Affichage des articles dont le libellé est Tribune Libre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tribune Libre. Afficher tous les articles

vendredi 8 août 2008

Le Congrès de Reims, épreuve de vérité

Le prochain congrès du PS est déjà celui de tous les paradoxes. On en appelle au débat d’idées ; pourtant, on a le sentiment de relire et d’entendre les mêmes positions dans toutes les interventions écrites et orales. On en appelle à refuser les fausses synthèses ; pourtant émergent des alliances plus qu’improbables, tant celles et ceux qui y prennent part ont défendu des positions opposées, sur l’Europe ou les 35 heures. On voue aux gémonies la perspective d’un congrès strictement tactique ; mais les concepts, comme celui de libéralisme, sont instrumentalisés à des fins de positionnement ou de contre-positionnement.
On rejette sur le premier secrétaire sortant la responsabilité de nos archaïsmes, alors que les militants se souviennent encore des multiples occasions où ces mêmes procureurs ont entravé la modernisation de leur parti. Paradoxe des paradoxes, enfin : rarement a-t-on vu un tel degré d’abstraction et d’éloignement de la réalité, alors même que les mots d’“efficacité”, de “réalisme” et de “vérité” sont sur toutes les lèvres.
François Mitterrand disait que, bien qu’aimant et l’idéologie et la discussion, il n’était pas partisan de la discussion idéologique, c’est-à-dire désincarnée et coupée du concret. Faisons nôtre cet adage, et regardons en face la “vérité” du prochain congrès : reconnaissons que les vieilles oppositions ne fonctionnent ni n’existent plus au sein du PS, quels que soient les efforts faits pour nous le laisser croire. Nul ne peut se targuer d’avoir une solution clé en main, “de centre gauche” ou au contraire “vraiment à gauche”, pour répondre aux défis du siècle : crise environnementale, affaiblissement du pacte social, dérive du capital.
Non, les socialistes français ne sont pas les éternels mauvais élèves de la classe sociale-démocrate que voudraient nous dépeindre les experts en modernité : les échecs récents du Labour anglais et du SPD allemand montrent que les solutions de “troisième voie” s’épuisent. A l’inverse, le triomphe des partis de gauche en Amérique du Sud trace des pistes qu’il serait bon de méditer. C’est en fait toute la famille sociale-démocrate qui doit se repenser. Encore faut-il qu’elle se rappelle d’où elle vient et qui elle est ; qu’elle refuse, tout simplement, de se laisser dicter son identité par l’air du temps, les critiques des commentateurs, et la pression de l’idéologie dominante. Et c’est ici qu’apparaissent les réelles divergences, celles qui devraient être soumises au vote des militants dans un congrès de vérité.
D’abord je l’affirme : il n’y a qu’une seule gauche, qu’un seul socialisme, riche de toutes ses cultures, comme le rappelle notre nouvelle déclaration de principes ; la gauche qui veut combattre par tous les moyens le projet de société porté par la droite. Et c’est là précisément la responsabilité historique du PS que de lutter pour cette unité de la gauche, difficilement construite par François Mitterrand. Quitte à être responsable pour deux.
Pour cette même raison, je revendique le rôle que j’ai joué, avec d’autres, dans l’élaboration de la synthèse établie au congrès du Mans : elle a évité l’éclatement du PS et le schisme au sein de la gauche qui aurait pu suivre la crise du traité constitutionnel européen, gauche du oui contre gauche du non, gauche prétendument sociale libérale contre gauche radicale. Sans cette réconciliation, il n’y aurait pas eu de candidat unitaire des socialistes, ni, par la suite, de candidat de la gauche au second tour à l’élection présidentielle de 2007. Que ceux qui en appellent à une “clarification” du PS nous expliquent comment ils reconstitueraient une coalition “progressiste” majoritaire en commençant par briser en deux sa colonne vertébrale !
