Si la crise financière est aujourd'hui devenue économique et sociale, il n'en reste pas moins que la partie purement financière du problème – le système bancaire mondial – continue de participer à l'aggravation de la situation. Les difficultés des grandes banques, notamment en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, hypothèquent leurs capacités de crédit et d'investissement, contribuant à gripper un peu plus encore l'activité des entreprises et à détériorer les conditions de vie de nos concitoyens. Face à cela, les États ont revêtu leur costume de pompier pour limiter les dégâts, intervenant sans beaucoup compter : plus de 300 milliards d'euros ont été injectés par les gouvernements dans les capitaux des banques depuis le début de la crise – sans compter les mises à disposition de liquidités et les garanties apportées !
Ce coût et les modalités de ces interventions doivent aujourd'hui être discutées, au vu de l'absence d'amélioration nette de la situation, mais aussi de la continuation d'un certain nombre de pratiques relevant de la provocation pure et simple – parachutes dorés et bonus financiers des cadres bancaires notamment. Jusqu'à présent, et en France tout particulièrement, l'aide d'État aux banques s'est faite sous forme de prêts, pour le plus grand intérêt de la puissance publique … selon ces mêmes banques. Avec ce type d'intervention, selon elles, l'État ne creuserait pas son déficit, et laisserait les activités financières (qui ne seraient pas son métier) entre les mains de spécialistes, à même de remonter la pente, une fois les erreurs du passé abjurées. On peut d'abord, a contrario, s'interroger sur la supériorité professionnelle des dirigeants bancaires, responsables en grande partie de la crise. Mais ce n'est pas le plus important. En laissant les banques s'autogérer, les États ne perturbent pas le moins du monde les intérêts de celles-ci et de leurs actionnaires. Ces intérêts sont, de fait, très simples : protéger leur capital, et cacher l'état réel de leurs actifs et la proportion de titres toxiques en leur sein, pour ne pas détruire la confiance dont elles disposent encore. On conviendra que de tels intérêts ont pour conséquences quasi automatiques deux tendances lourdes : peu prêter aux particuliers et aux entreprises, d'une part ; retarder, d'autre part, la purge des produits financiers toxiques. Épée de Damoclès, s'il en est, au-dessus de la tête de l'économie mondiale, et donc de l'emploi de millions d'hommes et de femmes.
Alors que le FMI prédit que les banques européennes et américaines auront encore besoin de 500 milliards de dollars d'aides supplémentaires, en 2009-2010, pour tenir le choc, il est grand temps que l'État assume vraiment ses responsabilités et prenne le taureau par les cornes, en allant jusqu'au bout de la nouvelle logique d'intervention : autrement dit, en nationalisant les grands opérateurs bancaires qui sont au cœur de la crise. Sans dogmatisme, ni triomphalisme – mais avec la conscience aiguë de la gravité de la situation, de l'incapacité flagrante du secteur bancaire à laver seul son linge sale, et surtout du coût pour les contribuables de cette politique mi-chèvre, mi-chou consistant à aider les banques à grands frais, sans pouvoir agir réellement contre leurs mauvaises pratiques.
De telles nationalisations n'auraient pas vocation à être définitives, ni à consister en une prise de 100% du capital. Elles seraient conçues dans le cadre d'une conception d'un Etat-stratège, nationalisant de façon rationnelle, avec un agenda et des objectifs précis (apporter les financements de la relance, faciliter le crédit …), dans le cadre d’une stratégie financière et économique globale. Et surtout avec une définition précise des conditions ultérieures de revente des parts de l'Etat au secteur privé, et de la rémunération des fonds investis, pour que ces opérations ne se soldent pas par une simple nationalisation des pertes privées au dépens des seuls contribuables.
