La crise se déploie. Elle
s’insinue partout, casse, déstabilise, brise, broie nos économies… Elle ronge
la structure politique des nations européennes. Il faut désormais être aveugle
pour ne pas voir ce qui couve. Bientôt, si l’on n’y prend garde, nos pays ne
connaitront que les affres des colères populaires ou des flambées populistes…
La marche à la crise est inéluctable,
seules sa ou ses formes sont imprévisibles. Sans un changement radical des
politiques gouvernementales, c’est bien vers l’implosion ou l’explosion que
nous allons… si tout cela continue à ce petit train.
Vague de colères populaires…
Chaque semaine, chaque jour, de
nouveaux éléments d’implosion apparaissent, mettant en évidence toute la
dangerosité de la situation. La tension devient extrême entre l’aspiration des
peuples à un changement et les différents éléments d’implosion. Si l’on tend
l’oreille, si l’on dessille quelque peu les yeux, une vague de colère apparait
au loin, roulante et grondante, s’avançant inexorablement, une vague qui
n’épargnera pas notre pays.
Voici quelques jours, à Lisbonne,
de centaines de milliers de Portugais ont défilé contre l’austérité, entonnant
l’hymne de la Révolution
de 1974 et signifiant ainsi qu’ils souhaitaient un changement radical...En
Italie, un quart des électeurs ont voté pour un « populisme de la
rage » incarné par un comique devenu maitre dans la dénonciation de la
faillite politique des élites italiennes. 30% ont porté leurs voix sur un
Berlusconi épousant toutes les revendications d’un pays à bout de souffle après
dix-huit mois de politique d’austérité portée par Mario Monti. En Grèce, la
crise est là, quotidiennement, l’extrême droite s’installe et le régime des
Colonels revient à la mode. En Espagne, la foule envahit les rues et conspue un
pouvoir incapable non seulement de sortir le pays de l’ornière mais également
d’incarner dignement la politique.
En Espagne également, c’est la Catalogne qui menace de
faire sécession, suscitant l’ire de Madrid, qui n’écarte pas de faire
intervenir l’armée si tel devait être le choix de cette région déjà autonome.
Pense-t-on sérieusement que les
secousses politiques et sociales qui frappent désormais tous les pays de
l’Europe du Sud ne toucheront pas, demain, la France puis les pays du Nord du continent ?
Peut-on se contenter face à cela d’une
politique à la Pangloss ?
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Certes non, nous
dit-on, mais c’est pour bientôt ! « Ca va aller mieux », ça ira
mieux... La croissance nous est promise et les lendemains qui chantent avec
certainement. Le pire de la crise serait donc derrière nous pas le seul
truchement d’un optimisme confinant à l’onirisme et qui nous laisse imaginer
une second moitié du quinquennat pavées de bonnes nouvelles…
On attend donc la croissance
comme d’autres ont attendu Grouchy ! Une chance que tout cela ne se soit
pas déjà terminé en cent jours….
De défaillances en défaillances…
Le phénomène de défaillance des
entreprises ne fait que s’accélérer. Notre tissu de PME est considérablement
fragilisé. Or, nos industries sont essentiellement des PME. Le délitement ou la
décomposition accélérés du tissu industriel risque donc de s’accroître. On
attend une politique industrielle qui ne se réduit pas à atténuer ou négocier
les plans sociaux.
Dans le même temps, les ménages
ralentissent leur consommation de biens manufacturés. La France des fins de mois
difficiles, c’est aujourd’hui l’essentiel du pays. C’est pourtant dans cette
France là que se trouvent les ressorts d’un éventuel sursaut économique.
Pendant le même temps, on nous
annonce des mesures drastiques de réduction des déficits avec, dit-on,
l’objectif de ramener la dette au dessous des 53% du PIB à la fin du
quinquennat… Cette politique là serait suicidaire pour notre économie.
Si la dépense publique se réduit,
si la dépense privée se contracte, quel carburant restera-t-il à l’économie
française et européenne ?
Il faut donc être sacrément
optimiste pour envisager imperturbablement de continuer la même politique. On
nous annonce pourtant un nouveau tour de vis budgétaire pour 2014, on nous en
annoncera forcément un pour 2015. Voilà de quoi rassurer sur l’avenir.
Dans un tel contexte, rappelons
le, le plus risqué est donc de voir l’investissement chuter et, en fait de
restauration de la confiance, on aboutira rapidement à un choc de défiance.
Ce risque est d’autant plus
important que nous ne voyons poindre aucune politique industrielle d’ampleur et
portant sur le moyen terme. Faut-il s’attarder longtemps sur l’affaire de la
taxation du diesel ? Ne vaudrait-il en effet pas mieux s’attacher à
développer une véritable politique industrielle dans le domaine automobile par
exemple ?