Je ne suis pas non plus de ceux qui voudraient nier notre histoire. Comment réduire le rôle du PS à une gestion “managériale” de l’intérêt général, alors que notre pays est parcouru de clivages sociaux forts, dont le PS n’a pas pris toute la mesure, comme le prouve la désaffection des classes populaires à son égard, en 2002 et en 2007 ? Nous avons une mission historique : transformer en profondeur la société et lutter pour une juste répartition des richesses produites. Il faut donc admettre que le PS ne peut être le parti “de tout le monde” : nous devons désigner des catégories de Français à représenter et à défendre en priorité. Bien sûr, la “classe ouvrière” de l’époque est à construire, et à politiser. Elle prendra la forme d’une alliance des actifs, de tous ceux - travailleurs pauvres ou précaires, enfants d’immigrés discriminés, petits entrepreneurs pressurés par la sous-traitance des grands groupes, jeunes chercheurs sous-rémunérés, fonctionnaires déconsidérés - qui ont le sentiment d’être les laissés-pour-compte d’une époque où les super-profits spéculatifs culminent.
Cette alliance n’a pas encore conscience d’elle-même. La droite y entretient soigneusement des clivages violents : “assistés” contre “travailleurs qui se lèvent tôt”, “racailles” contre “banlieues pavillonnaires”, “défense corporatiste d’acquis” contre “intérêt général”. C’est à partir de cette alliance que nous pourrons construire un rassemblement populaire et une stratégie d’union de la gauche, sur un socle sociologique, et non pas tacticien.
Nous devons nous prononcer clairement sur ces questions que j’entends, avec les militants, dans les réunions d’appartement que j’organise. Comment construire et développer un PS qui soit un puissant outil de transformation sociale ? Comment augmenter le nombre de nos militants pour mieux représenter la société ? Comment redevenir une machine intellectuelle capable de gagner la bataille des idées et de briser les fausses évidences des idéologues de droite ? En trouvant des réponses, nous pourrons aborder dans de bonnes conditions une réflexion collective.
Nous avons deux ans pour faire le deuil de l’Etat-providence des belles années de la social-démocratie - ce qui ne la condamne pas en elle-même, car l’exigence de justice sociale est plus forte que jamais. Nous avons deux ans pour définir un modèle d’Etat-entrepreneur, inventant de nouvelles normes de production et de consommation. En commençant par trois chantiers prioritaires : clarifier notre position sur les 35 heures, en reconnaissant les erreurs commises ; concevoir une nouvelle stratégie de croissance écologiquement et socialement responsable, menée par un Etat-entrepreneur combinant politique industrielle et de recherche, et défendant un véritable projet éducatif ; proposer une révolution de notre fiscalité, pour la rendre à la fois plus incitative pour les Français et plus rentable pour l’Etat.
Enfin, la prochaine direction du PS devra jeter les bases d’une union de toutes les forces de gauche, sous la forme d’un comité d’action ouvert aux dirigeants politiques, associatifs, syndicalistes et aux intellectuels. Ce comité sera chargé d’élaborer un contrat commun de gouvernement, par la tenue régulière d’assises de toute la gauche. Ce contrat sera le fondement d’ultérieures primaires pour désigner un candidat unique à l’élection présidentielle. Etre candidat à la responsabilité de premier secrétaire du PS, c’est accepter de répondre à ces questions. C’est cela, la seule vérité vraie du congrès.
Tribune parue dans Le Monde, Juillet 2008

