mercredi 23 janvier 2013

OU VA LA #DROITE ?




La droite semble perdue. Désorientée, privée de cap, privée de chef, privée de projet, la droite erre, oscillant entre guerres internes et assauts de démagogie. Dans une démocratie parlementaire, il y a besoin d’une opposition structurée idéologiquement, qui partage avec la majorité quelques solides repères républicains et démocratiques. Cette opposition là fait défaut. Ce n’est bon ni pour la majorité ni pour la France.

Depuis plusieurs mois en effet, nous assistons à une forme d’hystérisation de la droite française. Obnubilée par l’idée de capter le stock de voix du Front National, elle voit ses leaders les plus emblématiques devancer toutes les pulsions identitaires les plus néfastes pour le pays. Dans cette course à la démagogie, on ne compte plus les très nombreux épisodes de ce qui commence à ressembler à un riche feuilleton. Néanmoins, l’un des tournants notables dans l’histoire de la droite date des législatives où les responsables de l’UMP ont préféré renvoyer dos à dos PS et Front National, préparant le terrain à d’autres évolutions ultérieures.

Il fut un temps où le parti dominant de la droite arborait le bonnet phrygien comme emblème. Loin est désormais ce temps. Des députés UMP cosignent avec Marion Maréchal-Le Pen une proposition de loi visant à reconnaitre le « génocide » vendéen. Madame Boutin twitte un hommage grandiloquent à Louis XVI, qu’elle crédite d’avoir davantage aimé Dieu que son peuple. Ces dernières provocations traduisent moins le refoulé d’une partie de la droite française que la recherche désespérée de repères, dont elle semble privée depuis de longs mois. Elle va donc chercher, deux siècles en arrière, les mêmes références que celles de Louis XVIII ou Charles X. C’est dire l’avant-gardisme d’une partie de ses responsables…

Le combat des sous-chefs qui a opposé messieurs Fillon et Copé, traduit l’absence du leader. Ni l’un ni l’autre ne parviennent à être Sarkozy, Chirac ou Giscard. La réédition de la droite des notables par l’un, le remake peu réussi de la « ligne Buisson » pour l’autre camouflent mal l’incurie dans laquelle se trouve la droite par absence de chef légitime. La tragi-comédie de l’élection de l’UMP a surtout mis en lumière l’extraordinaire incapacité de la droite à se doter d’une incarnation. Ainsi semble-t-elle pour une partie condamnée à ergoter sur le retour ou non de Nicolas Sarkozy, tandis que l’autre s’en va professer toutes sortes d’idées saugrenues visant à interdire les enseignants de droit de grève ou à interdire à vie d’aides sociales les « fraudeurs ». Ce n’est plus une droite décomplexée, c’est une droite désinhibée, qui verbalise toutes ses pulsions…   

La droite et la « manif pour tous », c’est encore l’affaire d’un suivisme, d’un encanaillement bon chic bon genre. Voir autant d’hommes politiques enrôlés derrière l’égérie branchée de l’Eglise catholique et de la Nuit parisienne, Frigide Barjot, a quelque chose de surprenant et de surréaliste. Qui l’eut cru ? La droite pastiche ses pasticheurs et devient donc la caricature d’elle-même.

L’affaire malienne est encore un cas d’école de la danse de Saint-Guy des chefs de la droite française : Laurent Wauquiez critique imprudemment le Président de la République et fait d’un sujet aussi grave que complexe, une bouée de sauvetage politicien pour une famille politique, dont l’action en Libye a été si peu réfléchie qu’elle a abouti à laisser des stocks d’armes considérables être éparpillés dans tout le Sahel. On aurait attendu un peu de discrétion de la part des responsables de la droite française. Que nenni. C’est avec morgue et apparente assurance qu’ils viennent livrer leurs réflexions géopolitiques.

La droite parlementaire est à la remorque du peuple de droite. Elle est dépassée, déboussolée. Elle ne cherche plus à orienter ses électeurs, elle s’est mise à suivre toutes les pulsions de son électorat. Elle abdique toute responsabilité politique et s’en remet au hasard. Privée de chef, de projet, de structuration, sa situation devient un élément de plus de l’implosion politique de nos pays. Où va la droite ? Nulle part. C’est un bateau à la dérive. Et ce n’est pas rassurant…

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