La droite semble perdue.
Désorientée, privée de cap, privée de chef, privée de projet, la droite erre,
oscillant entre guerres internes et assauts de démagogie. Dans une démocratie
parlementaire, il y a besoin d’une opposition structurée idéologiquement, qui
partage avec la majorité quelques solides repères républicains et
démocratiques. Cette opposition là fait défaut. Ce n’est bon ni pour la
majorité ni pour la France.
Depuis plusieurs mois en effet,
nous assistons à une forme d’hystérisation de la droite française. Obnubilée
par l’idée de capter le stock de voix du Front National, elle voit ses leaders
les plus emblématiques devancer toutes les pulsions identitaires les plus
néfastes pour le pays. Dans cette course à la démagogie, on ne compte plus les
très nombreux épisodes de ce qui commence à ressembler à un riche feuilleton. Néanmoins,
l’un des tournants notables dans l’histoire de la droite date des législatives
où les responsables de l’UMP ont préféré renvoyer dos à dos PS et Front
National, préparant le terrain à d’autres évolutions ultérieures.
Il fut un temps où le parti
dominant de la droite arborait le bonnet phrygien comme emblème. Loin est
désormais ce temps. Des députés UMP cosignent avec Marion Maréchal-Le Pen une
proposition de loi visant à reconnaitre le « génocide » vendéen.
Madame Boutin twitte un hommage grandiloquent à Louis XVI, qu’elle crédite
d’avoir davantage aimé Dieu que son peuple. Ces dernières provocations
traduisent moins le refoulé d’une partie de la droite française que la
recherche désespérée de repères, dont elle semble privée depuis de longs mois. Elle
va donc chercher, deux siècles en arrière, les mêmes références que celles de
Louis XVIII ou Charles X. C’est dire l’avant-gardisme d’une partie de ses
responsables…
Le combat des sous-chefs qui a
opposé messieurs Fillon et Copé, traduit l’absence du leader. Ni l’un ni
l’autre ne parviennent à être Sarkozy, Chirac ou Giscard. La réédition de la
droite des notables par l’un, le remake peu réussi de la « ligne
Buisson » pour l’autre camouflent mal l’incurie dans laquelle se trouve la
droite par absence de chef légitime. La tragi-comédie de l’élection de l’UMP a
surtout mis en lumière l’extraordinaire incapacité de la droite à se doter
d’une incarnation. Ainsi semble-t-elle pour une partie condamnée à ergoter sur
le retour ou non de Nicolas Sarkozy, tandis que l’autre s’en va professer
toutes sortes d’idées saugrenues visant à interdire les enseignants de droit de
grève ou à interdire à vie d’aides sociales les « fraudeurs ». Ce
n’est plus une droite décomplexée, c’est une droite désinhibée, qui verbalise
toutes ses pulsions…
La droite et la « manif pour
tous », c’est encore l’affaire d’un suivisme, d’un encanaillement bon chic
bon genre. Voir autant d’hommes politiques enrôlés derrière l’égérie branchée
de l’Eglise catholique et de la
Nuit parisienne, Frigide Barjot, a quelque chose de
surprenant et de surréaliste. Qui l’eut cru ? La droite pastiche ses
pasticheurs et devient donc la caricature d’elle-même.
L’affaire malienne est encore un
cas d’école de la danse de Saint-Guy des chefs de la droite française :
Laurent Wauquiez critique imprudemment le Président de la République et fait d’un
sujet aussi grave que complexe, une bouée de sauvetage politicien pour une
famille politique, dont l’action en Libye a été si peu réfléchie qu’elle a
abouti à laisser des stocks d’armes considérables être éparpillés dans tout le
Sahel. On aurait attendu un peu de discrétion de la part des responsables de la
droite française. Que nenni. C’est avec morgue et apparente assurance qu’ils
viennent livrer leurs réflexions géopolitiques.
La droite parlementaire est à la
remorque du peuple de droite. Elle est dépassée, déboussolée. Elle ne cherche
plus à orienter ses électeurs, elle s’est mise à suivre toutes les pulsions de
son électorat. Elle abdique toute responsabilité politique et s’en remet au
hasard. Privée de chef, de projet, de structuration, sa situation devient un
élément de plus de l’implosion politique de nos pays. Où va la droite ?
Nulle part. C’est un bateau à la dérive. Et ce n’est pas rassurant…
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