On ne développe pas un nouvel
appareil industriel en laissant les perspectives de croissance être obstruées
par la sinistrose. Ce qui menace c’est une forme d’effritement continu de notre
tissu économique avec, au bout du compte, une incapacité totale à pouvoir
réamorcer notre appareil productif… Dans un pays sans industrie, on peut se
demander à quoi serviront les services…
Il n’y a pas d’autre alternative
que de desserrer la contrainte budgétaire et de donner un autre sens à la
construction européenne. Faute de quoi, évidemment, des Prix Nobel d’Economie
préféreront donner des conseils à un Beppe Grillo qu’à des sociaux-démocrates
« responsables »…
Sans croissance, pas d’avenir…
Au-delà de la dimension
industrielle de l’alternative à bâtir, dimension essentielle mais pas
suffisante, il s’agit de lancer un véritable plan qui favorise la consommation
et la réorientation du stock d’épargne vers l’investissement productif. Ce plan
signifierait évidemment une profonde réorientation de la politique
gouvernementale et l’affirmation d’une parole forte en Europe.
Commençons par lancer une
politique qui permette aux ménages d’acquérir des biens de première nécessité à
moindre coût. Une fiscalité moindre sur ces biens est nécessaire et urgente,
elle peut contribuer à soulager des Français qui ont le sentiment que les fins
de mois difficiles commencent toujours plus tôt. Relancer la consommation
interne demeure une priorité.
Pour compléter un tel dispositif,
il faut favoriser, par un grand emprunt, la réorientation de notre épargne
nationale. Il y a matière à créer de l’investissement. Mais il s’agit de déterminer
les filières d’avenir, celles où cette épargne doit être transformée en
investissement productif (biotechnologie, aéronautique et d’autres, déjà
connues ou à mettre en avant). C’est cela le véritable sens d’une politique
industrielle.
Réorienter l’Europe :
vite !
Sur le plan politique aussi, il
faut donc prendre la mesure de l’urgence. Ceux qui croient que la crise est
derrière nous se trompent. L’Europe des marchés se délite sous la pression
des discours politiques, suscitant des phénomènes de repli nationaliste ou de
tentatives autonomistes.
Il est temps que la France parle à l’Europe. Il
est grand temps de lancer une alternative en Europe.
Madame Merkel a quand même eu le
loisir de contempler la chute de son poulain Mario Monti. Elle devrait aussi
méditer la percée de Stronach en Autriche, au cœur du monde germanique, une
percée qui doit beaucoup à la dénonciation de l’euro et des politiques
d’austérité. Mais, depuis la
Chancellerie , Madame Merkel semble détourner le regard.
José Manuel Barroso, recalé du
suffrage universel dans son propre pays, clame ouvertement que les résultats
des élections italiennes seront sans conséquence sur les orientations
économiques de l’Union européenne. De quoi, on le comprend, réconcilier
les peuples européens avec la construction européenne et ses institutions.
On aurait pu se saisir de la
crise malienne pour démontrer que, quand la France veut, la France peut et ainsi créer le choc de confiance
en Europe pour construire le gouvernement économique de l’Europe et imposer à
l’Allemagne une alternative économique et politique dans l’Union européenne. A
l’initiative au Mali, la France
démontrait qu’en politique, la volonté peut beaucoup et, malgré les difficultés
de cette guerre, que rien n’est jamais inéluctable dans l’histoire.
Cette alternative, il faut
maintenant l’imposer. Le sursaut de la décision doit venir afin de donner une
autre orientation au projet européen. L’essentiel, c’est de tourner la page de cette
folle orthodoxie de la réduction comptable des déficits.
On glosera à l’envie sur la
monnaie, le taux de change, l’euro fort ou le dollar faible. On peut sans doute
avoir raison, mais l’essentiel et l’urgent concerne la question budgétaire.
Seule une rupture avec la spirale de l’austérité peut créer le choc de
confiance qui peut ramener nos société sur le chemin du mieux.
Bâtir l’alternative…
Certes on nous objectera que les
gouvernements européens ne veulent pas de ce changement de politique, que nous
sommes minoritaires, qu’on ne peut pas jouer la politique de la chaise vide,
que chaque centimètre gagné est une grande victoire… Tout cela paraitra bientôt
dérisoire.
La méthode pour en sortir c’est la politique, c’est de mobiliser les opinions publiques européennes. On nous bassine avec Gramsci… L’heure est vraiment venue de l’appliquer au combat pour une alternative en Europe et gagner la « bataille des idées ».
Nous savons ce qu’est l’héritage
de la droite, française et européenne.
Ce sont les peuples européens
qu’il faut prendre à témoin. La gauche française a une obligation, celle de
dire la vérité et de mettre en minorité en Europe la politique d’austérité. C’est
possible, cela demande une ferme volonté et la définition d’une route
différente.
Il faut s’adresser au Parlement
européen qui peut refuser le budget et aussi directement aux peuples européens
pour proposer un plan de relance que, manifestement, les gouvernements du
continent peinent à engager.
Je le dis : il est temps de parler
à l’Europe et lancer une alternative désormais vitale pour nos économies.
Le meilleur contact à établir
avec les peuples ne consiste pas en l’invocation de Winston Churchill, du
« sang et des larmes ». La meilleure façon de renouer avec les
peuples, c’est de tracer un chemin différent, d’en accepter les difficultés et
le combat, parce qu’on se refuse au déclin, à la soumission, au triomphe du
chacun pour soi et à l’implosion de l’Europe.
C’est à cette condition que l’on
pourra sortir d’une spirale menant à l’implosion… et à l’explosion.
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