitres et où il faudrait expédier des troupes au sol (mais lesquelles précisément ?).

S’il s’agit, en revanche, de bloquer la route du Sud de manière définitive aux milices islamistes, alors cette opération doit ouvrir d’autres perspectives : celle, notamment, d’une renaissance démocratique du Mali, qui passerait par l’élection d’une Assemblée constituante, la redéfinition de la solidarité internationale et l’engagement dans un processus d’unité africaine fondée sur la souveraineté sur les matières premières et la justice sociale.

Dans une guerre, il faut des buts stratégiques clairs. Ceux-ci doivent être énoncés clairement. Il s’agit d’aider un peuple, le peuple malien, à se libérer de l’oppression et à bâtir son propre destin. C’est au regard de ces principes qu’on doit juger le développement de cette opération.

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