Pour un Parti socialiste cohérent et solidaire

Pour un Parti socialiste cohérent et solidaire
Par une quarantaine d'élus socialistes (députés, sénateurs, présidents de conseil général, maires)

lundi 28 juillet 2008

Dans le cadre de la préparation du congrès du Parti socialiste, prévu en novembre, l'essentiel du débat ne peut plus être entre nous. Il doit être une confrontation idéologique avec la droite et devant les Français. Il y a donc urgence, pour nous socialistes, à agir pour que notre congrès soit une réussite qui nous permette d'être utiles aux Français, nous renforce et renforce la gauche. Nous sommes issus de plusieurs contributions différentes. Nous avons constaté que les différences qui peuvent exister entre nos textes respectifs sont minces. A contrario, ce qui les rapproche - et donc les unit - est considérable. Plutôt que de cultiver les différences, mieux vaut faire le constat de nos convergences.
Face à une droite dont la politique échoue à redonner confiance et creuse les inégalités, nous sommes favorables à une politique de soutien de l'investissement, de développement durable et de redistribution privilégiant les revenus du travail. Dans le contexte de la hausse du prix du pétrole, et plus largement de l'impact de la hausse des coûts de l'énergie sur les plus modestes, nous plaçons la prise en compte des mutations énergétiques au cœur de notre engagement pour l'avenir.
Dans le souci d'une efficacité accrue dans la déconstruction de la politique de la droite et du renforcement de la visibilité des propositions du PS, nous souhaitons que les militant(e)s soient associé(e)s le plus largement possibles aux prises de décisions. En organisant des conférences militantes et des conventions nationales sur les sujets les plus importants (politique économique, modèle social, modèle de développement…), nous permettrons à la diversité militante de notre parti de s'exprimer.
Cependant, dès lors que les votes seront intervenus, les décisions prises collectivement s'imposeront à tous. C'est la condition essentielle de la cohérence de notre organisation et donc de notre crédibilité. Pour créer une dynamique de changement dans la perspective de la prochaine élection présidentielle, nous proposerons à la gauche de gouvernement une stratégie de rassemblement sur la base d'un contrat de gouvernement.
Concernant la désignation du (de la) prochain(e) candidat(e) du Parti socialiste pour l'élection présidentielle de 2012, nous indiquons avec force que les militant(e)s du PS doivent rester les seuls dépositaires, par leur vote, de ce choix. En aucun cas cette option n'exclut la perspective, dans un second temps, d'une primaire avec les autres partis de gauche. Nous considérons qu'il y a urgence à présent à dessiner les contours de la future majorité du PS, qui devra être rassemblée et surtout cohérente. Nous devons, dans les trois ans à venir, préparer une véritable alternative, en étant clairs dans notre stratégie et solidaires dans notre organisation, pour qu'un contrat de direction donne sa force à la majorité dans le respect de la minorité.
Nous appelons donc les socialistes qui se reconnaissent dans cette démarche, à l'unité dans la clarté, car c'est cette cohérence qui nous permettra d'être en situation, le moment venu, de rester fidèle à notre promesse, celle d'un grand Parti socialiste, permettant de lever l'espérance pour nos concitoyens en 2012.
* Didier Arnal, président du conseil général du Val-d'Oise, Bertrand Auban, sénateur (31), Jacques Auxiette, président du conseil régional des Pays-de-la-Loire, Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, Serge Bardy, premier secrétaire fédéral (49), Jean-Pierre Bel, sénateur (09), Yves Blein, maire de Feyzin, Monique Boulestin, députée (87), Sylviane Bulteau, vice-présidente du conseil régional des Pays-de-la-Loire, Denise Cacheux, Frédéric Cuvillier, député-maire de Boulogne-sur-Mer, Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque, Jean-Paul Denanot, président du conseil régional du Limousin, Bernard Derosier, président du conseil général du Nord,député, Julien Dray, député (91), Olivier Falorni, premier secrétaire fédéral (17), Jean Germain, maire de Tours, Karine Gloanec-Maurin, première secrétaire fédérale (41), Alain Gralepois, premier secrétaire fédéral (44), Bernard Haesebroeck, maire d'Armentières, Liliane Jean, Faouzi Lamdaoui, adjoint au maire d'Argenteuil, Martine Lignières-Cassou, députée-maire de Pau, Stéphane Le Foll, député européen (72), Bruno Le Roux, député (93), Frédéric Leveillé, premier secrétaire fédéral (61), Jean-Jacques Lozach, président du conseil général de la Creuse, Victorin Lurel, président du conseil général de Guadeloupe, député, Patrick Mareschal, président du conseil général de Loire-Atlantique, Pierre Mauroy, sénateur (59), Rémy Pauvros, maire de Maubeuge, Jean-Luc Perat, député (59), Bruno Rebelle, Pierre Regnault, maire de la Roche-sur-Yon, Alain Rodet, député-maire de Limoges, Bernard Roman, député (59), Michel Sapin, député (36), Michel Sergent, sénateur (62), Pascal Terrasse, président du conseil général de l'Ardèche, député, André Vallini, président du conseil général de l'Isère.