Prendre le contrôle effectif des banques permettrait par ailleurs d'agir sur les deux problèmes que j'ai signalés. D'abord, de mettre un terme aux pratiques de rémunération type parachute doré, certes marginales, mais symboliquement insupportables pour tous nos concitoyens qui affrontent des difficultés financières en ce moment. Sans se contenter d’agir à ce seul niveau, car les dirigeants bénéficiant de ces bonifications ne font que s’inscrire dans un système et dans une logique financière qui sont, en dernière analyse, les vrais coupables. Ensuite, et surtout, découvrir l'état réel des titres toxiques, récemment estimés à 2000 ou 3000 milliards de dollars au plan mondial. L'État pourrait, plus rapidement que les banques seules, mettre en place des structures de défaisance, ou « bad bank », au sein de chaque organisme financier, pour isoler ces titres, et permettre à la partie saine de la banque de repartir plus vite, et de participer ce faisant à l'effort de relance. Cette solution, qui nécessite que l'Etat finance la « bad bank », serait certes coûteuse, mais toujours moins que l'accumulation d'actions de soutien éparses, ponctuelles et sans stratégie de long terme. Elle donnerait aussi une belle occasion de remettre l'économie « virtuelle » dans le droit chemin, en réinventant une banque qui fasse, tout simplement, son métier.
Le temps est compté, et n'est plus aux atermoiements et aux solutions médianes ou dilatoires. On a déjà trop le sentiment d’un formidable gaspillage, et de temps, et de moyens financiers. Il faut désormais agir vite et résolument – à moins de vouloir courir le risque d'un effondrement du système bancaire dont les conséquences sont, à proprement parler, inimaginables.
Julien Dray






6 commentaires:
C'est la 1ere fois que je lis votre blog, et quel plaisir.
C'est domage qu'il ne soit pas plus connu...car votre position
sur les "attaques" est tres claire. Elle mériterait d'être plus connue. Votre annalyse du neo liberalisme, base de Busch, et se Sarko, hier est passionnante. Une
société qui perd du Sens, devient,Insensée, c'est a dire
Folle. D'ou l'importance de Redonner du Sens. J'attends avec impatience l'annalyse que vous faites du G20, et du fameux sommet OTAN. Merci et à bientôt de vous lire
"Reinventer une banque" écrivez vous. Mais la meilleure façon ne serait elle pas de nationaliser les banques que vous avez privatisées ainsi que tous les services et entreprises publiques à partir de 1983? Les banques en faillite seraient achetées pour 1€; les autres seraient rachetées sur la valeur de l'action moins les dettes. Les dettes seraient revues à la baisse pour éviter les expulsions. L'Etat pretterait directement au taux de 5% à tous (particuliers, entreprises). Les milliards serviraient à augmenter les salaires pour relancer la consommation mondiale. Interdiction de boursicoter!!!
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SAN ANTONIO OEUVRE COMPLETE 3 FLEUVE NOIRE P 187
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20 P 356
21 P 336
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25 P 354
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27 P 378 BANANA
TOUT SIMENO OEUVRE COMPLETE 13 P 197
12 P 219
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10 P 335
9 P 337
8 P 341
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1 P 415
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17 P 216
21 P 335
22 P 600
23 P 633
25 P 486
ECHEC ET MAT CREIG STANSKI FOTO NOIRE ET BLANC PARFUMS LANVIN
quelle rigolade , ces explications alambiquées a longueur de blog...
la verité se deontre en quelques minutes et quelques phrases...le reste n'est que litterature et votre piteuse demonstration fait pitié...le ps en tant que tel est mort et vous ete en parti son fossayeur...parter dans les iles , faites vous bronzer et salut!!
IL NE VOUS RESTE QU4A TROUVER D4AUTRES PARAVENT , pour utiliser es fonds d'associations bidons
jl
DE 2005 A 2008 VOUS AURIEZ GAGNE 1 MILLION 600000 EUROS SANS COMTER CHAUFFEURS ET AVANTAGES DIVERS....BRAVO LA GAUCHE ET LE PARTIE SOCIALISTE
DISPARAISSEZ PERSONNE NE VOUS RETIENT
26-09
après l'émission de M.Dumas
Jamais,je n'ai douté de votre honnêteté,sentiment partagé avec plusieurs ami(e)s.Nous avons vu,dès le début du déchainement un rapport direct avec votre refus de trahir pour aller à la soupe ;ajouté au rôle de bouc émissaire pour dévier l'attention des fameuses montres bling-bling,sur d'autres montres,celles de Julien Dray par exemple.Etions-nous aussi paranos?
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